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Faune sauvage
Mouettes et goélands dans les champs, agriculteurs et chasseurs à cran

Dans l’est de la Somme, des centaines de mouettes et goélands envahissent les parcelles agricoles, causant pertes de récoltes et dégâts sur les semis. Face à ce fléau, agriculteurs et chasseurs réclament des solutions pour contourner la protection légale des oiseaux.

La FDSEA de la Somme poursuit son enquête pour estimer les éventuelles nuisances liées à la prolifération des mouettes et goélands dans la plaine picarde.
La FDSEA de la Somme poursuit son enquête pour estimer les éventuelles nuisances liées à la prolifération des mouettes et goélands dans la plaine picarde.
© D. R.

Derrière les labours d'hiver, des champs remplis de mouettes. Dans l’est de la Somme, cette situation est récurrente depuis plusieurs années, jusqu’au ras-le-bol des exploitants agriculteurs qui sont chaque semaine de plus en plus nombreux à fournir des attestations de dégâts. Alertée en novembre dernier d’une prolifération de mouettes et goélands, la FDSEA de la Somme a lancé depuis une enquête auprès des agriculteurs pour recenser d’éventuelles nuisances. Le résultat ? «On ne pensait pas que le phénomène serait si important et que les conséquences soient aussi graves», expliquait en ce milieu de semaine, Samuel Decerf. Sur son bureau, les attestations s’empilent. Dans son ordinateur, des photos et vidéos montrant des champs colonisés par des centaines d’oiseaux. Le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme est Bruno Houcke, agriculteur à Mailly-Maillet. En 2023, puis en 2024, il a constaté la présence de la bactérie E. Coli dans des salades produites sur sa ferme. Pour lui, c’est incontestablement la présence de mouettes et goélands dans ses parcelles qui en est la cause.
 

Dégâts sur les semis, pertes de récolte

Depuis quelques mois, dans d’autres communes, les attestations de dégâts rapportent toutes les mêmes difficultés. Exploitant des parcelles à Vauvillers, Lihons et Rosières-en-Santerre, Aurélien Desrousseaux témoigne de la prédation effectuée par les oiseaux sur les vers de terre, et d’une interdiction de cultiver des légumes d’industrie dans certaines zones. Dans la commune de Moislans, Quentin Descamps déplorait, fin janvier, une perte comprise entre «10 et 15 %» de ses semis de carottes de juillet à septembre, pour un préjudice de 7 300 €/ha. Pour la SCEA Diane Pieri, à Soyécourt, le préjudice en vers de terre se chiffre, quant à lui, «à plusieurs tonnes». Une situation à laquelle l’exploitante doit ajouter le bâchage de ses parcelles de racines d’endives pour les protéger.

À Dommartin, Boves et Cottenchy, fin février, Pierre Boilly recensait lui aussi des dégâts sur ses parcelles de maïs et pois, l’obligeant à des ressemis coûteux, «entre 150 et 500 € selon les années». Tous accusent mouettes et goélands. Problème, sur le plan juridique, les mouettes et les goélands sont protégés par la Convention de Berne et la directive européenne «Oiseaux», ce qui rend leur régulation interdite… à moins d’une dérogation justifiée par une situation exceptionnelle.
 

Impact sur la petite faune

Pour Philippe Boucher, président de la société de chasse de Moislans, le constat est apocalyptique : «des cohortes de goélands et de mouettes colonisent chaque année un peu plus nos plaines», écrit-il dans un courrier adressé à la DDTM de la Somme. «Ils s’abattent par centaines sur chaque parcelle, avalant tout ce qui y vit, du lombric au jeune perdreau ou levreau, et détruisent toutes les espèces qui nidifient au sol, perdrix et faisans en tête.» Président du Groupement d’intérêt cynégétique (GIC) du Santerre, Christian Godart expliquait, en ce milieu de semaine, avoir adressé à l’administration ainsi qu’à la Fédération des chasseurs de la Somme un courrier semblable : «Cela fait déjà quelques années que l’on constate une forte présence de ces oiseaux, et c’est de pire en pire puisqu’ils n’ont pas de prédateurs.»

Parfois montrés du doigt pour servir de refuge et de garde-manger aux mouettes et goélands, le centre d’enfouissement technique de la Coved installé sur la commune de Nurlu, comme le centre de gestion des déchets de la Sécodé (Boves) seraient plutôt du côté des agriculteurs et chasseurs, partageant le même constat et les nuisances. Pour Christian Godart, si une dérogation permettant la régulation des mouettes et goélands est espérée, «ce n’est pas pour les exterminer», assure-t-il. «Mais si au moins on pouvait réduire leur nombre pour éviter les dégâts…» Quant à l’enquête et au recueil d’attestations de dégâts, ils se poursuivent de manière à présenter un dossier plus solide que le bec d’un goéland.

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