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«Les Vétos» vu par un véto : «parfait reflet de la réalité»

Le film «Les Vétos», sorti le 1er janvier, raconte la dure réalité du métier de vétérinaire en milieu rural. Exactement ce que vit Thibault Maillard, installé à Hornoy-le-Bourg et Aumale.

Le film de Julie Manoukian est sorti le 1er janvier.
Le film de Julie Manoukian est sorti le 1er janvier.
© D. R.



Au cœur du Morvan, Nico, dernier véto du coin, se démène pour sauver ses patients, sa clinique, et sa famille. Le décor du film Les Vétos, sorti ce 1er janvier, est planté. À Hornoy-le-Bourg, au sud-ouest de la Somme, les paysages sont plus plats, mais le contexte est similaire. «Le film reflète vraiment notre quotidien, confie Thibault Maillard, l’un des cinq vétérinaires associés de la clinique vétérinaire d’Hornoy et d’Aumale (76). Les difficultés financières, les appels à toute heure de la journée et de la nuit, les week-ends et les jours fériés, la vie de famille qui en pâtit, l’impossibilité de trouver de nouveaux vétos… Nous vivons réellement cela.»
Il est 14 h, ce vendredi, et le professionnel revient d’une matinée bien chargée. Sa camionnette pleine de matériel et de médicaments a avalé les kilomètres d’une exploitation à l’autre. «Notre secteur s’étend jusqu’à 100 km autour du cabinet, alors qu’il y a quelques années, nos prédécesseurs faisaient 12 km à tout casser, explique-t-il. La route, ça nous tue. Mais il y a de moins en moins de vétos. On ne peut pas laisser tomber les éleveurs qui ont absolument besoin de nous !»
À peine le temps de boire un café, d’examiner un chat au cabinet, qu’il faut déjà reprendre le volant, direction des exploitations laitières.
Qui dit plus de kilomètres dit plus de risques. La route, la fatigue, les petites routes de campagnes, souvent sillonnées la nuit… La scène de l’accident de voiture, dans laquelle la voiture de Clovis Cornillac (qui incarne le personnage principal, ndlr) fait une sortie de route impressionnante, a particulièrement marqué Thibault. «Nous sommes cinq vétérinaires, et nous avons tous eu au moins un accident de voiture pendant nos heures de travail.» Le résultat de tant de labeur peut pourtant être minime.

Perte de sens
«Euthanasier un veau mâle parce qu’il vaut moins cher que les soins qu’il faut lui apporter, c’est la réalité. On mesure vraiment la perte du sens du métier d’éleveur et du notre en même temps…» Dans le film, Clovis Cordillac en vient parfois à réaliser des actes sans les facturer, alors que sa propre entreprise est dans le rouge. Au cabinet d’Hornoy et d’Aumale, les impayés se comptent en milliers d’euros, et remontent parfois à plus de trois ans. Pourtant, Thibault et ses collègues continuent de se lever en pleine nuit, pour se rendre dans une exploitation qui a plusieurs factures de retard à régler. «Les animaux n’y sont pour rien. L’éleveur lui-même n’y est pour rien. S’il n’a pas l’argent sur son compte, il ne peut pas être réglo. Mais si on l’abandonne, il fera définitivement faillite.»
Thibault ne changerait pourtant de métier pour rien au monde. «Je ne supporte pas de voir du béton», rit-il. «Il n’est bien qu’au cul d’une vache», s’amuse une collègue. Cette vie à la campagne séduit de moins en moins les jeunes générations. Mais Thibault ne jure que par le vert de la ruralité. La femme de Thibault comprend son dévouement, puisqu’elle est aussi vétérinaire associée au cabinet. «Pour fonder une famille, il faut que l’autre puisse encaisser. On est parfois sur le pont tous les deux, et il nous arrive alors d’emmener notre fils dans les fermes !»
Entre les difficultés, son «métier-passion» lui procure de vrais moments de joie. «Quand on se lève à 3 heures du matin, dans le froid, pour aller dans une ferme à l’autre bout du département, c’est dur. Mais sur place, quand on a donné vie à un veau et que la vache est en bonne santé, c’est un vrai bonheur.»

Dévouement total
Ce vendredi s’annonce moins enthousiasmant. Le vétérinaire est appelé en urgence à Morvillers-Saint-Saturnin, pour un veau nouveau-né en détresse. Celui-ci ne pourra pas être sauvé… Mais une vache qui semblait mal en point le matin même a tiré profit des soins qui lui ont été accordés. Un drenchage, qui consiste à envoyer dans le rumen une grande quantité de liquide à l’aide d’une sonde reliée à une pompe, et la voilà requinquée. De quoi redonner le moral.
Pour les quatre-cents animaux de ce Gaec, les frais vétérinaires s’élèvent à 18 000 € par an. «Surtout pour les veaux avant trois mois, les mises bas et le suivi sanitaire», assure Jean Colpaert, l’un des trois éleveurs associés. Pour eux, comme pour tous les éleveurs, quand on appelle le vétérinaire, ce sont les charges qui augmentent auxquelles on pense avant tout. Malgré cela, Jean est reconnaissant. «Thibault vient dans la nuit du 25 décembre si on a besoin de lui. Alors qu’on peut toujours attendre le médecin !
Nos vaches sont mieux soignées que nous.»
Il est 17h, et Thibault n’a plus qu’une ferme à visiter, pour un suivi de reproduction. Pour une fois, la journée devrait se terminer tôt, et il pourra retirer son chapeau de véto pour endosser son rôle de père de famille… Jusqu’à la prochaine urgence.



«Un film touchant, bien plus qu’un documentaire»

S’il vous prend l’envie d’aller au cinéma pour voir le film réalisé par Julie Manoukian, on ne saurait trop vous conseiller que... d’y aller ! Les Vétos, c’est l’histoire d’un vétérinaire de campagne – incarné par Clovis Cornillac – qui se retrouve seul dans sa clinique au fin fond du Morvan, après le départ en retraite de son associé. La vie est ainsi faite, il faut savoir à un moment donné prendre du recul, laisser la place aux jeunes et leur laisser commettre des erreurs de débutants. Premier enseignement du film. Pour celui qui reste, le praticien au bout du rouleau, pas d’autre choix que d’accepter la venue d’une jeune diplômée, promise à une belle carrière en laboratoire, au caractère bien trempé. Le ton est grinçant, les répliques cinglantes. Noémie Schmidt, qui campe la jeune véto débarquant à contre-cœur dans la France profonde après avoir quitté la capitale, est parfaite dans le rôle de celle que tout un village déteste avant de se prendre d’affection pour elle. Les quelques remarques misogynes à son endroit sont bien vite oubliées pour laisser place à de la tendresse un peu maladroite envers la petite fille du pays partie faire sa vie à Paris. Elle est aussi la preuve qu’on peut être brillant et mal élevé... On vous avez bien dit que c’est grinçant ! Mais elle incarne surtout la fleur que l’on voit éclore et grandir ou la lente gestation d’une vocation.  
Si on ne l’avait pas vu, on aurait pu croire que le film Les Vétos est un film de plus sur la détresse du monde rural et agricole après Petit Paysan, Au nom de la terre et avant la sortie prochaine d’un autre long-métrage sur les difficultés d’un éleveur. Dans celui de Julie Manoukian, si d’aucuns s’attendent une énième compilation de clichés sur la vie à la campagne, ils seront surpris. C’est finalement toute autre chose. On en retient juste qu’il s’agit là d’un film touchant, bien plus qu’un documentaire sur le dur métier de vétérinaire rural. La réussite de ce film tient aussi sans doute - et c’est à souligner - à l’intelligence de la réalisatrice de ne pas céder à la facilité en opposant citadins et ruraux.

Vincent Fermon

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