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Leurs secrets pour réduire l’empreinte carbone de l’exploitation

À Gueschart, Vincent et Laurence Potriquet sont à la tête d’une des meilleures fermes laitières en termes d’impact carbone de la Somme. En cherchant à améliorer leur technique et leurs chiffres, ils ont amélioré leur empreinte environnementale. 

Pour Vincent Potriquet, la viabilité de son exploitation passe par la bonne santé de ses vaches et de ses terres.
Pour Vincent Potriquet, la viabilité de son exploitation passe par la bonne santé de ses vaches et de ses terres.
© A. P.

Rebondir après un échec. Vincent et Laurence Potriquet, éleveurs laitiers à Gueschart, ont tout fait pour y parvenir, après une campagne 2016 catastrophique. «Nous avions beaucoup de soucis sanitaires avec nos laitières. Nous avons regroupé trois troupeaux en 2011, lors de l’installation de Laurence, et malgré tous nos soins, les vaches ont beaucoup souffert du stress», se souvient Vincent. En 2016, alors qu’ils voyaient à peine le bout du tunnel, le taureau qui devait saillir les génisses a été défaillant. «Nous n’avions que cinq génisses pleines. On est descendu à 85 VL au lieu de 135 actuellement (1,355 Ml de lait). On a aussi pris de plein fouet la crise laitière et la très mauvaise moisson.» Résultat : un EBE négatif. «Il n’était pas question de se laisser couler. Aujourd’hui, je peux dire que ce gros coup dur m’a fait mûrir. Je fais des colonnes. Je chiffre. Je ne raisonne plus en coût alimentaire ou en rendements, mais en marge. Même si ça n’a pas été évident à faire, je travaille moins à la confiance, et je m’entoure des gens qui peuvent vraiment amener la ferme à sa réussite.»

 

0,83 kg eq CO2/l de lait

Les efforts du couple payent. L’EBE est à nouveau positif, et les résultats environnementaux de l’exploitation sont même surprenants. Le diagnostic CAP’2ER qu’il a réalisé dans le cadre de la démarche «lait bas carbone», menée par sa laiterie Lact’Union et le Criel, a révélé des très bons chiffres. L’empreinte carbone du Gaec Potriquet est de 0,83 kg eq CO2/l de lait, alors que la moyenne régionale est de 0,91 kg eq CO2/l de lait. Ces résultats, le couple les doit à une multitude de pratiques* qu’ils ont mis en place, et qu’ils mènent avec rigueur. 

Cela commence dès la naissance des veaux. «Dans les six heures après leur naissance, on leur administre 4 l de colostrum. Ensuite, ils sont nourris à la poudre de lait haut de gamme, riche en vitamines et en protéines.» Ces veaux vigoureux deviennent de belles génisses, capables d’être inséminées tôt, dans un objectif de vêlage deux ans. «Le but est d’avoir le moins d’animaux improductifs sur l’exploitation possible.» Toutes sont saillies en monte naturelle, avec un taureau de qualité, sélectionné pour ses qualités génétiques. 

Le reste du troupeau est inséminé artificiellement par Laurence. «Elle s’est formée pour gagner en efficacité. Nous choisissons généralement des semences de taureaux génomiques, prometteurs, mais dont la qualité n’a pas encore été confirmée sur la descendance.» Les génisses et les vaches taries valorisent les 40 ha de prairies, conduites comme des cultures à part entière. «Je ne néglige pas les apports de fumure.» Les VL disposent de 4 ha extérieurs auxquels les éleveurs tiennent. Ces pâtures, bordées de haies et arborées, contribuent au stockage de carbone. 

 

Exit le maïs fourrage

Un gros travail est mené sur l’alimentation. «Nous sommes encore en phase de transition», avoue Vincent. D’ici deux ou trois ans, l’objectif est d’arrêter totalement l’apport de maïs fourrage. «Nous voulons améliorer la longévité des vaches. Or, l’ensilage est très acidogène.» Vincent souhaite aussi pouvoir se passer autant que possible du soja importé. Actuellement, 4 kg/jour/VL de correcteur azoté (25 % de tourteaux de soja, 75 % de tourteaux de colza) permet d’équilibrer les 35 kg de maïs ensilage. «Mon objectif est de diminuer ce correcteur azoté par deux». Pour cela, il a déjà réintégré à la ration 3 kg de luzerne enrubannée, 6 kg de betteraves fourragères, 6 kg de pulpes surpressées et 1 kg de maïs grain broyé. En 2022, les vaches devraient avoir dans l’auge du méteil et du maïs épi. «Le maïs épi doit apporter l’énergie, tout en conservant une part de fibres suffisante pour éviter les risques d’acidose. Cette culture semble adaptée à notre terroir.» Le meteil, semé dans la prairie vivante, doit apporter l’azote. «C’est un cocktail d’oligo-éléments.» Pour l’éleveur, cette nouvelle ration devrait apporter davantage de bien-être à ses vaches. Parage mensuel, aire paillée toujours propre, soins quotidiens et surveillance accrue sont d’autres clés de la bonne santé du troupeau. Les animaux le rendent bien aux éleveurs, avec une productivité moyenne de 33 l/VL qu’ils comptent bien conserver.

Quant aux crédits carbone qu’il pourrait aller chercher en prouvant sa progression ? «Ça reste flou, et ce n’est pas ma première motivation. Je veux avant tout pouvoir transmettre un sol vivant et un élevage performant à mes enfants, s’ils souhaitent reprendre un jour.»

 

* Les réflexions de Vincent Potriquet sont aiguillées par la société de conseil et de formation La Vache Heureuse (www.lvh-france.com)

 

 

Une pratique de l’ACS gagnante

Les 255 ha de plaine (blé, betteraves sucrières, lin, maïs, pois de conserve, luzerne, betteraves fourragères), ont eux aussi connu un réel changement des techniques culturales, puisque Vincent Potriquet s’est tourné vers l’agriculture de conservation des sols. «L’exploitation comprend trois site, à Gueschart et à Prouville, dans de bons limons, et à Auvilliers, dans des terres sablo-limoneuses. Ce site m’a mis la puce à l’oreille, avec un taux de matières organiques faible, et des problèmes de battance. Les pratiques conventionnelles fonctionnaient encore chez moi, mais elles ne me convenaient plus. Je suis un passionné d’agronomie et de vie du sol.» Il se penche davantage sur les couverts végétaux. Il ne fertilise plus qu’avec des engrais organiques. Grâce à un dossier PCAE (Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles, il investit dans un semoir à dents en direct et un strip-till Guilbart. «Pas besoin d’un ovni, on peut s’équiper raisonnablement», assure-t-il. Il réalise ses premiers semis direct en 2020 pour du blé, et en strip-till pour les betteraves et le maïs. «Psychologiquement, c’est très dur. Mon voisin semait dans un billard, une terre parfaitement préparée, et chez moi, ça ne ressemblait à rien. Mais au final, ça l’a fait.» La portance du sol a tout de suite été améliorée. «Mon ensilage a pu être réalisé un jour pluvieux, alors que les ensileuses s’embourbaient dans les parcelles conventionnelles.» Les gains de gasoil (- 30 %) et de temps sont aussi indéniables. «Pendant que mes voisins labourent, moi je refais mes clôtures et je vais en formation», rit-il. Vincent estime que sa marge de progrès est encore grande. «Tout n’est pas encore en semis direct. Mais je ne suis pas un acharné. Quand j’estime que mon sol est compacté ou que les conditions sont insuffisantes, je m’autorise les TCS (techniques culturales simplifiées), avec un travail simplifié du sol).»
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