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Litière malaxée, une alternative à la paille qui nécessite beaucoup de technicité

Expérimentées dans les pays du Nord, en Bretagne et Pays de Loire, les litières malaxées ont séduit des éleveurs de la région, témoignage du Gaec Baudel
à Louvencourt.

La propreté des animaux est au rendez-vous sans effort particulier.
La propreté des animaux est au rendez-vous sans effort particulier.
© CA80 GAEC BAUDEL

Dans notre région avec la disponibilité en paille, l’aire paillée a longtemps fait des adeptes pour sa simplicité d’utilisation et son coût limité. L’agrandissement des troupeaux, l’allongement du temps de présence dans les bâtiments et la maîtrise de la qualité du lait, ont contribué au développement des logettes. Pour les nostalgiques de l’aire paillée et face au manque de disponibilité en paille, depuis quelques années, des solutions de substitution, tout en conservant une aire de couchage libre, ont commencé à voir le jour. 

Le principe de litière malaxée repose sur l’utilisation d’un matériau à fort pouvoir absorbant, (miscanthus, copeaux ou sciures de bois…), et le plus sec possible, sur une profondeur pouvant atteindre 50 cm. Celui-ci est malaxé avec les déjections du jour, sur 15 à 20 cm de profondeur, une à deux fois par jour, le plus souvent avec un vibroculteur ou une herse rotative. Le malaxage a pour but d’aérer le mélange et de l’assécher, mais aussi de limiter la montée en température et de favoriser la propreté des animaux. Initialement, la surface de couchage recommandée était de 12 à 15 m² par vache, avec des apports complémentaires de matériaux si nécessaire et un curage réalisé une fois par an. Cependant, on observe depuis peu, des adaptations, avec une quantité moindre au départ (25 cm) et des apports de litière beaucoup plus réguliers, pour des curages allant d’un à dix par an. Dans ce cas, la surface par vache peut être légèrement diminuée.

 

Une bonne ventilation est primordiale 

Il est recommandé d’avoir un bâtiment très ouvert, avec une ventilation naturelle et une exposition permettant un brassage régulier et propice à l’assèchement de la litière. De même, on préconise des largeurs de couchage modérées (10 à 12 m) et des bardages amovibles type rideaux ou filets, favorisant la ventilation transversale. Cela suppose ainsi des bâtiments assez longs. 

Le malaxage journalier doit rester superficiel et permettre l’oxygénation de la litière, pour ne pas provoquer un échauffement au risque de provoquer un développement bactérien. Un rouleau peut ainsi être ajouté à l’outil de malaxage pour limiter ce risque.

 

Quel choix de produit pour la litière ?

Celui-ci doit être composé d’un mélange de particules grossières (10 mm) et de fines poussières, capables à la fois d’apporter de la structure et d’être absorbant. La paille longue est déconseillée. On peut utiliser de la sciure, du miscanthus broyé, des copeaux ou plaquettes de bois… Le produit doit être facile à épandre, à reprendre lors du curage et à malaxer avec un outil simple. 

LE TÉMOIGNAGE DE Benjamin Baudel, associé du Gaec Baudel

«Il faudra à terme peut-être vidanger plus souvent la litière malaxée» 

Retour d’expérience sur un an de logement des vaches laitières en litière miscanthus malaxée.
«Il faut dire ce qui est, ça marche !», affirme d’entrée Benjamin Baudel, associé du Gaec Baudel.
Les animaux sont entrés dans le nouveau bâtiment le 1er mars 2022. Une épaisse couche (40 cm) de copeaux de miscanthus récoltés à l’ensileuse est mise en place au départ puis la litière est travaillée pendant sept minutes par jour avec un vibroculteur. Les animaux sont orientés au moyen d’une barrière poussante quatre fois par jour pendant dix minutes vers l’aire de raclage pour les inciter à bouser sur cette zone derrière le cornadis, comme le préconisent certains éleveurs. En réalité, avec un peu de recul, cela ne s’avère pas primordial selon Benjamin, par contre, la barrière poussante permet de travailler sereinement lors du malaxage de la litière et c’est également un allié de choix pour guider les vaches en retard vers les robots de traite. «On a fait le choix de mettre une bonne épaisseur et ne jamais recharger ensuite, contrairement à un de mes copains d’école dans l’Aisne qui recharge toutes les semaines, mais ne cure que tous les trois ans», précise Benjamin. En effet, un essai de recharge a été réalisé un peu avant le premier curage mais la quantité à rajouter a semblé trop gourmande en miscanthus par rapport à l’allongement réel de la périodicité de curage. L’aire de couchage a donc été curée une première fois le 15 octobre et une seconde fois le 15 février. Dans les deux cas, l’intervention a fait suite non pas à des problèmes de propreté des vaches, de qualité de lait ou encore de chauffe de la litière, mais uniquement, car il y avait de plus en plus de difficulté à travailler correctement la litière. «On passe à travers, il faudra peut-être trouver un outil plus adapté pour la travailler au quotidien, pourquoi pas un rotavator ?»
L’élevage n’est à l’heure actuelle pas encore en phase de croisière. La mise en service du bâtiment est progressive et aujourd’hui, il n’accueille que 100 vaches laitières sur les 160 prévues. «Il faudra à terme peut-être vidanger plus souvent la litière malaxée» indique Benjamin Baudel.
«On ne reviendrait pas en arrière !». Le couchage s’apparente à une aire paillée, pratique historique sur le site. Le projet initial était basé et dimensionné sur l’installation de logettes creuses, car c’était ce qui ressemblait le plus à de l’aire paillée, mais avec beaucoup moins de paille. «Nous avions participé à une formation avec la chambre d’agriculture et l’après-midi consacré à la visite de la ferme des 1 000 vaches m’a donné des idées», précise l’éleveur. En cas de résultats insatisfaisants avec la litière malaxée, le système est réversible et évolutif. 

L’avis du technicien

Nicolas Correur


Il existe de nombreuses réalisations de ce type, souvent dans des régions un peu plus sèches et ventées que la Picardie. Cependant, cette pratique de couchage des vaches laitières reste tout de même à la marge. En France, on en dénombre moins de 50 et certainement, à peu de choses près, autant de «modes d’emploi différents» sur le fonctionnement des bâtiments en question. 
Ceci étant, tout le public concerné s’accorde pour dire qu’il faut atteindre les conditions les plus sèches possibles. Une ventilation maximale et homogène est obtenue avec les rideaux amovibles qui laissent également entrer la lumière. On pourrait même parler de «surventilation» à rechercher. Aucune zone ne doit être moins ventilée que d’autres, sinon elle devient vite un bourbier. L’orientation du bâtiment a été totalement revue par rapport au projet initial en logettes, au détriment de frais de terrassement importants. 
Le bloc laiterie a été volontairement détaché du bâtiment ainsi que la cuisine du robot d’alimentation, ceci pour ne pas pénaliser l’homogénéité de la circulation d’air.
Ce travail le plus au sec au possible passe y compris par le stockage du miscanthus à l’abri. Une travée de bâtiment lui est dédié.
Visuellement, le constat est rapide, l’état de la litière peut heurter l’esprit au premier abord, mais dès qu’on lève les yeux et qu’on regarde les vaches ou les analyses de lait, c’est autre chose !
Propreté des animaux et confort de travail sont donc les maîtres-mots de ce dispositif. Si on veut commencer à parler d’argent, chaque recharge à un coût important (300 m3 de substrat par recharge à 2 500 €/100 m3 rendus à la ferme, on arrive à 7 500 € par recharge donc 15 000 €/an) mais au regard du véritable coût de la paille que l’éleveur estime à 3 balles par jour soit environ 60 €/jour, on arrive à presque 20 000 €/an de paille. Avantage donc encore à la litière malaxée…
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