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Né dans le Nord, le Lin Français se développe dans l’Aisne

Portée par une demande mondiale croissante tirée notamment par la Chine et l’Inde, l’entreprise de teillage Le Lin Français-Jean Decock a installé sur le pôle du Griffon tout près de Laon, une deuxième usine de lin. Retour sur une histoire de fibre familiale.

Spécialiste du teillage du lin, la famille Decock a implanté en 2021 une deuxième usine près de Laon qu’elle a présenté lors de portes ouvertes à la presse du 17 au 19 mai. Le Lin Français-Jean Decock est une société familiale créée en 1957 par Jean Decock à Quaëdypre, dans le Nord spécialisée dans la récolte et le teillage du lin, le stockage, le transport et la logistique. Dans l’objectif de doubler ses capacités de production pour suivre la croissance du marché du lin, une deuxième usine a été implantée à Barenton-Bugny sur la zone du Griffon en 2021. Le site axonais compte une vingtaine de personnes pour une capacité de transformation de 16 000 tonnes de paille de lin. «À Barenton, nous avons deux lignes et la possibilité d’en installer une troisième. Cela pourrait représenter une quarantaine d’employés à terme», a expliqué Quentin Decock. Ainsi, l’entreprise entend gonfler sa capacité de transformation totale sur les deux sites, à
40 000 tonnes. Mais avec cette usine axonaise, c’est aussi un moyen de réduire les flux et les coûts logistiques en se positionnant au cœur de la zone de production de lin.

De la fibre au fil
Implantés sur une surface de 7,5 ha, les 13 000 m2 de bâtiments permettent de transformer localement les lins de l’Aisne, ainsi qu’une partie des lins des producteurs normands. «Cette nouvelle unité permet d’accroître nos capacités de production pour pouvoir suivre le marché qui, une fois la crise du coronavirus passée, retrouvera une croissance au niveau mondial», a expliqué Quentin Decock, directeur du site. «Ce choix géographique de l’Aisne a été dicté par notre volonté de se rapprocher des zones de production et de s’inscrire sur le long terme dans le développement économique local». Aujourd’hui, environ 80 % de la production de fibres de lin sont exportés vers la Chine et l’Inde pour être transformées en tissu. «1 kg de fibres de lin produit entre 20 à 39 km de fil selon sa qualité». Et la qualité, les dirigeants y prêtent une attention particulière notamment en travaillant en collaboration avec les agriculteurs producteurs de lin, soixante-dix dans l’Aisne.
Renouvelée en rotation tous les sept ans pour éviter d’appauvrir les sols, de perdre en rendements et en qualité, la culture du lin, peu gourmande en intrants, favorise l’activité biologique des sols et améliore la qualité des cultures suivantes de 20 à 30 % (blé, pommes de terre, colza…). «La culture du lin est délicate et très technique. En revanche, elle valorise très bien un travail bien fait si la météo est favorable», détaille Ludovic Pointeaux, agriculteur à Barenton-Bugny, qui produit entre 15 et 25 ha de lin par an depuis une bonne dizaine d’années. Pour lui pas de doute, le lin est une culture écologique, qui bénéficie d’un savoir français et d’un très bon débouché. «Je stocke à la ferme et la livraison se fait au fur et à mesure des besoins de l’industriel». Ludovic Pointeaux utilise la variété Elixir depuis deux ans, une toute jeune variété. Car en lin aussi, la recherche travaille. «Depuis vingt ans, on a gagné environ 20 kg de fibres par hectare», s’est félicité l’agriculteur, précisant qu’un hectare de lin produit en moyenne entre 1 200 à 1 600 kg de lin teillé.

Un croissant de lin
En France, la production de lin se situe dans un croissant allant du Calvados au Nord en passant par l’Oise et l’Aisne pour les principaux producteurs. Dans la frange partant de l’Orne à la Marne on trouve plusieurs centaines à plusieurs milliers d’hectares comme en Seine-et-Marne par exemple. Aussi, avec quasiment 150 000 ha,
dont 50 315 en Hauts-de-France et 85 245 en Normandie, la France reste le pays leader en production de fibres de lin avec 61 % de la production mondiale. Elle est suivie par la Belgique qui représente 14 %.
La fibre est utilisée principalement pour le textile mais pas que. Stockées en balles rondes, les fibres longues de bonne qualité serviront à la fabrication de tissu. Les fibres courtes de moins bonne qualité sont stockées en balles carrées et sont destinées à la papeterie. Pour l’anecdote, des fibres de lin français ont servi à la confection de dollars américains. Les autres parties de la plante sont valorisables. Les graines récupérées sont transformées en huile et les anas (copeaux issus de la tige), serviront de litière pour animaux, de panneaux agglomérés ou de plaquettes combustibles. «Même la poussière dégagée lors du travail du lin peut servir de fertilisant dans les champs», annonce Charles Decock, directeur du site de Quaëdypre. Alors aujourd’hui c’est sûr, l’engouement mondial pour le lin et l’envolée des prix actuelle offrent de belles perspectives pour la société Decock ainsi que pour les agriculteurs de nos régions.

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