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SANTE MENTALE
Mathilde, agricultrice picarde en détresse : “C’est un parcours du combattant tous les jours”

Mathilde*, 55 ans, vit depuis plus de 30 ans au rythme effréné de son exploitation située dans la Somme. Épuisée par les difficultés financières et les conflits familiaux, elle tente de remonter la pente grâce à divers dispositifs d’accompagnement. Voici son témoignage.

Pour l'agricultrice, la santé mentale est un sujet tabou dans le milieu agricole. "C'est pourtant important d'en parler pour ne plus avoir honte."
© Freepik

“J’ai eu des pensées suicidaires et parfois, j’y pense encore”, ces mots décrivent la souffrance qui habite Mathilde*, agricultrice dans la Somme depuis plusieurs années maintenant. En 1994, elle se lance avec son mari dans l’exploitation maraîchère. À l'origine étudiante en commerce, elle décide de renouer avec sa passion pour le travail de la terre et la vie à la campagne. Depuis de longues années, le couple travaille sans relâche et ne compte pas ses heures. L’air fatigué, la maraîchère raconte : “Les jours de marché, je pars de la ferme vers 5h30. Je m’occupe de l’installation du stand et de la vente des produits. Lorsque le marché est fini, je fais quelques livraisons sur la route, je ne rentre pas à la ferme avant 15h. La journée est loin d’être finie puisqu’il faut encore faire du rangement, s’occuper du reste de l’exploitation, etc.”

“J’ai appris que je faisais un burn-out”

Mais en 2015, le contexte familial déjà tendu s’aggrave. Des difficultés financières liées à l'installation de leur fille sur l’exploitation accentuent ce problème intergénérationnel. Au moment de la crise sanitaire du Covid, le chiffre d'affaires de l’exploitation est à son paroxysme. “Il a été multiplié par 3, on n'avait jamais vu ça. Les gens consommaient local et nos livraisons rapportaient beaucoup. Tous nos stocks ont été vendus” se souvient Mathilde. Par la suite, la descente aux enfers commence. Son mari tombe malade et perd peu à peu en autonomie. À cela s'ajoutent de nouvelles contraintes budgétaires : “Les charges qui ont été suspendues pendant la pandémie sont brutalement revenues après coup. Et puis, avec la réouverture des grandes surfaces, les clients ont arrêté d’acheter auprès de petits producteurs comme nous. Les promesses de “consommer local” n’ont plus vraiment été tenues” déplore l’agricultrice. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires de la ferme est estimé à -30 % et continue de baisser au fil des années.

Des dispositifs pour briser le silence

Tous ces problèmes viennent lourdement impacter la santé mentale de Mathilde. Insomnies, charge mentale et stress intense la plongent dans un cercle vicieux. Les larmes aux yeux, elle relate : “J’ai commencé à avoir des envies suicidaires. Je n’arrivais parfois plus à me lever de mon lit”. Face à cette situation alarmante, l’une de ses amies décide de contacter la MSA. Cette dernière lui propose l’aide du dispositif Horizons, un service venant en aide aux personnes en détresse psychologique. Mathilde rencontre plusieurs professionnels de santé : psychologues ou encore infirmières. Puis, le diagnostic tombe : “J’ai appris que je faisais un burn-out. On m’a proposé un mi-temps thérapeutique mais, ce n’est pas compatible avec le métier” rapporte-t-elle. Concernant les difficultés financières, le couple d’exploitants a été accompagné par Solidarité Paysans, un réseau associatif aux côtés des agriculteurs et de leurs problématiques. “C’était difficile pour nous d’établir le dossier pour obtenir le RSA et nos droits. Ils nous ont accompagnés et les démarches étaient quand même plus simples.” évoque l’exploitante.

Aujourd’hui encore, le combat du couple se poursuit. Les exploitants luttent contre les découverts bancaires, le coût important des cotisations sociales ou encore des normes toujours plus restrictives. “L’avenir fait peur, c’est impossible de se projeter. On est matraqué par les charges” explique Mathilde, l’air résigné. Suite aux dispositifs dont elle a bénéficié avec son mari, la maraîchère note quand même une certaine prise de conscience : “Au début, j’avais des craintes, j’étais un peu sceptique. Je ne dirais pas que ça a réglé tous mes problèmes mais je me suis rendue compte qu’il n’y a pas que le travail dans la vie. Ça m'a ouvert les yeux”. Dans l’entourage de Mathilde, beaucoup d’agriculteurs vivent des situations similaires. Tensions familiales, difficultés financières ou encore pressions administratives peuvent les pousser dans leurs retranchements. “La santé mentale est un sujet encore tabou dans le milieu agricole. Quand on est agriculteur, on a l’impression qu’on n’a pas le droit d’avoir des difficultés aux yeux des gens. C’est important d’en parler pour ne plus avoir honte.” témoigne Mathilde, avec émotion.

*Pour des raisons d’anonymat, le prénom Mathilde est un pseudonyme.

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