Commerce international
Pourquoi le secteur des vins et spiritueux se dit favorable aux accords commerciaux
Les ventes à l’export ont retrouvé les niveaux d’avant-Covid. En quête de diversification de débouchés, les exportateurs plaident en faveur d’accords commerciaux, dont celui avec le Mercosur.
Les ventes à l’export ont retrouvé les niveaux d’avant-Covid. En quête de diversification de débouchés, les exportateurs plaident en faveur d’accords commerciaux, dont celui avec le Mercosur.
Si le recul était attendu, la correction n’en est pas moins sévère. Les exportations françaises de vins et spiritueux ont subi un fort reflux en 2025, de -7,9 % à 14,3 milliards d’euro (Md€), a indiqué la fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) le 10 février lors du salon Wine Paris. «En une seule année, on a effacé la création de valeur réalisée pendant la période Covid» (15,5 Md€ en 2021, ndlr), a commenté son président Gabriel Picard. Si l’excédent du secteur reste confortable (13,2 Md€), il est loin des 15,7 Md€ de 2021. Un trou d’air qui occulte une autre réalité plus discrète mais tout aussi préoccupante : la poursuite de la baisse, régulière, des exportations en volume depuis dix ans.Les spiritueux — et en particulier le cognac — ont essuyé le plus fort recul en 2025 avec -17,4 % en valeur et -5,2 % en volume. «Avec 141 millions de bouteilles exportées, nous sommes revenus au niveau de 2010» , a déploré Florent Morillon, le président de l’interprofession du Cognac (BNIC). Mais les exportations de vins (-4,1 % en valeur, -2,8 % en volume) sont également à la peine. Tous les bassins sont concernés, qu’il s’agisse de la Champagne (-4,5 % en valeur), de Bordeaux (-5 %) ou de la Bourgogne (-2,4 %). «Bordeaux a payé un lourd tribut aux États-Unis», a reconnu Philippe Castéja, propriétaire de plusieurs domaines en bordelais. «Avec la commercialisation en primeur du petit millésime 2024, cela ne s’annonce pas forcément très bien cette année», a-t-il poursuivi. Seuls les vins effervescents sans indication géographique progressent.
-40 % aux États-Unis au second semestre !
L’affaissement de ces derniers mois s’explique essentiellement par la baisse des ventes sur les deux principaux marchés des exportateurs français que sont les États-Unis et la Chine, provoqué ou aggravé par des surtaxations douanières. «La réduction cumulée de facturation sur ces deux pays représente 840 millions d’euros (M€), soit plus des trois-quarts des pertes de l’année», a observé Gabriel Picard. Si les surtaxes Trump expliquent en grande partie le recul sur les États-Unis, ce n’est pas la seule difficulté sur cette destination. «Depuis février, l’euro n’a cessé d’augmenter par rapport au dollar. La différence de taux de change représente aujourd’hui un renchérissement de 15 % du prix du vin sur les États-Unis», a détaillé Gabriel Picard. L’évolution du marché américain cristallise aujourd’hui toutes les incertitudes des opérateurs. «Au premier trimestre 2025, la tendance était restée positive (+5 %), ce qui s’explique par un phénomène classique de surstockage en anticipation des sanctions. Mais au second semestre, ça a été la dégringolade, avec -40 % et il est encore difficile de savoir si l’on a touché le fond», précise le président de la FEVS. En revanche, le ciel s’est un peu éclairci en Chine, avec la signature d’un accord moins pénalisant en juillet 2025 et la réouverture récente des duty-free pour les cognacs français.
Pour les accords commerciaux
Dans ce contexte de grande tension, le développement ou l’ouverture de marchés alternatifs est accueilli avec enthousiasme par les opérateurs. En 2025, les exportations se sont développées vers la Suisse (+5 %), le Canada (+3 %), mais aussi vers l’Australie (+17,4 %) ou l’Afrique du Sud (+22 %). Le continent africain constitue un relais de croissance potentiel avec des ventes qui ont dépassé pour la première fois les 500 M€, en hausse de 12 %. À contre-courant d’une grande partie du monde agricole, les exportateurs de vins et spiritueux ont réitéré leur soutien à l’accord du Mercosur, «même si nous comprenons la préoccupation d’autres secteurs et leur volonté de bénéficier de clauses spécifiques», a précisé Gabriel Picard. Les représentants de la FEVS se sont également dits favorables à la signature récente par la Commission européenne d’un accord commercial avec l’Inde, «un pays producteur et consommateur de vins et spiritueux» et un marché de 1,4 milliard d’habitants. Pour les dirigeants de la FEVS, la filière vins et spiritueux doit enfin présenter un visage uni pour faire valoir son poids économique auprès des pouvoirs publics. Une volonté qui prend la forme d’une Maison des vins et spiritueux en cours de création, qui englobera à terme cinq organisations professionnelles du secteur. «Mais nous comptons aussi développer la coordination avec deux structures de l’amont, le CNIV (interprofessions viticoles) et la CNAOC (appellations d’origine) avec qui nos échanges sont de plus en plus réguliers», a insisté Gabriel Picard.