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Pêche maritime : Yohan Derosière a la mer dans la peau

Yohan Derosière fait partie de ses accros à la mer. A trente-trois ans, le marin pêcheur passionné du Crotoy ne peut cependant pas s’empêcher de se soucier de son avenir.

Son fils pourra-t-il reprendre la barre du bateau familial ? Yohan Derosière l’espère, mais est conscient des difficultés de plus en plus présentes. 
Son fils pourra-t-il reprendre la barre du bateau familial ? Yohan Derosière l’espère, mais est conscient des difficultés de plus en plus présentes. 
© Alix Penichou



Chez les Derosière, le Marina est une histoire de famille. Le chalutier du Crotoy, de 12 m de long sur 3,80 m de large, construit à Saint-Valéry-sur-Somme en 1978, est commandé de père en fils. A la barre, depuis une dizaine d’année, Yohan, trente-trois ans. Il livre une bonne partie de sa pêche à sa sœur, poissonnière à Abbeville, à son père, qui tient toujours un point de vente aux halles du Crotoy, et le reste à la Criée, à Boulogne-sur-Mer (62).
La mer, il l’a dans la peau depuis qu’il est né. «Je suis entré jeune à l’école des mousses de Boulogne. Mon père voyait déjà des changements se profiler dans son métier. Il ne voulait pas que je reprenne le bateau.» Les contraintes liées au métier n’auront pas réussi à le détourner de sa vocation : augmentation du prix du gazole, de la glace (il en faut 600 l pour une pêche), tâches administratives de plus en plus lourdes…
Depuis plusieurs années, le Marina est amarré au port du Tréport, faute de profondeur suffisante pour rentrer au Crotoy. «On n’y va plus qu’en période de forte marée. Le Tréport, c’est devenu chez nous. On est une majorité de pêcheurs crotellois.» Et quand il est sur son bateau, les trente-six heures de navigation et de pêche, entre le Havre et Boulogne, pour lesquelles il s’embarque souvent, passent vite. Car la tâche est rude, même si, il l’avoue, le métier a bien changé.
«A l’époque de mon grand-père, ils étaient six ou sept sur le bateau, et ils pêchaient le hareng à la main. Aujourd’hui, tout est mécanisé, alors je ne pars plus qu’avec un matelot.» Leur spécialité : la coquille Saint-Jacques. «Je la pêche depuis trois ou quatre ans et elle m’assure environ trois quarts du chiffre d’affaires, car il y a beaucoup de demande.» Les jours de bonne pêche, Yohan met douze heures pour remplir 1,8 t de coquilles, la limite du quotas autorisé.
Et le poisson ? «On en pêche de moins en moins», se désole-t-il. Yohan peut charger 200 kg de sole en une pêche, alors que son père faisait facilement 1 t. Même constat pour le turbot et le carrelet : ils sont plus rares. «On ne sait pas ce qui se passe. Le poisson souffre-t-il d’une pollution ? La pêche électrique des pêcheurs étrangers est-elle néfaste ?» A ces inquiétudes s’ajoute celle du projet de construction du parc éolien offshore. «Les éoliennes seraient en plein dans notre zone de travail. Et impossible d’aller plus loin, car mon bateau n’est pas autorisé à naviguer à plus de vingt mille…»
En attendant, le pêcheur mise sur son expérience pour tirer son épingle du jeu. «La réussite tient en partie au feeling. Il s’agit de trouver les bons endroits ! Et pour ça, il faut connaître la mer, ses coefficients de marée, savoir quel matériel utiliser en fonction du sol…» Le vent est un des principaux indicateurs. «S’il est de 4/5e d’ouest, je sors. S’il est d’Est/Nord, je file à Berck. Au-dessus de force 6, je reste chez moi !»
Malgré les ressources qui semblent s’épuiser et les «bâtons que l’administration nous met dans les roues», Yohan espère pouvoir vivre de ce métier qui l’anime toute sa vie.

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