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Olivier Forobert : son bonheur est dans les champs

Olivier et son épouse, Claire, proposent une cinquantaine de variétés en fruits et légumes sur leur exploitation agricole, La Ferme des Tilleuls, à Gentelles.

© AAP

Tout au bout de leur propriété, il y a un calvaire entouré de magnifiques tilleuls. Ce sont ces arbres qui leur ont donné l’idée de baptiser leur exploitation agricole, La Ferme des Tilleuls. Dans ce petit coin de paradis, où les terres sont généreuses, Olivier et Claire ont bâti leur ferme en n’écoutant que leur envie. Une envie qui s’est construite au fil des années, des expériences de la vie et de l’opportunité de reprendre une partie des terres du père de Claire, quand celui-ci décide de partir en retraite.
Si Claire grandit dans une ferme, Olivier, lui, vit son enfance et son adolescence à Lille. Son seul rapport à la campagne est dans le Limousin, où il passe ses vacances dans la ferme de ses grands-parents maternels. Les travaux dans les champs et avec les bêtes fascinent l’enfant, heureux d’être toujours au grand air. «Comme être dehors à s’occuper des champs et des animaux c’était les vacances pour moi, je pensais que les agriculteurs étaient toujours en vacances. J’ai compris plus tard que ce n’était pas tout à fait la réalité», éclate-t-il de rire.
C’est cette vision d’enfant qui le pousse à s’orienter vers une école agricole. Après une spécialisation dans la production animale, suite à plusieurs stages dans cette filière, il change de cap après le bac. «Il n’y avait pas d’opportunités pour travailler dans une ferme d’élevage. S’installer à son compte, c’était bien trop compliqué. Il me fallait donc explorer une autre facette de l’agriculture», explique-t-il. Ce sera l’horticulture, en raison de la réputation excellente du BTS de son école, et d’opportunités professionnelles.

De l’horticulture au maraîchage
Curieux de nature, la découverte de ce nouvel univers le fascine. «Je me suis éclaté. C’est génial d’apprendre à reconnaître les végétaux, à savoir les utiliser pour composer un jardin, sans compter l’aspect arboriculture», raconte-t-il. C’est aussi dans cette école qu’il rencontre celle qui deviendra son épouse, et avec laquelle il se lancera dans l’aventure du maraîchage et de l’arboriculture, à Gentelles.
Mais, avant de franchir le pas, il fait ses armes chez un horticulteur durant cinq années. Auprès de lui, il affine ses connaissances sur les plantes et les serres. «Ce qui est aussi intéressant quand on travaille chez quelqu’un, c’est ce que cela permet de savoir vraiment si on veut s’installer à son compte», confie-t-il. Le départ en retraite de son beau-père, en 2008, va accélérer les choses. Celui-ci cède une quinzaine d’hectares à sa fille. Elle s’installe. Olivier travaille à ses côtés en tant que conjoint collaborateur.
Pour eux, les choses sont claires dès le départ. «Nous ne voulions pas reprendre l’activité de mon beau-père telle quelle. Notre idée était de faire une activité nouvelle avec notre maison, des champs tout autour de cultures de légumes et de fruits, et un magasin pour commercialiser notre production», commente-t-il.
Repartir de zéro sur ces terres ne veut pas dire pour autant faire n’importe quoi. Il décide de semer «tout ce qui pousse sous nos latitudes», avec un éventail de légumes et de fruits conséquent, et de développer, en parallèle, un verger. Comme ce lieu est à la fois leur lieu de travail et leur lieu de vie, ils réalisent aussi des aménagements avec des allées, des haies, des serres et un bâtiment pour rendre le tout plus accueillant.
Le bouche-à-oreille fait son œuvre. Si la première année, leur magasin n’est fréquenté que par une petite clientèle - «heureusement, car nous n’avions pas grand-chose à proposer au début, et d’autant plus que nous avons commis des erreurs», confie-t-il - la donne change très vite.
L’installation d’Olivier en tant qu’agriculteur, en 2013, donne un coup de turbo sur le plan financier. Le couple peut investir dans de nouvelles serres, des ateliers de pommes de terre pour le triage et le conditionnement, et de nouvelles productions. «Cela a été comme un deuxième départ pour nous», dit-il.

Pour pérenniser l’agriculture
Au départ, Olivier, aidé de son beau-père, ne travaille ses champs qu’à la main. Le seul outil mécanique est le tracteur pour préparer les sols. Reste que la demande s’accroissant, tout ce qui est produit étant vendu, la production doit suivre. Olivier s’équipe donc d’outils de récolte, de stockage et de transport des légumes. Tous les produits sont cultivés sans produit phytosanitaire, sauf la pomme de terre et les vergers.
«Nous avons fait cela sans volonté de faire du bio. Notre façon de cultiver répondait à une logique, celle de pérenniser l’agriculture. De plus, nous sommes tous les jours dans nos champs. C’est donc un confort pour nous. Enfin, c’est de notre responsabilité de proposer à nos clients des produits sains. Or, cette responsabilité passe par l’agriculture bio. Mais il ne faut pas rattacher cette pratique à une mode, explique-t-il.
Ce franchissement vers le bio ne se fait pas cependant sans appréhension, puisqu’il implique un changement de méthode sur le traitement de mildiou de la pomme de terre et de la tavelure sur les vergers. Heureuse surprise : le changement de méthode porte ses fruits. Néanmoins, Olivier sait que cette conversion au bio n’est pas réalisable dans toutes les exploitations. «La majeure partie des fermes dans le département sont dans une impasse techniquement pour passer au bio. Nous, nous y sommes arrivés, grâce aux nombreuses cultures que nous avons et à la richesse de l’assolement. Avec seulement trois ou quatre cultures sur des terres, le bio n’est pas possible», fait-il remarquer.
Il n’en reste pas moins que l’avenir de l’agriculture, selon lui, devra passer par cette conversion, ne serait-ce que pour pérenniser cette activité et offrir des produits sains aux consommateurs. «Pour que l’agriculture française soit pérenne, il faut l’enrichir dans ses espèces, ses variétés cultivées et ses modèles économiques de ferme. L’avenir de l’agriculture passera aussi par l’éducation, la technique et les consommateurs. Ces derniers doivent aussi comprendre que l’on ne peut pas avoir tout, tout le temps», conclut-il.
Pour l’heure, il a des projets à foison sur leur ferme, mais il sait aussi qu’il ne doit pas se disperser. «Pour faire ce métier, il faut être épanoui. Si cela devient un fardeau, il faut arrêter. Pour ma part, ce n’est pas le cas. Mais peut-être que, dans dix ans, je ferai autre chose, mais ce qui est sûr, c’est que ce sera toujours dehors», imagine-t-il. A l’écouter partager son bonheur de voir comment à partir d’une graine toute petite, et d’une terre, on obtient des récoltes abondantes, on peine à croire qu’il arrête un jour.

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