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Marc Hossart se lance dans la production de la spiruline

L’ex-président des JA est le premier agriculteurs de la Somme, et même de Picardie, à produire cette algue.

Au cœur même des serres, la spiruline pousse tranquillement dans les bassins. 
Au cœur même des serres, la spiruline pousse tranquillement dans les bassins. 
© © F. G.


Les vocations surgissent de façon parfois inattendue. Ainsi en a-t-il été pour Marc avec la spiruline. Installé en Gaec avec ses parents, sa sœur et son mari depuis 2004, à Coigneux, il fait de la polyculture et de l’élevage laitier. Le Gaec passe de cinq à quatre, quand son beau-frère reprend la ferme de son père en 2006, puis à deux quand les parents de Marc et Sophie prennent leur retraite. Frère et sœur cultivent désormais seuls les 220 hectares de terre et s’occupent des 115 vaches laitières.
Avec la crise du lait qui frappe l’exploitation et la volonté de chacun de prendre de nouveaux chemins, Marc et Sophie dissolvent le Gaec d’un commun accord, avant de s’orienter vers de nouvelles voies. Pour Sophie, ce sera l’élevage de vaches allaitantes. Pour Marc, il ne sait pas encore exactement, mais recherche une production à forte valeur ajoutée et n’impliquant pas des efforts physiques importants au vu de ses problèmes récurrents de dos.
Ironie du sort ou coup de pouce du destin, son médecin lui conseille de prendre de la spiruline pour soulager ses douleurs. Ça marche. Au même moment, Marc fait un audit avec la Chambre d’agriculture de la Somme pour réfléchir à sa conversion. Ses impératifs : faire un produit à forte valeur ajoutée, pouvoir le transformer et le vendre lui-même, et trouver une activité ne sollicitant pas de trop son corps. Or, parmi toutes les propositions présentées par la chambre d’agriculture, deux sortent du lot : les herbes aromatiques et la spiruline. Au vu des effets de cette dernière sur sa propre santé, sa décision est prise : ce sera la spiruline, qu’il va produire sur son exploitation à Saint-Léger-les-Authie.
Après avoir réalisé un stage de découverte de dix jours à Hyères pour apprendre les fondamentaux de la production, et suivi des formations avec la Fédération des spiruliniers de France, il monte son étude de marché avec la chambre d’agriculture, puis son business plan. Coût estimé : 250 000 €, en assurant lui-même 70 % de la construction de son équipement.

Du projet à la construction du site
Après deux années consacrées aux démarches administratives et auprès des banques, il s’attelle enfin à la construction de son site en 2017. Il lui faudra cinq mois pour transformer l’ancien bâtiment d’élevage en lieu de production de spiruline, soit deux serres de 780 m2 équipées de deux bassins de 500 m2, puis un espace de récolte de la spiruline, une pièce où la sécher, et une chaufferie. Son ojectif : atteindre 500 kg de spiruline par an.
Mais, aujourd’hui, il est encore dans la phase de construction. «Le plus compliqué, c’est qu’il y a tout à inventer, mais c’est aussi le plus passionnant. Ainsi, la roue à aube, qui brasse l’eau des bassins, je l’ai construite moi-même. J’en ai fait de même avec les bassins. Seules les serres, leurs bâches et la récolteuse ont été construites par d’autres. Tout est finalement de la débrouille», explique Marc.

Les étapes de la production
Marc se lance le 5 septembre dernier, avec 1,3 kg de spiruline acheté à un spirulinier. Il la place dans un bassin contenant 5 m3 d’eau, mélangé avec du sel de mer, avant de le remplir un peu plus chaque jour pour que l’algue puisse se multiplier. Une fois le bassin rempli de spiruline, il fait sa première récolte et en réensemence une partie dans le deuxième bassin. La spiruline de ce bassin sera récoltée pour la première fois le 22 septembre.
Mais, avant de récolter, il procède quotidiennement à des analyses d’eau, de pH, d’odeur, de présence d’azote ammoniacale. «Il faut une eau entre 30 et 40°, un apport de pH proche de 10, puis ajouter des nutriments nécessaires à son développement (phosphore, potasse, fer...)», indique Marc. Autre critère capital à contrôler : la concentration de spiruline. C’est celle-ci qui détermine si la récolte peut se faire ou pas. Sans oublier les échantillons de spiruline passés au microscope pour contrôler, entre autres, la longueur des tiges.
Outre ces conditions sine qua non pour le bon développement de cette micro-algue, sa croissance dépend aussi de la luminosité de la journée et de la chaleur. «Quand il a plu une dizaine de jours, la spiruline ne pousse pas, faute de luminosité. Pour la chaleur, on a installé un système mixte pour en produire, soit une chaudière à paille où l’on peut mettre des ballots de 350 kg et deux pompes à chaleur. Quoi qu’il en soit, c’est vraiment une production saisonnière, plutôt estivale. En hiver, elle tourne au ralenti, voire pas du tout en décembre et janvier. Enfin, pour la récolte elle-même, on ne doit prendre que l’excédent de spiruline», explique Marc.
Pour récolter, le spirulinier met en route les machines qui filtreront la micro-algue, avant que celle-ci ne soit dirigée vers la récolteuse. Toute l’eau et les petites spirulines retournent au bassin. Inutile de changer l’eau : il n’y a pas de pollution, sauf en cas de mort subite de la spiruline ou lorsque le milieu de culture est usé. La spiruline est ensuite placée dans un bac pour être égouttée, avant d’être mise dans des presses sous vide, ce qui lui fait prendre une forme proche de la pâte à modeler.
Cette «pâte», une fois suffisamment égouttée, est «hachée» dans un poussoir à saucisse et en ressort sous forme de spaghettis, mis à sécher dans une pièce isolée, chauffée à moins de
42° pour garder toutes les vitamines, et équipée d’un deshumidificateur. Au terme de huit heures, la spiruline doit être à moins de 9 % de matière sèche. Une fois ce taux atteint, elle est stockée dans des fûts alimentaires étanches à la lumière et à l’humidité, en attendant d’être analysées par un laboratoire spécialisé. Ce n’est qu’une fois le feu vert obtenu que la spiruline pourra être commercialisée.

Les débouchés
Marc vise trois marchés en croissance : le marché nutritionnel, celui des sportifs et celui de l’accompagnement médical. Dans un premier temps, il souhaite commercialiser la micro-algue sous forme de sachets, puis ensuite en comprimés. Il commencera la vente sous forme de sachets de 100 gr à 20 €, en bout de serre, à compter du mois de novembre, et assurera des commandes groupées.
Par ailleurs, des négociations sont en cours pour pouvoir vendre ses sachets dans des relais vente, en attendant d’ouvrir son propre magasin à côté des serres. Autre lieu de vente, cette fois-ci, virtuel :  son site internet en cours de construction actuellement. Si la spiruline est reconnue pour ses nombreuses vertus, et même considérée par certains comme une micro-algue miracle, dans tous les cas, elle a changé littéralement la vie de Marc Hossart.

Production

- 150 producteurs en France, dont 110 adhérents à la Fédération des spiriluniers de France
- 5 producteurs dans les Hauts-de-France, un seul en Picardie
- 100 tonnes de spiruline produites par an
- 400 tonnes ont été consommées en France en 2016. Les 300 tonnes produites hors de France proviennent de Chine et des Etats-Unis

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