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Pluie et températures douces impactent les cultures !

La météo pluvieuse et douce de ces dernières semaines induit des travaux des champs perturbés...

Les cumuls de pluie ont perturbé l’implantation des céréales. Conséquences : des pertes de pieds ou des symptômes de phytotoxicité peuvent s’observer.
Les cumuls de pluie ont perturbé l’implantation des céréales. Conséquences : des pertes de pieds ou des symptômes de phytotoxicité peuvent s’observer.
© A. P.

Des pluviomètres bien remplis et un thermomètre qui ne descend pas. La pluie et les températures douces se sont durablement installées dans la Somme, ces dernières semaines. Amiens a même battu le record de son mois le plus chaud jamais enregistré, avec une température moyenne de 6°C. Les agriculteurs sont les premiers impactés.

Pour les céréales, les cumuls de pluie ont perturbé leur implantation dans toute la région, «particulièrement sur la bordure maritime», indique Arvalis-Institut du végétal. Pour les experts de l’institut, le résultat est quitte ou double. «Les semis réalisés en bonnes conditions début oc- tobre sont aujourd’hui très développés grâce aux températures très douces depuis le mois de dé- cembre, précisent-ils. En revanche, la deuxième vague de semis de n octobre début novembre a été réalisée en mauvaises conditions, sur sols humides ou battants, et a subi de forts cumuls de pluie juste derrière les implantations. Pour ces situations, des pertes de pieds ou des symptômes de phytotoxicité peuvent s’observer parfois de manière marqué (manque de sélectivité après applications de racinaires : pendiméthaline, prosulfocarbe, ufenacet).» Malgré tout, grâce aux températures très douces, on peut être aujourd’hui surpris du bon rattrapage de ces parcelles.

Autre constat : «certaines parcelles ennoyées ou replaquées présentent des retards de développement importants, avec ponctuellement des pertes de pieds (bordure maritime).» Résultat, cette année, il faudra s’attendre à une grande variabilité de stades, selon la qualité des implantations ou les cumuls d’eau rencontrés. Il sera donc nécessaire d’adapter l’itinéraire technique à la parcelle (cf. encadré).

Poires en avance, poireaux en attente

Le développement des plantes grâce aux températures douces se fait aussi sentir dans les vergers. À la ferme du Val Vion, à Beauquesne, «pourtant une des régions les plus froides de la Somme», les poiriers de Christophe Deloraine commencent déjà à débourrer (les bourgeons se développent, ndlr). «Ils ont au moins quinze jours d’avance», estime l’agriculteur.

Ses pommiers sont aussi plus développés que d’ordinaire. «Les bourgeons montent. D’habitude, rien ne soit avant le 15 mars, mais cette année, ils pourraient sortir tout début mars.» Christophe Deloraine ne veut pourtant pas s’affoler. «La seule inquétude, c’est la gelée. Des températures trop froides peuvent détruire les bourgeons. Le risque est aussi celle d’une infection, la pseudomonas», une bactérie qui impacte fortement le rendement.

De l’autre côté de la Somme, dans la Communauté de communes Somme Sud-Ouest, le problème est différent : la Sica Somme de saveurs ne parvient pas à arracher la vingtaine d’hectares de poireaux qui reste sur les 48 qui ont été plantés. Les tracteurs ne peuvent pas avancer dans les parcelles gorgées d’eau. «Nous avons travaillé une seule journée la semaine dernière, et une journée cette semaine. Nous espérons reprendre jeudi ou vendredi (20 et 21 février, ndlr).» Une sacrée perte de temps, puisque le conditionnement est à l’arrêt lui aussi, les poireaux étant lavés juste après l’arrachage. Deux à trois semaines de retard sont déjà cumulées. «Avec des arrachages tardifs, nous craignons également une perte de qualité.»

Recharge des nappes en cours

Une bonne nouvelle tout de même : la pluie favorise la recharge des nappes phréatiques, qui ont souffert de la sécheresse en 2019. D’après la Dreal (Directions régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) Hauts-de-France, malgré les fortes pluies, «la recharge des nappes, toujours en cours sur le bassin Artois-Picardie, reste modérée en janvier 2020». Cinq des piézomètres témoins affichent un niveau «modérément haut», mais quatre points sont encore à un niveau «modérément bas» et un point est classé avec un niveau «bas». Cinq ouvrages présentent des niveaux autours de la moyenne.

À l’échelle de la nappe de la Craie, la recharge est hétérogène. La partie ouest du bassin se distingue de la partie centrale où l’on retrouve toujours des niveaux modérément bas, voire bas. «Ces différences semblent notamment dues à la répartition des précipitations de ces derniers mois, mais également à l’inertie de la nappe dans ces secteurs», précise la Dreal. Dans la Somme, les niveaux piézométriques sont modérément hauts à Gapennes (80), autour de la moyenne à Huppy (80), et modérément bas à Senlis-le-Sec (80). Météo France annonce encore quelques goutes ce week-end et de nombreuses averses la semaine prochaine. Le gel, lui, ne devraient toujours pas pointer le bout de son nez...


Un constat national... Et mondial

D’après Météo France, la température moyenne nationale sur les deux premiers mois de l’hiver météorologique, qui s’élève à 7,6 °C, est supérieur de 2,3°C à la moyenne. Le constat est alarmant au niveau mondial : janvier 2020 a été le mois le plus chaud jamais enregistré sur la planète, devant celui de 2016.

Adapter la conduite des céréales à la parcelle

Les décalages de dates de semis ont eu l’avantage de réduire la pression ravageurs et des adventices. Toutes les parcelles n’ont pas pu être désherbées à l’automne, mais les implantations retardées et le retour forcé au travail du sol devraient contrebalancer cet effet.

Pour les parcelles qui n’ont pu être traitées à l’automne avec des populations résistantes aux sulfonylurées, l’utilisation de type racinaire peut s’envisager, si le stade de la culture n’est pas trop avancé (1-2 feuilles maxi pour le blé). Le risque de phytotoxicité existe, mais n’est pas plus élevé qu’à l’automne. Pour les parcelles avec population sensible, intervenir le plus tôt possible sur adventices jeunes (sols ressuyés, hygrométrie favorable...). Surtout, ne pas fertiliser avant de désherber, au risque que l’azote bénéficie en premier aux adventices plutôt qu’à la culture !

Le lessivage a pu être important cette année, mais la douceur de la fin d’hiver a pu permettre une minéra- lisation en surface. Il sera donc important de réaliser un reliquat sortie d’hiver pour estimer les fournitures du sol. Les conditions difficiles d’enracinement doivent inciter à fractionner le plus possible pour accompagner la culture (stratégie en trois ou quatre apports). Pour les semis précoces bien développés, les parcelles sont en plein tallage et l’état de croissance est bon, il n’y a pas d’urgence. Pour les semis plus tardifs, il faudra éviter toute carence précoce, tout en évitant des doses trop élevées (40 kg N/ha sera suffisant). Pour les parcelles ayant fortement souffert de l’excès d’eau et présentant un retard de stade important, il sera nécessaire d’accompagner la culture.

Élodie Gagliardi, Anne-Sophie Colart et Thierry Denis (Arvalis-Institut du végétal)

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