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Lin textile bio : un itinéraire technique maîtrisé

Une culture de printemps peu exigeante en azote et botaniquement très différente des autres espèces habituellement cultivées… Le lin textile a toute sa place dans une rotation en agriculture biologique. Voici les bases de son itinéraire technique.

LIN BIO
L’enherbement se gère d’abord et surtout en préventif : rotation, précédent, choix de la parcelle, interculture, date et densité de semis… Mais le désherbage mécanique, notamment la herse étrille, peut contribuer à un rattrapage.
© Lin et chanvre bio/Rodolphe Murie

«Le lin textile est une culture agronomiquement intéressante en agriculture biologique (AB) car elle permet de diversifier son assolement avec une culture de printemps peu exigeante en azote», présente Jacques Follet, président de l’association Lin et chanvre bio. La filière existe déjà, avec des volumes encore limités, mais connaît un fort développement en France (cf. encadré). Pauline Laurent, animatrice de l’association, prévient tout de même : «la culture du lin est techniquement difficile à maîtriser. Elle est réservée à certaines bonnes terres». La plante à cycle très court (cent jours) ne permet pas de rattrapage. Les bonnes conditions de levée influent donc fortement le résultat final. 
Première précaution : le choix de la parcelle, présentant un sol très propre. «L’enherbement ne peut être toléré à aucun stade, du semis à l’enroulage. La place privilégiée du lin textile sera donc en début de rotation, après un blé de prairie temporaire, comme de la luzerne ou un mélange prairial», précise Pauline Laurent. Le besoin en azote doit être mesuré, car le lin ne supporte pas les excès d’azote, avec un risque de verse. «On estime le besoin à 12 U d’azote par tonne de paille, donc il faut anticiper un précédent et un couvert adapté au potentiel de minéralisation de la parcelle.» Le lin ne pourra revenir dans cette même parcelle que tous les sept ans. 
Pour ce qui est de la préparation du sol, les couverts d’inter-culture doivent être détruits au moins un mois avant l’implantation. «Nous conseillons un labour, qui doit permettre d’obtenir des mottes inférieures à 5 cm en moyenne, avec un minimum de terre fine, sur
15 cm. Un lit de semences de 5 cm d’épaisseur suffit, le but est d’obtenir 60 % de terre fine, les petites mottes protégeront le semis de la battance.
» Quant aux faux semis ?
«Cette technique est possible, mais attention à l’affinage excessif du lit de semence qui augmente les risques de battance, ainsi qu’au tassement du sol auquel le lin est très sensible», note Jacques Follet. 

Savoir attendre pour semer 

Les semis, eux, sont réalisés plus tardivement que le lin conventionnel, généralement première quinzaine d’avril. «Semer tardivement permet une levée plus rapide, car le sol est mieux réchauffé. C’est le seul facteur de lutte contre l’altise dont on dispose en AB», pointe Pauline Laurent. De plus, une bonne vigueur entraînera un développement plus rapide et donc une concurrence aux adventices dans un délai plus court. Les graines sont à déposer entre 1 et 2 cm de profondeur, dans un sol bien rappuyé. Le passage de rouleaux contribue à la lutte contre les attises et facilite le désherbage mécanique. 
La densité de levée recherchée à la récolte est de 1 800 à 2 000 pieds/m². «Pour cela, il faut compter une densité de semis de 2 200 grains/m² (environ 110 à 140 kg/ha selon le poids de la variété (aux alentours de 5 à 6 g pour 1 000 grains) et l’augmenter en fonction du nombre de désherbages mécaniques prévus.» Les techniciens estiment qu’un passage de herse étrille ou de houe rotative élimine environ 10 % des plants, il faut donc semer à 2 400 ou 2 500 grains/m² pour deux désherbages.
La qualité de la semence a une grande importance car, en bio, elle n’est pas traitée. «L’enrobage au zinc n’est pas possible car le produit contient 1 % d’urée. Il n’y a pas de semences sélectionnées spécifiquement pour l’agriculture biologique. Pour le choix de la variété il faut tenir compte du potentiel de rendement, de la tolérance aux maladies (fusariose, brûlure, oïdium), de la gamme de précocité, des conditions pédoclimatiques, etc.», ajoute le président. Aujourd’hui, la variété Bolschoï est la plus cultivée, et s’adapte à tous types de sol.

Quelle maîtrise des adventices ?

La bête noire des teilleurs de lin, particulièrement en bio, est le liseron. «Il rend très difficile l’extraction de la fibre au teillage», assure Jacques Follet. Crucifères, mourons, véroniques, renouées, chénopodes, folle avoine et rumex sont aussi à maîtriser. Pour les spécialistes, l’enherbement se gère d’abord et surtout en préventif : rotation, précédent, choix de la parcelle, interculture, date et densité de semis… Puis, les techniques de désherbage mécanique peuvent contribuer à un rattrapage. «Leur efficacité est liée aux conditions climatiques et il peut favoriser la germination d’autres adventices. Mais presque tous les liniculteurs bio désherbent mécaniquement et réussissent globalement», explique Pauline Laurent. L’outil le plus utilisé est la  herse étrille, efficace à partir de 3 cm, et à condition que les adventices ne soient pas trop développées. Son usage est déconseillé après 10 cm car il y a un risque d’altération des fibres. Attention aussi au réglage de l’agressivité : la herse étrille peut abîmer les racines et rendre le lin fourchu. La houe rotative, à partir de 8 cm, est moins utilisée, car les conditions doivent être optimales et elle peut arracher le pivot du lin, et les modalités d’utilisation dépendent beaucoup des conditions climatiques et de l’état de la terre.
Arrachage, rouissage, et enroulage sont réalisés dans un délai minimum d’un mois. «Le rouissage est plus rapide en lin bio, car aucun produit chimique ne freine son processus», pointe Jacques Follet. Le retournement de l’andain permet d’éviter l’imprégnation d’adventices rampantes telles que la renouée liseron, la renouée des oiseaux ou le gaillet dans les andains de paille. Le passage d’une souleveuse dépendra de l’épaisseur de la nappe et de son salissement. «La moitié des liniculteurs bio de l’utilisent pas.»
Les résultats obtenus en lin bio sont entre 82 et 90 % de ceux du lin conventionnel. «En 2020, en moyenne, nous avons obtenu entre 5 et 7 t/ha, avec 1,1 t/ha de fibres longues et 1,2 t/ha d’étoupes.»

 

Certification Gots au teillage 

Pour le lin bio, le teilleur doit obligatoirement être certifié Gots (Global organic textile standard), le correspondant du label AB pour les produits textiles. Les teilleurs certifiés sont les Ets Devogele (77), la coopérative du plateau du Neubourg (27), la coopérative Terre de lin (76, 27, 80), coopérative du Vert Galant (76) et Opalin (62). Mais des accords existent entre teilleurs pour faire teiller le lin bio sur des sites certifiés. Des teillages envisagent également la certification dès que le volume en paille de lin bio de leurs adhérents sera suffisant.

 

 

Vers des prix déconnectés du conventionnel ? 

Avec 450 ha de lin bio, et 450 autres ha en conversion, la filière du lin bio est encore une niche. «Mais elle connait une progression exponentielle. Nous pensons que les surfaces vont doubler tous les deux ans», estime Jacques Follet, président de l’association Lin et chanvre bio. Selon lui, la demande est forte. «La crise de la Covid a d’ailleurs fait émerger une forte volonté politique et sociale d’une relocalisation industrielle. Un projet est en cours chez Safilin, à Sailly-sur-la-Lys (62).» Quant aux prix ? «Ils sont aujourd’hui 30 % supérieurs à celui du lin conventionnel. Notre souhait est qu’ils soient totalement déconnectés du marché conventionnel, comme c’est par exemple le cas en filière lait.» Aujourd’hui, le lin bio présenterait un produit moyen estimé à un peu plus de 3 000 €/ha, teillage déduit, soit peu de différence avec le lin conventionnel. «Cette culture est cependant à réfléchir à l’échelle du système», soulève Jacques Follet. 
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