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Méthanisation, la filière en ébullition

Plus de 800 projets ont déjà été installés en France. La région Grand Est occupe la première place, que ce soit pour les sites en service comme les projets. La tarification actuelle, qui semble à son apogée, booste les projets. Mais pour assurer la rentabilité des installations, la filière doit s’adapter.

Malgré certaines incertitudes sur le tarif de rachat, «l’engouement pour la méthanisation ne se dément pas», 
observe Grégory Lannou, directeur du cluster Biogaz Vallée implanté dans l’Aube.
Malgré certaines incertitudes sur le tarif de rachat, «l’engouement pour la méthanisation ne se dément pas»,
observe Grégory Lannou, directeur du cluster Biogaz Vallée implanté dans l’Aube.
© Grégory Brandel – GRDF



D’ici 2030, les énergies renouvelables devront représenter 40 % de la consommation d’électricité et 10 % de la production de gaz. À la lecture de l’objectif de la loi de transition énergétique, on comprend pourquoi la filière méthanisation a le vent en poupe. Le biogaz permet de produire du gaz vert injecté dans les réseaux après épuration en biométhane, mais aussi de l’électricité et de la chaleur par la cogénération. Une énergie renouvelable, produite dans des conditions que l’on maîtrise, en dehors du contexte géopolitique international et, en plus, créateur d’emplois et de richesse économique dans des territoires ruraux, que demander de plus ?

1 257 projets
Partant de ce principe, 845 unités de méthanisation ont déjà été installées en France, principalement par le monde agricole qui y voit une source de revenus fiables, dont 738 en cogénération. La plupart sont installées dans la région Grand Est. Et l’incitation par la tarification encourage d’autres à se lancer. Plus de 1 250 projets supplémentaires sont dans les tuyaux. La dernière convention affaires Biogaz Vallée, le cluster national de la filière installé dans l’Aube, qui s’est tenue en novembre à Troyes, a montré «que l’engouement ne se dément pas», selon Grégory Lannou, son directeur. Selon ses prévisions, 100 à 150 projets pourraient aboutir chaque année. Huit sur dix sont portés par les agriculteurs et concernent, pour la plupart, de l’injection biométhane pour des unités de taille moyenne de 100 à 200 Nm3/h (100 à 500 kW électrique en cogénération).
Verront-ils tous le jour ? Rien n’est moins sûr, selon Grégory Lannou. «On porte une ambition forte. Notre capacité en biométhane issu de la méthanisation pourrait atteindre 21 térawatt/heure ; le problème, c’est que l’État ne nous suit pas.» La programmation pluriannuelle de l’énergie, qui donne une vision du mix énergétique français à l’horizon 2028 prévoit une limite à 6 térawatts/heure pour la première période 2019-2023. Incompréhensible pour le cluster. «Même en ne créant qu’un tiers des projets, on serait déjà au-delà de cette capacité», constate Grégory Lannou. Or, le déploiement d’unités de méthanisation est indispensable pour répondre à un autre objectif, celui fixé par le comité stratégique de filière : réduire les coûts d’installation de 30 % d’ici 2028.

Bulle verte
Dans ce contexte, il faut prendre en compte un autre paramètre : la diminution du tarif d’achat du biométhane. Son maintien n’est pas étranger à la bulle verte qui a vu le jour ces dernières années et à l’engouement pour la filière en 2019. Il a atteint aujourd’hui son apogée et les acteurs réfléchissent à trouver de nouveaux leviers pour que les projets émergeants continuent d’être rentables. Tarifs régulés, contractualisés, garanties bancaires, financement des études via le conseil régional et l’Ademe, participation des développeurs/investisseurs, les alternatives sont nombreuses. «Même si les règles changent, se lancer dans la méthanisation n’est pas forcément un mauvais calcul», estime Grégory Lannou.
La filière méthanisation arrive sans doute à un nouveau virage de sa progression avec, peut-être, de nouveaux modèles économiques à trouver sur fonds de coopération, d’achats groupés, mais aussi de soutien des collectivités. Pas de quoi décourager les porteurs de projets, rassure Grégory Lannou. «Se lancer dans la méthanisation n’est pas un long fleuve tranquille, mais il y a une cohérence en termes de pratiques culturales et de rentabilité pour les agriculteurs.»

Chiffres clé

845 unités de méthanisation en France
1 257 projets en cours
80 % de projets en biométhane
30 % l’objectif de réduction des coûts d’ici 2028

© Source : Ministère de la transition écologique et solidaire au 30/09/20



CertiMétha, future plateforme d’innovation de la filière biogaz

Preuve que la filière a le vent en poupe, une plateforme mutualisée de méthanisation verra le jour d’ici la fin de l’année à Chaumesnil, dans l’Aube. Les premiers coups de pelle sont attendus ces prochains mois sur le terrain de 12 000 m2. L’objectif de cette installation est double : professionnaliser la filière et réduire les coûts de production. Les professionnels de la filière, fabricants de pompes, constructeurs pourront ainsi venir tester leurs nouveaux dispositifs et innovations sur site, à taille réelle. Unique dans ses dimensions et son modèle de fonctionnement, CertiMétha se composera d’un laboratoire d’analyses et d’un démonstrateur de hautes technologies. Véritable projet industriel d’avenir, le site disposera aussi d’un bâtiment dédié à la formation et la montée en compétence des professionnels de la filière.
Plateforme d’innovation conçue par la filière pour la filière, CertiMétha® concrétise la volonté de Biogaz Vallée® et d’Evergaz, sous la houlette du conseil départemental de l’Aube, de structurer la filière méthanisation en France. La structure soutenue notamment par huit investisseurs privés, nécessite un investissement de 4,5 millions d’euros. En partie financé dans le cadre du Programme des Investissements d’avenir (PIA), CertiMétha a déjà fait l’objet d’une première levée de fonds de 621 000 €. Deux autres doivent suivre.

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