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«L’installation doit être en adéquation avec le territoire»

Le Conseil interrégional du cheval (CIC) organise, le 14 décembre, une journée d’information sur l’installation, à Amiens. Interview avec son secrétaire général, Emmanuel Biallais.

Emmanuel Biallais : «Il faut que l’on ait l’ambition d’être une filière d’excellence.»
Emmanuel Biallais : «Il faut que l’on ait l’ambition d’être une filière d’excellence.»
© AAP


Quelles ont été les actions menées par le CIC en 2016 ?

Nous avons finalisé l’Observatoire de la filière équine à l’échelle des Hauts-de-France. L’étude réalisée sur les données macro-économiques de la filière ont établi que cette dernière représente 10 % de l’emploi agricole. Des chiffres qui permettent de démontrer que le cheval n’est pas seulement une activité de loisir, mais un outil de développement économique de la région. Le cheval contribue, comme d’autres acteurs de l’agriculture, au développement du territoire et à son occupation.
Par ailleurs, nous avons mis en place avec nos voisins belges un dossier Interreg, dont l’objet est de développer les partenariats entre nos territoires, de favoriser les échanges pour développer l’activité économique de la filière et de peser sur celle-ci à l’échelle mondiale. En réunissant nos deux territoires, nous pouvons prétendre au leadership au niveau européen tant du fait du nombre d’activités réunies que sur le plan qualitatif.
A ce sujet, lors des derniers Jeux olympiques de Rio, nos deux territoires ont présenté pas moins d’une dizaine de participants. Dans les Hauts-de-France, nous avons eu un cheval médaillé d’or à ces derniers Jeux Olympiques, ainsi qu’à ceux de Londres en 2012 et à ceux d’Athènes en 2004. L’excellence de la filière équine dans notre région n’est plus à démontrer. C’est un fait.
En outre, avec la mise en place de la nouvelle région, nous travaillons à l’accompagnement de cette filière. Pour ce faire, nous avons participé aux Etats généraux de l’élevage afin de faire connaître nos positions et ce que peut apporter la filière équine en termes de création d’emplois. Toujours à cette même échelle régionale, nous réactualisons notre schéma directeur, c’est-à-dire le plan stratégique de la filière pour les dix années à venir.
Enfin, nous continuons à chercher de nouveaux marchés à l’international, notamment pour la vente de chevaux de trait. Outre la Chine et le Brésil auxquels nous voulons vendre des chevaux et des formations, nous prospectons aussi en Inde. Je viens d’ailleurs de rentrer d’une mission dans ce pays avec Business France.

Que représente aujourd’hui la filière équine dans les Hauts-de-France ?
Il y a près de 3 000 entreprises équines dans notre grande région, avec des pôles un peu plus spécialisés comme à Chantilly ou sur la Côte d’Opale, que ce soit dans l’élevage ou l’utilisation. De 2005 à 2009, avec la baisse de la TVA, les entreprises équines ont connu une hausse de leur nombre entre 5 et 7 %. Mais, entre 2009 et 2013, elles ont enregistré une baisse entre 8 et 9 %, du fait de la crise économique, des deux augmentations successives des taux de TVA (19,5 % en 2013 et 20 % en 2014), de la difficulté de l’accès au foncier et de la mise en place des rythmes scolaires.
Si le nombre d’entreprises a diminué, le chiffre d’affaires global a, lui, augmenté de presque 6 %. C’est donc une filière prometteuse en termes d’activités économiques et de création d’emplois. Il y a un vrai potentiel de développement. Il suffit de voir ce qu’ont fait les Belges et les Hollandais pour en prendre conscience. Mais il faut que l’on ait l’ambition d’être une filière d’excellence.

Pourquoi l’accès au foncier est-il si difficile ?
Le foncier est quasiment introuvable à ce jour pour toute personne qui souhaite s’installer. Il faut que nos partenaires de l’agriculture nous donnent une place plus importante pour en trouver. Avec 10 hectares, on peut installer une structure et créer sept emplois. Peu d’entreprises agricoles peuvent en faire autant sur une surface similaire. A la différence des activités agricoles traditionnelles, la filière équine peut, elle, investir les zones péri-urbaines. Cela permet dans ces zones, non seulement de maintenir une activité agricole, un poumon vert dans ces espaces urbanisés, mais aussi d’apporter une ré­ponse à un besoin de proximité.

Outre la question du foncier, quels sont les autres freins à l’installation ?
Les aides à l’installation ne sont pas vraiment accessibles, car il n’y a pas de volonté réelle de la part des organismes d’installation sur les projets d’installation en filière équine. Ces derniers considèrent que ces projets ne sont pas éligibles à l’installation traditionnelle. Nos dossiers ne sont jamais prioritaires.
Pourtant, nous sommes là pour produire et valoriser une production agricole. Je rappelle que le cheval est considéré comme un produit agricole depuis 2004. Mais comme c’est une démarche franco-française, on ne peut pas bénéficier des aides européennes. Du coup, les organismes d’installation considèrent que si l’on ne peut pas bénéficier de ces aides, on ne peut pas avoir les aides françaises. C’est faux.
Conséquence : les entreprises équines en souffrent et les jeunes qui ont un projet dans la filière équine sont seuls dans leur projet. C’est injuste. Des solutions existent cependant, mais l’installation doit être en adéquation avec le territoire. C’est pour cela que nous organisons cette journée du 14 dé­cembre (cf. encadré). Et d’autant que le renouvellement des générations dans la filière est à la peine. La plupart des jeunes préfèrent s’installer en Normandie et en Mayenne, parce que l’accueil y est plus favorable. Or, chaque fois, ce sont dix à quinze emplois locaux qui sont perdus.

Les difficultés d’accès aux aides existent également avec les aides Pac. Pourquoi et que peut-il être fait pour y remédier ?
C’est, en effet, un problème récurrent de la filière équine. Seuls ceux qui sont considérés comme des éleveurs ont droit aux aides Pac. Il existe une liste noire d’entreprises non éligibles à la Pac, telles que celles qui ont une piste ou un manège. C’est injuste. Le problème est national. Il faut que la France aille taper à la porte de Bruxelles pour résoudre cette difficulté. Il faut se battre, d’autant que nous sommes l’objet d’attaques infondées. Dans tous les cas, nous sommes soit une production agricole, soit dans la continuité d’une production agricole. Il n’est donc pas normal que nous n’ayons pas accès à ces aides. Force est de constater que l’on se pose moins de questions quand on utilise le lin pour faire des vêtements.

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