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Parler aux chevaux comme on parle aux jeunes enfants

Pour s’adresser à un animal, de nombreuses personnes adoptent une manière de parler proche de celle que l’on adopte pour parler à un jeune enfant. Les chevaux y sont-ils sensibles ? C’est la question à laquelle ont répondu les éthologues d’Inrae et de l’IFCE.

Cette façon de parler aux jeunes enfants, que l’humain a tendance à utiliser instinctivement avec certains animaux, facilite la communication entre humains et chevaux dans les interactions de tous les jours (pansage, travail…). 
Cette façon de parler aux jeunes enfants, que l’humain a tendance à utiliser instinctivement avec certains animaux, facilite la communication entre humains et chevaux dans les interactions de tous les jours (pansage, travail…). 
© Pixabay

Vous avez certainement déjà parlé le «mamanais», aussi appelé «parentais», à un animal, parfois même sans vous en rendre compte. Ce langage «gaga» est le nom donné, en psychologie, à la manière dont les parents s’adressent à leurs bébés. Elle a été très étudiée et on sait qu’elle a de multiples vertus en favorisant notamment la relation et en stimulant certains apprentissages. Ce langage se caractérise par l’usage d’une voix plus aigüe, la répétition des mots et la variation des sonorités. Il a aussi une composante émotionnelle positive. 

Certains animaux sont aussi réceptifs à cette façon de parler, que l’on nomme chez eux le «pet-directed speech», ou PDS. C’est le cas des primates ou des chiens : l’humain capte et retient mieux leur attention grâce au PDS et les animaux ont alors de meilleures performances pour apprendre. En parallèle, de nombreuses études ont démontré que les chevaux sont très sensibles aux émotions humaines. L’équipe d’Inrae (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et de l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation) avait déjà démontré qu’ils sont capables de reconnaître les expressions sur des photographies de visage humain, et qu’ils sont plus nerveux face à une expression de colère et plus détendus face à une expression de joie. Mais le PDS n’avait jamais été étudié chez les chevaux. Après une enquête préliminaire sur les réseaux sociaux auprès de 845 cavaliers et propriétaires de chevaux, il s’avère que 93 % d’entre eux parlent régulièrement de cette façon à leurs chevaux, mais que seuls 44 % pensent que les animaux y sont sensibles.

Pour évaluer l’impact de cette façon de parler sur les chevaux, les éthologues ont mené deux séries de tests avec vingt chevaux qui n’y avaient jamais été exposés. Lors d’un premier test, chaque cheval était individuellement caressé par l’expérimentateur qui lui parlait soit en utilisant le PDS, soit en utilisant un langage neutre (comme celui que l’on utilise entre adultes). Résultat : lorsqu’on s’adresse à eux en utilisant le PDS, les chevaux répondent plus favorablement, ils sont plus calmes, regardent davantage l’expérimentateur et répondent aux gestes de pansage de l’expérimentateur en miroir (ils frottent le bout de leur nez contre lui en cherchant à le toiletter en retour), gestes qu’ils ne font pas si on s’adresse à eux dans un langage adulte neutre.

 

À la carotte 

Dans le second test, l’expérimentateur a cherché à communiquer au cheval une information : la localisation d’une récompense alimentaire. En éthologie, on appelle cela la communication référentielle. L’expérimentateur se place face au cheval avec devant lui deux seaux fermés, un seul contenant de la nourriture. Il désigne avec son bras le seau que le cheval doit choisir pour obtenir la récompense en s’adressant à lui soit en utilisant le PDS, soit en utilisant un langage neutre. Lorsque l’expérimentateur parle de façon neutre, les chevaux choisissent un seau au hasard. En revanche, lorsque l’expérimentateur parle en PDS, ils choisissent préférentiellement le seau qui leur a été indiqué. Le PDS capte donc l’attention des chevaux et les aide à mieux comprendre les intentions et à suivre les instructions de l’expérimentateur pour réussir la tâche demandée.

Cette étude montre que cette façon de parler aux jeunes enfants, que l’humain a tendance à utiliser instinctivement avec certains animaux, facilite effectivement la communication entre humains et chevaux dans les interactions de tous les jours (pansage, travail…). Cela peut contribuer à améliorer le bien-être de ces animaux très sensibles aux émotions humaines. Des études sont actuellement en cours pour approfondir les connaissances sur les interactions émotionnelles entre humains et chevaux, tant pour améliorer le bien-être des animaux que celui des humains dans différents cadres, comme l’équitation ou l’équithérapie.

 

Les chevaux experts en reconnaissance faciale

Jusqu’alors, on pensait que les chevaux nous reconnaissaient davantage par notre odeur, notre voix ou notre comportement. Des scientifiques de l’unité physiologie de la reproduction et des comportements (Inrae, CNRS, Université de Tours, IFCE) viennent de démontrer qu’ils sont en réalité capables de nous reconnaître sur la seule base de la photographie de notre visage. Mieux : ils se souviennent de nos visages plusieurs mois après les avoir vus.
Onze chevaux ont participé à un test de reconnaissance faciale sur écran tactile mis en place par les chercheurs. Les chevaux venaient d’eux-mêmes se positionner devant l’écran et lançaient le test en le touchant avec le bout du nez. À chaque nouvel essai, deux visages apparaissaient simultanément sur l’écran : le visage d’une personne connue et celui d’une personne inconnue. Ils devaient alors toucher le visage connu pour obtenir une récompense. Les chevaux ont rapidement compris la règle du jeu. Les chercheurs leur ont ensuite présenté des visages de personnes rencontrées plus de six mois auparavant. Ils les ont reconnus spontanément sans aucune difficulté. Cela démontre que les chevaux ont des capacités de reconnaissance faciale avancées. En tant qu’être humain, serions-nous capables de reconnaitre les animaux que l’on a croisé il y a plusieurs mois, juste en regardant leur photo ?
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