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Les surfaces de grandes cultures bio ont explosé en cinq ans

Le 19 janvier, la deuxième édition des rencontres grandes cultures bio dans les Hauts-de-France a permis de faire le point sur l’évolution et la consommation du bio dans la région, mais également dans l’Hexagone.

L’agriculture biologique en Hauts-de-France a le vent en poupe : 210 conversions et installations en 2019. «On atteint quasiment les 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires avec un marché qui représente 6 % du marché alimentaire français. Soit une progression de plus de 13 % par rapport à 2015. On a bien entendu dépassé le marché de niche», annonce Jean-Baptiste Pertriaux, codirecteur de l’association Bio en Hauts-de-France au cours du webinaire. «De plus, lors des confinements liés à la Covid, la consommation de produits bio a augmenté de 30 % dans les Hauts-de-France d’après une étude du Credoc.»

Mais au sein de la région, la consommation en produits bio est faible. Seulement 8 % des habitants consomment du bio quotidiennement et 70 % affirment en consommer au moins une fois par mois. 55 % des achats effectués sont réalisés en moyennes et grandes surfaces. «Ce qui est notable est une augmentation de la consommation dans les magasins spécialisés, 28 %, et en vente directe, + 11 %», ajoute-t-il. Si l’on s’intéresse aux critères du choix d’achat d’un produit biologique, le premier qui sort est le goût, suivi par l’origine française. «On peut constater que l’origine locale représente 80 % des critères de choix d’achat d’un produit biologique. C’est aussi là que l’on peut voir le marquage et l’attachement du consommateur au produit», poursuit-il.

Mais l’évolution ne se fait pas que sur la consommation. Les chiffres sont également en augmentation dans la production. 8,5 % des surfaces agricoles sont bio en France en 2019. «Avec les conversions de l’année, on atteint 10 %. Les surfaces ont ainsi été multipliées par cinq en cinq ans», explique Jean-Baptiste Pertriaux. 7 722 ha de nouvelles surfaces ont été converties à l’agriculture biologique en 2019 en Hauts-de-France, soit une augmentation de 19 % par rapport à 2018. 

Deux départements des Hauts-de-France se démarquent : le Nord, avec 5,6 % des exploitations en AB, majoritairement en surfaces fourragères, liées à l’élevage, et l’Oise, avec 5,3 % des exploitations en AB, majoritairement en grandes cultures. La région rattrape doucement son retard avec, depuis quatre ans, une croissance supérieure à la moyenne nationale. Le nombre de fermes bio a été multiplié par 1,9 sur les cinq dernières années. En Hauts-de-France, la partie production génère 6 500 emplois directs, soit un emploi direct pour 6,9 ha : trois fois plus que le reste de l’agriculture régionale. 

 

La vente directe très développée

Le lien avec les consommateurs est important pour les producteurs bio. On compte 30 à 40 % de producteurs bio ayant une activité de vente directe. Les diverses motivations d’un agriculteur à passer le cap sont nombreuses : souci de la qualité des produits, sensibilité environnementale, réappropriation du métier (être décisionnaire et autonome), attachement à l’équité et aux aspects humains, défis techniques, préservation du lien producteur-consommateur, interrogation sur les produits phytos, déception, insatisfaction du système agricole, préservation de la santé (agriculteurs et consommateurs).

Les grandes cultures représentent en France une grande partie des conversions. La part des légumineuses dans les assolements est tout aussi important. Cette évolution est visible dans la région des Hauts-de-France avec une hausse des surfaces de 10 à 15 %. «Plus d’un quart (26 %) des fermes bio de la région sont orientées en grande cultures, devant le maraîchage qui représente 22 % des exploitations», détaille le codirecteur de l’association Bio en Hauts-de-France. Selon le Point accueil bio des Hauts-de-France, plus d’un tiers des projets se font en grandes cultures et légumes de plein champ. 

Tous types de profils d’agriculteurs ressortent ; cependant, ce sont les céréaliers en conventionnel qui souhaitent passer en bio en diversifiant leurs activités, notamment en intégrant du légume de plein champ, qui sont majoritaires. «La forte vague des conversions bio s’explique par le fait que l’agriculture biologique, créatrice de valeur ajoutée, est désormais considérée comme un système de production à part entière, par un accès plus facile aux informations techniques et retours d’expériences qui permettent aux agriculteurs de disposer de références utiles pour leur projet, et par une structuration renforcée des filières», explique Jean-Baptiste Pertieux. 

Le nombre croissant d’opérateurs économiques offre davantage de possibilités aux agriculteurs. «Aujourd’hui, un grand nombre de collecteurs en céréales s’engagent en bio avec des prix stables», ajoute-t-il. En bovin lait, de nombreuses conversions sont également liées à la forte demande des collecteurs de la région. La conjoncture actuelle favorise la réflexion vers le bio. Le bio n’est plus marginal chez les agriculteurs, c’est un vrai système de cultures et une nouvelle manière de travailler.

 

«La conversion est un travail à long terme»

Eddie Vandenabeele, agriculteur à 20 kilomètres au sud de Beauvais, a décidé de passer au bio. «Ce n’est pas de tout repos, mais c’est un travail à long terme. Déjà, j’ai des sols de limon avec une forte pierrosité en silex… pas simple (rire). Au tout début, j’ai commencé à discuter avec des voisins producteurs biologiques pour savoir les avantages et les difficultés qu’ils ont rencontrés. En mai 2018, j’ai eu un premier entretien avec un conseiller bio qui m’a proposé de semer des féveroles et du triticale pour les semences. S’en sont suivies de novembre à février 2019 des formations : construire un assolement, gérer la fertilité… À partir de là, la prospection a commencé en essayant de voir les possibilités qui s’ouvraient à moi. En avril 2019, toute la partie administrative s’est enchaînée (instruction partie administrative PCAE, puis organisme certificateur et déclaration Pac)».
Mais l’année 2020 a été marquée par une forte sécheresse. Malgré la maîtrise technique permise par les leviers agronomiques comme le labour ou le retard des dates de semis, Eddie Vandenabeele a subi de lourds dégâts avec des rendements de 35 quintaux en blé, 30 quintaux en triticale alors qu’en conventionnel, le résultat de ce dernier s’approchait de 60 quintaux. «Cependant mes résultats économiques sont plutôt corrects car j’ai économisé sur les produits phytosanitaires, mes dépenses sont limitées et les aides à la conversion m’ont bien aidé», affirme-t-il. 
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