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Maraîchage : des outils à faire soi-même

Concevoir sur sa ferme des outils adaptés à ses pratiques grâce à des plans téléchargés sur Internet, c’est la formule proposée par l’Atelier Paysan et Etincelles Paysannes.



Il y a du génie chez ces maraîchers. Construire soi-même les outils de son exploitation tout en partageant des expériences, c’est le pari dans lequel se sont déjà lancés quelques producteurs de légumes des Hauts-de-France. Depuis lundi dernier (le 16 juillet), et une visite chez Romuald Botte, d’autres sont tout prêts à se lancer lors d’une prochaine formation d’auto-construction organisée par Bio en Hauts-de-France, avec la participation de l’Atelier Paysan.
Maraîcher à Hantay (59), dans les Weppes, Romuald Botte est installé depuis 2008. Il cultive 100 % de sa surface selon le cahier des charges de l’agriculture biologique, mais est aussi le président de l’association Etincelles Paysannes, relais local de l’Atelier Paysan. Autour de lui, les maraîchers, déjà installés ou en formation, écoutent religieusement les conseils.

Un triangle d’attelage pour débuter
«Les machines que l’on trouve sur le marché classique sont souvent très chères et éloignées de nos besoins», constate Romuald Botte. Pour démarrer son activité de maraîchage, c’est d’abord du côté du marché de l’occasion qu’il trouvera les matériels dont il a besoin. Puis, il découvre l’Atelier Paysan et ses stages d’auto-construction. Son premier outil auto-construit est un triangle d’attelage.
Le principe ? «L’attelage par triangle remplace avantageusement le système trois points classique. L’agriculteur peut ainsi atteler son outil en quelques secondes, tout en restant sur son poste de conduite. C’est un gain de temps, de sécurité et d’ergonomie», détaille l’Atelier Paysan. «Un triangle mâle est fixé sur les trois points du tracteur et n’en bouge plus. Chaque outil du parc matériel doit ensuite être équipé d’un triangle femelle. L’emboîtement entre les deux, conjugué au blocage du loquet du triangle mâle sur le triangle femelle, permet un attelage sûr, sans risque de décrochage. Pour le dételage, une poignée reliée à une corde permet de déverrouiller le loquet depuis le poste de pilotage», poursuit la notice descriptive de l’outil.
Selon ses utilisateurs, l’équipement d’un triangle d’attelage permettrait de gagner «entre 35 et 40 heures de manutention par an». En termes de prix, l’Atelier Paysan propose de fournir des modèles «femelle» ou «mâle» usinés, compris entre 42,35 e HT et 139,30 e HT.

Un lit pour désherber
Depuis qu’il a investi dans la construction d’une Chtit’bine, Romuald Botte raconte, avec une touche d’humour, voir les volontaires affluer en masse pour désherber. Créée par le maraîcher d’Hantay avec d’autres comme lui, la Chtit’bine est un lit de désherbage pouvant être converti en porte-outils. Le principe ? Un châssis, deux couchettes, des panneaux solaires alimentant des batteries, et l’on se retrouve aux commandes d’un chariot autonome à propulsion qui progresse entre les rangs.
La réflexion autour de la création de cet outil a duré un an en associant un groupe d’une dizaine d’agriculteurs. La conception a été assistée par un ingénieur de l’Atelier Paysan, «ce qui a permis de confronter le point de vue technique avec les besoins des maraîchers», témoigne Romuald Botte. La Chtit’bine fonctionne «sans bruit et sans odeur». La vitesse de travail est variable - elle est comprise entre 20 km/h et 4 km/h maximum - puisque le porte-outils est équipé d’une boîte de vitesse héritée d’un tracteur-tondeuse. Les couchettes sont réglables et ergonomiques avec trois points d’appui (tête, torse et jambes) pour réduire la pénibilité.
Son poids oscille entre 150 et 200 kilos, fonction des «options», pour une largeur d’1,6 m. Son coût ? «Environ 3 000 e», explique Romuald Botte, auquel il faut ajouter le coût de la formation proposé par l’Atelier Paysan.
Depuis la création de l’association Etincelles Paysannes, deux modèles supplémentaires de la Chtit’bine ont été fabriqués. Romuald Botte a, quant à lui, modifié depuis la version 1.0 de l’outil. Le retour de ce chantier a permis en parallèle de mettre à jour les plans de construction pour passer à une seconde version.

Un parc matériel évolutif
Le troisième outil présenté ce lundi est une barre porte-outil sur laquelle une bineuse à étoiles a été installée. D’une manière générale, «aucun outil n’est figé, explique le maraîcher nordiste. Mais, quand on l’achète à un professionnel, on n’ose pas forcément le découper et ressouder. Quand on l’a construit soi-même, on ose plus de choses».
Sur le site web de l’Atelier Paysan, on retrouve une multitude de plans et de tutoriels pour se lancer. En appui, la coopérative d’auto-construction propose des sessions de formation pour paysans bricoleurs. «La moitié des participants à ces formations n’a jamais utilisé un poste à souder. Le but n’est pas de former des experts de la soudure, mais de donner les bases», témoigne Romuald Botte.
La prochaine session de formation portée par Etincelles Paysannes devrait avoir lieu en décembre prochain. Parmi la vingtaine de participants, dont certains avaient fait plusieurs centaines de kilomètres pour venir, nombreux sont ceux qui pourraient être tentés.

L’Atelier Paysan : pour qui, comment ?

Dans les Hauts-de-France, l’Atelier Paysan bénéfice d’un relais terrain avec l’association Etincelles Paysannes. Créée en début d’année, elle rassemble des agriculteurs maraîchers intéressés par l’auto-construction de matériels. L’Atelier Paysan recense, conçoit et diffuse, avec les producteurs, des technologies inspirées de leurs besoins, reproductibles via l’auto-construction, et dont les plans sont accessibles sur Internet, sans brevet.

Une cinquantaine de tutoriels sont à ce jour en ligne, pour différents travaux - travail du sol, semis, récolte, transformation - dans divers domaines : maraîchage, viticulture, élevage ou grandes cultures. Chaque hiver, la coopérative propose plus de soixante-dix stages d’autoconstruction, partout en France, grâce à des ateliers-mobile. «Les agriculteurs viennent se former au travail des métaux et repartent à l’issue du stage avec un matériel qu’ils ont contribué à concevoir», explique l’Atelier Paysan. L’autre avantage de l’auto-construction est son coût : «Cela permet de diviser par deux ou trois l’investissement nécessaire pour un outil relativement équivalent dans le commerce», poursuivent les responsables de la coopérative. De 2011 à 2017, ils estiment que plus d’un millier d’agriculteurs ont déjà été formés.

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