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«Plus que jamais revendicatifs et prospectifs !»

Dominique Dengreville, président de l’Uplp, s’exprime sur l’actualité laitière : hausse des charges, prix bas, environnement…

Pour Dominique Dengreville, le prix du lait ne se résume pas seulement à de l’économie, mais il doit aussi traduire la reconnaissance pour le travail des producteurs.
Pour Dominique Dengreville, le prix du lait ne se résume pas seulement à de l’économie, mais il doit aussi traduire la reconnaissance pour le travail des producteurs.
© AAP

En cette période de vœux que peut-on souhaiter aux producteurs de lait de la Somme ?
La fin du monde en décembre n’a pas eu lieu. Mais les producteurs de lait ont pu constater tout au long de l’année que le monde laitier n’était plus le même. Bien qu’avec un prix du lait finalement correct, proche de 320 euros (en prix standard), la 3ème meilleure année depuis 2000, je n’ai jamais vu les producteurs de lait si moroses.
L’augmentation des charges, de nos coûts de production et la perte de revenu qui en découle sont bien sûr un facteur de morosité. Un revenu horaire peut-être le plus bas de l’agriculture, la concurrence avec les autres productions en sont d’autres. A part quelques éleveurs spécialisés dans la Somme, qui n’ont que la production laitière et pour qui la conjoncture est extrêmement difficile, nous sommes tous plus ou moins des céréaliers et il n’y a pas eu photo cette année.
Maintenant il ne suffit pas de dire, «nous voulons un prix du lait à 370 euros» pour que tout aille mieux. Il faut le construire mais les producteurs ne peuvent pas y arriver seuls.

On vous connaît généralement plus optimiste…
Mais je le suis. Par nature mais également parce qu’il faut être responsable. Et tout n’est pas négatif. Les fondamentaux de la production laitière sont bons à moyen et long terme. Plus proche de nous, les indicateurs de marché devraient se concrétiser rapidement et de manière positive dans le prix du lait. Le problème à résoudre aujourd’hui, c’est que toute notre organisation de filière «à la française» a été mise à mal par la réglementation récente, organisation des producteurs et paquet lait. Et l’interprofession n’a plus les moyens aujourd’hui de donner des perspectives.
Il fallait organiser les producteurs face à leurs acheteurs privés. Le syndicalisme y a largement contribué. Maintenant il ne faudrait pas que les producteurs de lait deviennent rivaux entre eux selon leur acheteur de lait. Je parlais du prix mais il y a également la problématique des volumes qui pourrait créer des distorsions également selon les acheteurs de lait. Au syndicalisme laitier de faire en sorte que ces différences soient les plus minces possibles entre les uns et les autres. Et de faire appel au sens des responsabilités des entreprises, notamment nos coopératives.

Comment agir auprès des entreprises laitières ?
Il y a le prix, les volumes et les éléments de relation de filière. A travers le prix du lait, les producteurs cherchent un revenu évidemment mais également une certaine reconnaissance.
Les entreprises devraient être en capacité aujourd’hui de nous indiquer le prix moyen annuel projeté pour 2013. Les budgets ont été bâtis selon leurs prévisions. Ce qui nous fait mal, ce mois-ci, c’est que l’ajustement de l’année laitière 2012 s’est fait sur le dernier trimestre, et c’est là que nous avons connu les plus hauts coûts d’achat d’aliment de l’histoire de l’élevage. Nous devons savoir s’il faut lisser davantage les prix, en réduisant les écarts d’un mois à l’autre, ou si l’on continue avec des à-coups.
A côté de cela, il faut que les charges de production soient mieux et plus vite rémunérées. On ne peut pas s’en remettre à une vision hyper libérale qui consiste à dire : «quand il y a trop de lait, le prix est bas, on écrème les producteurs, les volumes se réduisent, et la demande redevient supérieure à l’offre et le prix monte».
La casse se fait toujours chez les producteurs, et un jour ou l’autre, elle contaminera les entreprises qui auront des densités de collecte rédhibitoires.
La relation éleveurs-transformateurs doit se faire avec une plus grande lisibilité sur le court terme (2-3 mois), le moyen terme (un an), et le long terme (l’après quota). Le modèle interprofessionnel est fissuré dans sa dimension nationale, mais les discussions doivent avoir lieu sur le terrain. Nous y sommes très attachés, et l’abordons en tant que partenaires.

La clé est-elle dans les grandes surfaces ?
En partie oui, mais pas seulement. Il y a le lait de consommation et par ailleurs les débouchés industriels ou à haute valeur ajoutée. Le lait de consommation stigmatise les tensions : c’est sur ce créneau que la guerre aux parts de marché est sanglante, et ce sont les grandes surfaces qui mènent la danse.
A chaque fois que nos charges montent, et que les Leclerc et autres se vantent de baisser les prix, c’est un message négatif pour toute la filière. Dans ces moments, là, nous devons faire cause commune. Par ailleurs, nous devons aussi agir sur d’autres outils et retrouver une forme de régulation

Quels sont les leviers ?
Avant tout, politique, car le lait fait partie de l’OCM unique en Europe, et la réforme de la PAC à venir doit pouvoir corriger les effets de l’ancienne. C’est également vrai au niveau national : le tout DPU et la convergence totale, c’est le sacrifice de l’élevage. Dans la conjoncture actuelle, il faut des mesures de filières adaptées.
Enfin, notre tissu industriel est-il parfaitement adapté aux pics et creux de production selon les éléments de marché ? Je pense que des progrès sont encore possibles. Plus il y aura d’entreprises capables de travailler ensemble, plus il y aura une valeur ajoutée significative et équitablement répartie auprès des producteurs. C’est le sens que nous voulons donner dans les discussions à venir avec les industriels.

Alors, vous êtes revendicatifs ou prospectifs ?
Les deux : je suis revendicatif immédiatement. La conjoncture est intenable pour les éleveurs durant ces mois d’hiver, et les entreprises doivent avoir conscience de la nécessité de soutenir par le prix leurs producteurs.
Elles connaissent nos coûts de production. Elles savent qu’il faut passer des hausses. Si elles ont besoin d’appui dans leurs négociations, nous sommes prêts ! Que ce soit avec nous ou sans nous à leurs côtés dans ces discussions, elles ont obligation de résultat. D’abord parce que les éleveurs ne tiendrons pas longtemps, financièrement et moralement. Et ensuite parce que ce sera à leur tour d’en pâtir.
Ensuite, nous pourrons être prospectifs : quelle gestion de la suppression de la taxe fiscale affectée, quelle gestion des volumes et des prix après 2015. Voilà des chantiers qui peuvent nous opposer dans les débats, mais que nous avons l’obligation d’entamer rapidement, avec des résultats concrets et rapides.

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