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«Même si le désarroi est grand, nous ne sommes pas encore résignés»

Le blocus des plateformes de distribution de la région a été levé, après une réunion de crise avec les représentants de la grande distribution.

Une réunion de crise avec les représentants des GMS a eu lieu le 11 février dans les locaux de la Cité de l’agriculture à Saint-Laurent-Blangy.
Une réunion de crise avec les représentants des GMS a eu lieu le 11 février dans les locaux de la Cité de l’agriculture à Saint-Laurent-Blangy.
© FD

 

À l'appel de la FRSEA et des JA du Nord-Pas de Calais et de Picardie, des actions syndicales ont ciblé la grande distribution la semaine dernière. Le 10 février, quatorze plateformes logistiques de la grande distribution, toutes enseignes confondues, ont ainsi été bloquées par des agriculteurs à l'aide de tracteurs (quatre dans le Pas-de-Calais, trois dans le Nord, trois dans l'Oise et quatre dans la Somme). Une opération coup-de-poing justifiée par communiqué : «En tant qu’acteur de la mise en marché de nos produits, la grande et moyenne distribution (GMS) porte une part de responsabilité dans la juste répartition des marges tout au long de la filière. Par la guerre des prix que les enseignes se livrent entre elles et la politique du «toujours moins cher», les GMS affament le producteur, premier maillon de la filière, pourtant à l’origine de la valeur de ces produits. Ce rapport de force déséquilibré, nous le dénonçons depuis longtemps. Désormais, c’en est trop !», insiste-t-on du côté des syndicats d'exploitants agricoles. Et d'ajouter : «Même si le désarroi est grand, nous ne sommes pas encore résignés. Nous voulons simplement retrouver la fierté d’exercer notre métier, redonner de la valeur à l’acte de production de denrées alimentaires.»
En parallèle des blocages, des visites en magasin ont également eu lieu. Toujours est-il que «les agriculteurs sont à bout économiquement et moralement, ils le font savoir à travers ces différentes actions». D'après Laurent Verhaeghe, président de la FRSEA Nord-Pas-de-Calais-Picardie, l'objectif était de montrer «notre capacité à nous mobiliser très vite, et en nombre, partout dans la région». L'idée étant de taper là où cela fait mal : «Les centrales d'achats fonctionnent en flux tendu. Même si le blocus ne dure que 24 heures, il leur pose d'énormes soucis logistiques», explique-t-il.

Négociations : des avancées constructives
Aussi une réunion de crise avec les représentants des enseignes (Système U, Grand Frais, Carrefour, Auchan, Leclerc, Aldi, Intermarché, Match et Lidl) a-t-elle été programmée le lendemain dans les locaux de la Cité de l’agriculture à Saint-Laurent-Blangy (62). «Le message est simple. Les agriculteurs ont besoin d’un prix décent de leurs produits, qui leur permet de vivre de leur travail», soulignent FRSEA et JA. Ces derniers ont notamment demandé «qu'aucune négociation n’aboutisse à une baisse des prix, que la transparence et une juste répartition des marges soient faites tout au long de la filière, et que les enseignes  s'engagent aussi sur l’étiquetage de l’origine des produits».
Suite à cette réunion, les blocages en cours ont tous pris fin : «La levée des barrages a pu survenir grâce aux négociations fructueuses menées avec les enseignes de distribution concernées», a déclaré à l'AFP, Éric Taisne, directeur de la FDSEA du Nord. En effet, les distributeurs se sont engagés à respecter une «charte partageant les risques sur la fluctuation des prix du lait», à «travailler à la création d’un fonds de soutien pour la filière porc», ainsi qu’à «favoriser l'étiquetage de l'origine des ingrédients contenus dans les produits transformés».

Mise sous surveillance
«Même si nous avons eu en face de nous des gens plutôt à l'écoute, nous ne sommes pas dupes, affirme Laurent Verhaeghe, qui se veut positif, mais mesuré. Il leur reste encore beaucoup d'efforts à faire, notamment sur les fonds de rayon, aussi bien sur le plan de la transparence que sur celui de la répartition des marges.» Avant d'ajouter : «J'ai encore reçu des appels me signalant que certains magasins utilisent  les logos origine France pour des produits qui ne sont pas forcément français.»
Pour la FRSEA et les JA du Nord-Pas de Calais et de Picardie, il s'agit à présent de maintenir une forte pression sur les GMS et de les «surveiller» pour qu'elles tiennent leurs engagements. «La mise sous surveillance va se poursuivre, confirme Laurent Verhaeghe. Si la situation n'évolue pas favorablement, nous recommencerons les opérations de blocage. Et il ne faudra pas venir nous dire que nous ne jouons pas le jeu.»

 

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