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Olivier Gaffet, Sodiaal : «On a encore des hausses à aller chercher»

Éleveur laitier à Canaples (80) et vice-président de Sodiaal, Olivier Gaffet revient sur les négociations commerciales 2022 – elles sont toujours en cours – qui ont déjà permis d’obtenir des acheteurs une augmentation du prix du lait et assure que le rapport de force est en train de changer. 

Olivier Gaffet, vice-président de Sodiaal et éleveur laitier.
Olivier Gaffet, vice-président de Sodiaal et éleveur laitier.
© D. R.

Il y a quelques jours, la coopérative a annoncé le prix qu’elle paierait en octobre 2022 à ses éleveurs-coopérateurs. De combien est-il ? 

Alors que Sodiaal est encore en phase de négociations avec les distributeurs, la coopérative a annoncé un prix de base pour octobre de 420 €/1 000 l auquel va s’ajouter une prime de saisonnalité de 7 € /1 000 l pour les éleveurs de notre région nord. 

 

Pourquoi s’engager seulement sur le prix du mois d’octobre ? 

L’année est atypique. Depuis le début d’année, le contexte dans lequel nous sommes est pas mal chahuté : il y a l’inflation liée à la guerre en Ukraine, la volatilité des marchés et, depuis quelques mois, on doit faire face à une crise énergétique. Nous ne savons pas combien de temps cela va durer. Nous devons être prudents et c’est pour cela que nous pilotons la stratégie de l’entreprise mois par mois. 

 

Sur quels critères la coopérative Sodiaal se base pour fixer le prix du lait ? 

Le prix du lait est fixé par le conseil d’administration de la coopérative selon une formule qui tient compte d’indicateurs. Mais on s’est aperçu que cette formule n’est plus adaptée. C’est pour cela qu’on l’a abandonnée en milieu d’année. Nous sommes en train de travailler à une formule de prix qui tienne mieux compte d’un contexte qui évolue rapidement, pour être plus réactif. Elle devrait être opérationnelle en début d’année prochaine. Par rapport à l’an dernier, le prix du lait a été revalorisé, parce qu’il y a besoin de le faire. Le problème soulevé par les éleveurs, et on en est conscient, c’est que les charges augmentent en même temps. 

 

Comment s’explique la différence de prix du lait qui existe entre la France et les autres pays européens ? 

En France, on a été obligé de voter une loi pour garantir aux producteurs un revenu de leur travail. Ailleurs en Europe, ce n’est pas le cas. Au Royaume-Uni ou en Allemagne, quand le marché est dynamique, le prix monte instantanément. Quand des industriels demandent des hausses de tarifs, ils les obtiennent, et ils en sont responsables si le consommateur se détourne du produit en estimant que le prix est trop élevé. En France, on est face à des enseignes qui se retranchent derrière la notion de pouvoir d’achat des consommateurs. 

 

Certaines enseignes françaises de distribution sont-elles plus à l’écoute que d’autres ? 

D’une manière générale, les enseignes entendent nos demandes, mais leur réponse est partielle. Lors du 3e tour des négociations commerciales, Sodiaal a signé un contrat avec Lidl dans lequel il y a une revalorisation du prix du lait de consommation à effet immédiat. Mais toutes les enseignes ne font pas cela et certaines nous ont donné rendez-vous pour mi-octobre pour refaire un point. Elles veulent bien admettre que les charges augmentent pour les agriculteurs et sont prêtes à faire un effort, mais elles n’entendent pas qu’au niveau de la transformation, les charges ont aussi considérablement augmenté. 

 

Et les pouvoirs publics ? 

On attend deux choses des pouvoirs publics. La première, c’est de mettre la pression sur les distributeurs pour l’application de la Loi Egalim. Pour autant, si l’État donne l’impression d’être du côté des éleveurs, il rappelle régulièrement qu’il est vigilant sur le niveau de l’inflation. Là où nous voudrions aussi qu’il intervienne, c’est pour encadrer les prix de l’énergie. 

 

La loi Egalim a-t-elle changé quelque chose dans la manière dont se déroulent les négociations commerciales entre industriels et distributeurs ? 

Avant la Loi Egalim, les négociations commerciales avaient lieu une fois par an. Aujourd’hui, nous avons engagé un troisième round pour les marques de distributeurs (MDD), ce qui est inédit. Les deux premiers rounds ont permis d’obtenir des hausses, même si nous reconnaissons qu’elles ne sont pas suffisantes. On a encore des hausses à aller chercher. 

 

Face à une distribution que l’on décrit toute-puissante, production et transformation françaises sont-elles suffisamment organisées ? 

Il faut continuer le boulot. Dans le nord de la France, les trois coopératives laitières (Lact’Union, La Prospérité fermière et Sodiaal, ndlr) commercialisent déjà ensemble le lait «premier prix» et les marques de distributeur au sein d’une même structure commerciale. En ce qui concerne les autres références de lait, les fromages ou le lait infantile, il y a de la concurrence puisque chaque entreprise commercialise seule. De toutes façons, nous ne pouvons pas discuter tous ensemble. Il s’agirait d’une entente. 

 

Quelles sont les raisons de croire en une amélioration du prix du lait dans les prochains mois ? 

La production mondiale est en baisse et cela, les distributeurs le savent bien. Un rééquilibrage entre offre et demande est en train de se créer, ce qui change le rapport de force en faveur de la production. Cela permet aux entreprises qui valorisent le lait d’avoir un peu plus de choix dans leurs débouchés. Si la consommation de lait liquide baisse, celle des fromages a plutôt tendance à se maintenir, voire à augmenter. Les hausses qu’on a obtenues cette année se retrouveront l’an prochain. Le tout, c’est de savoir comment vont évoluer les charges et quel sera l’écart entre l’augmentation du prix du lait et de celle des charges.

 

Ne craignez-vous pas les pénalités que pourraient vous infliger les clients avec lesquels vous avez un contrat en cas de défaut d’approvisionnement ? 

C’est un risque, mais avant d’en arriver là, c’est un argument que l’on fait valoir dans les discussions. Les distributeurs n’ont pas envie d’avoir des rayons vides. Dans un contexte de moindre production, on peut plus facilement flécher des volumes vers un débouché plutôt qu’un autre. Comme nous le faisons déjà depuis 5 ans, on cherche à orienter nos volumes vers les marchés qui rémunèrent le mieux.

 

Quel regard portez-vous sur les actions syndicales qui ont eu lieu ces dernières semaines dans la région visant la GMS… mais aussi des usines du groupe Sodiaal ? 

Cela entretient une forme de pression. Les GMS n’aiment pas être montrées du doigt. On ne devrait pas avoir besoin de cela, mais c’est nécessaire. Quant aux manifestations qu’il y a eu devant les usines Sodiaal, ce n’est jamais plaisant de vivre ce genre de situation… La coopérative fait le maximum pour rémunérer ses adhérents. On ne se satisfait pas du prix que l’on a aujourd’hui. Sodiaal fait des efforts pour améliorer la situation de ses adhérents et sa propre situation, en réduisant ses coûts de fonctionnement, mais ce n’est pas simple. En 2022, Sodiaal va verser 300 millions d’euros de plus à ses adhérents que l’an dernier pour le lait. Toujours par rapport à 2021, le prix du lait aura augmenté de 70 €/1 000 l. Améliorer la rémunération des associés-coopérateurs reste la priorité. 

 

Mi-septembre, alors que se tenait le Space à Rennes, la coopérative Sodiaal a décidé de ne pas participer à ce grand rendez-vous du monde de l’élevage. Pourquoi ?

Nous avons voulu nous concentrer sur les négociations commerciales qui se poursuivent encore aujourd’hui. La deuxième raison, c’est qu’il y a eu des comportements de certains coopérateurs dans l’Ouest de la France envers des administrateurs de la coopérative qui ne sont pas acceptables. Nous entendons les critiques et nous travaillons à ce que les choses s’améliorent. Mais des limites ont été atteintes et nous avons voulu marquer notre opposition à cela en marquant les esprits. Il est dommage d’avoir dû en arriver là. 

 

D’ici quelques semaines, les réunions d’hiver des adhérents de la coopérative vont se tenir. Comment les abordez-vous ? 

Les dates ne sont pas encore fixées, mais en général, pour le nord de la zone de collecte, elles ont lieu entre les mois de janvier et février. Il y a plusieurs réunions par section. On va expliquer le contexte aux producteurs, leur donner des éléments de compréhension et présenter des éléments qui nous font penser que le prix du lait va encore augmenter. Une chose est sûre, c’est qu’il faut que l’on parle positivement de la production laitière si l’on veut encore des éleveurs demain. Et les accompagner. Il faut savoir se poser, regarder les données que l’on a à disposition et analyser les choses avec recul, même si nous sommes tous d’accord sur le fait que le revenu des éleveurs n’est pas suffisant, que les conditions de travail doivent encore être améliorées. On a toujours tendance à regarder le verre à moitié vide, et c’est regrettable. Si demain, on peut doubler le prix du lait par rapport au niveau auquel il est aujourd’hui, on le fera.

 

La FNPL pas satisfaite de Sodiaal et de Leclerc

Dans un communiqué de presse du 3 octobre, veille du Sommet de l’élevage à Cournon d’Auvergne, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) s’en prend directement à Sodiaal dont les 13 €/t d’augmentation ne passent pas. «C’est loin de satisfaire le réseau ! L’écart se creuse avec nos voisins européens, c’est tout simplement inacceptable», souligne le communiqué de l’association spécialisée de la FNSEA. «La première coop laitière française n’est tout simplement pas à la hauteur des enjeux de la filière et déçoit ses producteurs à chaque annonce», renchérit la FNPL. De même tance-t-elle l’enseigne Leclerc qui «de toute évidence continue à tirer les prix vers le bas et fragilise les bons élèves». Ne voulant plus être «la variable d'ajustement d'entreprises en manque de compétitivité», la FNPL a décidé de saisir les pouvoirs publics et les parlementaires.
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