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Oise : du gaz vert dans le réseau grâce aux grandes cultures

Benoît Levasseur et Pierre-Henri Roland, agriculteurs près de Senlis, dans le Valois, se sont lancés dans un projet de méthanisation avec injection du biométhane dans le réseau de gaz naturel GRDF. Ils utilisent des cultures intermédiaires, des déchets agricoles et d’industrie dans leur digesteur.

Benoît Levasseur et Pierre-Henri Roland.
Benoît Levasseur et Pierre-Henri Roland.
© D. L.-C.


Rien ne prédestinait ces deux exploitants, à la tête de belles exploitations grandes cultures (900 ha à eux deux) à se lancer dans un tel projet il y a maintenant six ans. Pourtant, ils avaient fait le constat de la baisse régulière de leurs revenus et de la nécessité de compresser leurs charges. Et surtout, celles liées à la fertilisation. C’est donc par l’entrée «digestat», donc fertilisant, qu’ils ont entamé la réflexion qui les a menés à la création de Valois Energie. Parallèlement, la réglementation a évolué, permettant la production de Cive (Cultures intermédiaires à vocation énergétique). Avec un contexte pédo-climatique local favorable à la production de biomasse, il n’en fallait pas plus pour permettre aux deux associés de se lancer.

Cercle vertueux
Leur raisonnement de départ était simple : le digesteur serait approvisionné par une biomasse issue de Cive soignées et de déchets agricoles du secteur. En interculture d’été, il suffirait d’implanter un maïs et, en interculture d’hiver, un seigle ou une orge d’hiver pourraient développer suffisamment de biomasse.
«Le modèle agricole actuel n’est pas prêt à produire de la biomasse. Quand on est agriculteur, on produit du grain. Produire de la biomasse, c’est une vraie remise en cause», confesse Pierre-Henri Roland. D’où l’idée de travailler à plusieurs sur un tel projet qui nécessite une vraie approche agronomique et technique. «Finalement, pour nous, ces cultures intermédiaires sont une troisième culture sur deux campagnes, elles permettent de capter l’énergie solaire grâce à la photosynthèse et de rendre cette énergie au travers de la méthanisation» complète Benoît Levasseur.
Toutes les matières entrant dans le digesteur de 6 000 m3 sont donc stockées sous bâche au site : Cive, poussières et issues de silos de coopératives, drèches de blé, pulpes de betteraves, peaux d’oignons composent le repas agricole du digesteur, soit 20 % de sa consommation. Le reste est alimenté par des déchets industriels selon des «achats spot», car les déchets ont dorénavant une valeur marchande ou, du moins, les industriels, via la méthanisation, ne doivent parfois plus payer pour s’en débarrasser.

Un site qui génère de l’activité autour
La force de cette installation est sa capacité de stockage qui permet d’assurer un an de production et de négocier le prix des matières premières. Cette sécurisation de l’approvisionnement est aussi un signe de fiabilité adressé aux industriels prêts à travailler avec Valois Energie.
Pour cultiver les Cive, épandre le digestat, et transporter les matières à méthaniser, Valois Energie fait appel à des voisins agriculteurs, des Cuma, des entreprises de travaux agricoles. «Finalement, comme je l’avais dit au départ aux opposants, ce projet développe de l’activité autour», plaide Pierre-Henri Roland. Au site, pour le moment, un emploi et demi plein temps a été créé.
Car le projet a bien entendu suscité des oppositions locales. Un méthaniseur à proximité d’une ville comme Senlis ! Pourtant, le projet a obtenu l’appui de la municipalité qui voit en cette installation de nombreuses vertus et la preuve qu’on peut conjuguer patrimoine historique, autonomie énergétique, emploi local et développement durable.
Pour éviter que le site ne soit trop visible dans cette plaine céréalière à la sortie de Senlis, l’intégration paysagère a été particulièrement soignée. Les installations ont été partiellement enterrées, les couleurs se fondent dans le paysage et de nombreuses plantations vont, à terme, camoufler le site. Aucune odeur ne vient importuner le voisinage. Il faut dire que tout est mis en œuvre pour éviter les nuisances. Les matières premières sont ainsi mixées avant incorporation dans le digesteur pour que les réactions bactériennes se fassent plus rapidement. La digestion se réalise ainsi sur une durée de cinquante à cent jours et le H2S, source de mauvaises odeurs, est filtré et séparé. N’empêche que deux recours sont déjà déposés.

Des résultats probants
C’est finalement le 29 août 2017, après un an de construction, que Valois Energie a pu injecter son premier m3 de biométhane, après l’avoir épuré, c’est-à-dire débarrassé de l’eau et du CO2 qu’il contient. La qualité est bien entendu contrôlée par GRDF avant introduction dans le réseau de distribution. Aujourd’hui, 200 m3/h sont injectés, sans que le plein régime de l’installation ne soit atteint. Le coût de construction du projet tourne autour de cinq millions d’euros et, chaque mois, 165 000 € de chiffre d’affaires sont générés. Pour le financer, une subvention du Feder a apporté 700 000 €, les apports des agriculteurs et l’endettement ont fait le reste. L’Ademe n’a accordé aucune subvention, car elle était alors contre l’utilisation de Cive. Pourtant, reconnaissent Benoît Levasseur et Pierre-Henri Roland, ce sont les Cive qui permettent aussi de sécuriser les approvisionnements, car les industriels ne signent pas de contrat pour la fourniture de déchets. Ils fonctionnent plutôt au coup par coup.
Aujourd’hui, 10 000 t de déchets par an sont traités et l’ambition est de monter à 30 000 t en doublant la production. Pour cela, les deux associés envisagent, à leur frais, de monter des réseaux de gaz vers Chantilly et Gouvieux pour écouler leur biométhane à un débit de 400 m3/h. Un dossier ICPE (Installations classées pour l’environnement) a déjà été déposé.
Autre piste d’évolution : la production de bio GVN. Pierre-Henri Roland en veut pour preuve la prochaine installation, à proximité de Valois Energie et de l’autoroute A1, d’une plateforme Amazone pour petits colis à destination de la région parisienne. «Avec la probable interdiction du diesel dans Paris, à terme, je suis sûr qu’Amazone sera très intéressé pour faire rouler sa flotte de véhicules au biométhane. Notre méthanisation va trouver des débouchés locaux et apporter de l’activité dans le secteur», se réjouissent déjà les agriculteurs. Agricole, mais pas seulement, une révolution, on vous dit.

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