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Miscanthus : petite récolte mais grand succès

La récolte de miscanthus a battu son plein fin avril. Il ne s’agissait pas d’une année exceptionnelle, mais la culture séduit tout de même de plus en plus de polyculteurs.

Philippe Colin estime connaître une perte de 25 % de rendement par rapport à l’année dernière, mais il relativise : «Ce que nous n’avons pas pu récolter cette année, nous le retrouverons en partie l’année prochaine».
Philippe Colin estime connaître une perte de 25 % de rendement par rapport à l’année dernière, mais il relativise : «Ce que nous n’avons pas pu récolter cette année, nous le retrouverons en partie l’année prochaine».
© D. R.

Chez Philippe Colin, plus gros producteur de miscanthus de la Somme, trois phénomènes ont contraint le bon développement de la graminée pérenne cette année : «de fortes gelées au printemps dernier qui ont provoqué un retard de végétation de l’ordre de deux à trois semaines, puis un stress hydrique à cause d’un été 2019 très sec, suivit d’un hiver très doux, qui fait que la sève est toujours restée active.»
Résultat : une densité plus faible dans les terres les plus sèches, et 20 ha sur 245 qui n’ont pas pu être récoltés, car l’humidité des cannes étaient trop élevée (une humidité inférieure à 17 % est requise). «Il s’agit surtout des parcelles humides, en fond de vallée, qui présentent normalement les meilleurs rendements, à plus de 15 t/ha». En tout, Philippe Colin estime connaître une perte de 25 % de rendement par rapport à l’année dernière, avec 9,8 t/ha contre 12,6t/ha en 2019. Mais le producteur relativise : «Ce que nous n’avons pas pu récolter cette année, nous le retrouverons en partie l’année prochaine. On devrait faire l’équivalent d’une récolte et demi voire un peu plus en 2021.»
Ailleurs dans le département, il s’agit d’une année «normale», annonce Caroline Wathy, ingénieur agronome chez Novabiom, entreprise qui se consacre depuis 2006 au développement et aux valorisations du miscanthus. «Dans les parcelles un peu séchantes, les rendements n’étaient pas énormes, conséquence de l’été très sec que nous avons subi en 2019, précise-t-elle. Mais dans les parcelles qui présentent une réserve hydrique suffisante, les rendements sont stables, entre 8 et 15 t/ha selon le secteur.»
Chez Blandine Crété, installé à Selincourt, commune d’Hornoy-le-bourg, cette tendance s’est confirmée. «Nous avons terminé la récolte le 20 avril, et avons obtenu environ 15 t/ha. C’est la moyenne», confie-t-elle. Son père a planté les premiers rhizomes de miscanthus en 2007 et Blandine, installée dix ans plus tard, en cultive désormais 4 ha, sur les 165 de l’exploitation. «Au départ, l’idée était de diversifier l’assolement car il y a de plus en plus de restrictions en grandes cultures, notamment en termes de traitements.» Et puis cette culture est peu coûteuse en temps. Il suffit de récolter. Autre avantage, depuis 2019, le miscanthus est éligible aux surfaces d’intérêt environnemental (SIE), avec une pondération de 70 %.

Des débouchés à sécuriser
Développer cette culture ? «Il nous faudrait des contrats sur plusieurs années pour sécuriser les ventes avant cela.» Chaque année, Blandine Crété a une cinquantaine de tonnes a écouler. Pour cela, elle mise sur la communication et le bouche-à-oreille. «Nous avons remarqué que les gens aiment le miscanthus en paille fine, alors cette année, nous l’avons ensilé.» Beaucoup de particuliers viennent se servir à la ferme, moyennant 10 € les 100 l (soit 18 à 20 kg), pour le paillage. Une partie est vendue pour du bois bûche énergie et, cette année, une école a acheté
4 t.
Philippe Colin, qui a spécialisé son exploitation dans cette culture, a des voies de commercialisation désormais solides. «Le complément de ration pour les vaches laitières est le marché le plus porteur, explique-t-il. J’en vends jusqu’à 1 000 t par an comme cela. Le miscanthus, à hauteur de 300 à 500 g par vache et par jour, améliore la rumination et aide à résoudre les problèmes d’acidose.» Autres débouchés : la litière pour équins et bovins - convient à des étales bien aérées avec un chargement correct -, la litière pour volailles, le chauffage pour quelques communes, le paillage horticole pour les communes et les professionnels… «La MSA de Picardie est un nouveau client. Son nouveau bâtiment, à Boves, construit selon les normes du développement durable, est chauffé au miscanthus.»
Pour les nouveaux producteurs, Novabiom, s’engage à acheter le miscanthus de l’agriculteur pendant plusieurs années, jusqu’à dix-huit ans. «Mais si l’agriculteur trouve une valorisation plus intéressante, libre à lui de vendre à qui il le souhaite

En remplacement des prairies ?
Comme Philippe Colin et Blandine Crété, de plus en plus d’agriculteurs se laissent séduire par l’herbe à éléphant. C’est le cas d’Arnaud Cressent, installé à Estrée-les-Crécy, qui envisage d’en produire dans les prochaines années. «Ce pourrait être une bonne option pour valoriser des petites parcelles ou des bandes désormais non cultivables à cause des zones de non traitement.» Mais l’ancien éleveur espère surtout pouvoir en cultiver dans les prairies qu’il n’utilise plus. La règlementation ne l’autorise cependant pas pour l’instant. «Je suis dans une zone de captage, donc je ne peux pas retourner les prairies. Mais le miscanthus est une plante très respectueuse de l’environnement, puisqu’elle ne nécessite pas d’intrants (désherbage seulement la première année, ndlr)». S’ajoutent à cela des pertes d’azote par lixiviation faibles, une réduction du ruissellement grâce à l’amélioration de la structure du sol et à l’augmentation de teneur en matière organique, une couverture le sol en permanence, un habitat pour la petite faune…
Caroline Wathy prévient : «il faut anticiper les commandes de rhizomes bien avant l’implantation au printemps, car les demandes sont nombreuses !»

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