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Préparer son sol à bien vivre le semis direct sous couvert

Un passage au semis direct sous couvert s’anticipe. C’était le sujet de la journée «initiation à l’ACS» qu’organisait l’Apad Picardie et la CA80 ce 12 avril à Candas.

Le couvert est le premier levier pour améliorer le taux de matières organiques du sol.
Le couvert est le premier levier pour améliorer le taux de matières organiques du sol.
© Mathieu Bonnehon/FrAgTw

On ne sème pas en direct sous couvert du jour au lendemain, dans une terre labourée depuis toujours. «Le taux de matière organique (MO) par rapport au taux d’argile est au centre des préoccupations. Il faut impérativement qu’il soit suffisant pour sécuriser une transition en non travail du sol», prévient Paul Robert, Ingénieur agronome, dirigeant de l’entreprise de conseil indépendante Novalis Terra. Le spécialiste intervenait lors d’une journée de formation sur l’initiation à l’agriculture de conservation des sols à Candas, organisée par l’Apad Picardie (Association pour la promotion d’une agriculture durable) et la Chambre d’agriculture de la Somme, ce 12 avril. 

Un sol est doté de diverses propriétés : stabilité structurale, nature, structure, propriétés chimiques, activité biologique… «La matière organique est au centre. C’est elle qui joue sur l’ensemble de ces propriétés. Le plus important est sa capacité à se minéraliser pour pouvoir libérer les éléments essentiels à la nutrition de la plante», précise Paul Robert. N’imaginez donc pas semer en direct dans une parcelle présentant un taux de MO inférieur à 20 % du taux d’argile. «L’idéal est d’au moins 22 % du taux d’argile. Dans une terre à 20 % d’argile, cela revient à 4,4 % de MO.» Un résultat souvent bien au-dessus des terres picardes. Une mauvaise structure du sol mettra inévitablement la diminution du travail du sol en péril. «En terre argileuse, le risque est la compaction. En limon, le risque est le lissage. En sable, le risque est la pulvérisation.»

Pour améliorer ce taux de MO ? «Le premier levier, c’est un bon couvert.» Entendez par là un couvert dense, productif, qui restera suffisamment longtemps en place. L’outil en ligne Merci (Méthode d’estimation des restitutions par les cultures intermédiaires) permet d’estimer sa valeur, et ainsi d’adapter la fertilisation azotée de la culture suivante. «Mais attention à l’effet délétère sur l’azote. Le rapport C/N (rapport massique carbone sur azote), l’indicateur qui permet de juger du degré d’évolution de la matière organique et de son aptitude à se décomposer dans le sol, ne doit pas monter trop fort pour éviter la concurrence avec la culture sui-vante», alerte l’expert. Ce rapport C/N doit être le critère de décision de la date de destruction. «Un rapport 15 C/20 N est un bon équilibre. Cela correspond au début de la floraison.» Pour lui, les légumineuses sont inévitables dans un couvert multi-espèces. «Le couvert est la ration du sol. Comme celle d’une vache, elle doit être équilibrée.»

L’intervention mécanique peut aussi permettre d’améliorer la structure du sol. Dans un limon ou limon-argileux compacté sur 30 cm de profondeur, par exemple, Paul Robert conseille de fissurer le sol avec des dents droites, espacées d’environ 60 cm, pour créer des zones d’infiltration sans bouleverser l’intégralité du sol et éviter qu’il ne s’effondre sur lui-même. «Cette technique est à réaliser en conditions sèches, avant l’implantation du couvert, dans le couvert vivant, avant un colza ou avant une culture de printemps tardive comme le maïs.» La structure sera déterminante pour la suite. «Si les propriétés physiques du sol sont mauvaises, les propriétés chimiques et biologiques le seront aussi.»

 

Toujours avec une bêche

Les propriétés chimiques sont donc l’étape suivante. Un pH inférieur à 5,5 ne permettra pas une bonne activité biologique, par exemple. «Il faut veiller à ce que la terre soit équilibrée avant de réduire son travail.» Pour l’évaluer, un test bêche (VEES) est indispensable. «Un taux de MO supérieur à 22 % du taux d’argile, un test VEES concluant et une bonne activité biologique sont les trois conditions de réussite de la réduction du travail du sol.»

En semis direct, la gestion des pailles sera ensuite essentielle. «Elles présentent un rapport C/N élevé, et elles sont un excellent refuge pour les limaces et les campagnols.» Une coupe basse puis un passage de herse, une coupe haute suivie d’un roulage ou d’un passage de rouleau faca après semis, ou encore leur exportation sont à envisager. «Des accélérateurs de décomposition, comme des lisiers, fientes de poules, extraits fermentés ou des champignons sont une autre solution.»

Pour la destruction d’un couvert avant une culture de printemps, environ deux semaines avant le semis, plusieurs outils peuvent être utilisés. Le rouleau cambridge est efficace sur gel, particulièrement pour les dicotylédones. «Mais ce gel est nécessaire, et il n’a pas d’effet sur les graminées.» Un déchaumeur à disques indépendants offre une belle dégradation, nivelle la parcelle et régule les limaces et campagnols. «C’est une bonne solution en terre forte, car il y a un risque d’érosion et de battance sinon. Là aussi, le gel est le bienvenu.» Les rouleaux couteaux, eux, sont efficaces sans gel, sur sol bien ressuyé. «Mais ils occasionnent des dégâts sur le gibier, et une dégradation lente du couvert.» Le broyeur est une solution de secours pour une destruction tardive d’un gros couvert. Nombre d’éleveurs ont aussi recours au pâturage. 

 

Les cultures de printemps, les plus délicates en SD

 

Cette quatrième année de semis de betteraves en strip-till est sans doute la meilleure pour Bernard Mercier. 
Cette quatrième année de semis de betteraves en strip-till est sans doute la meilleure pour Bernard Mercier.
© A. P.


Bernard Mercier fait partie des agriculteurs pionniers de l’ACS dans la Somme. Ce 12 avril, il témoignait de son expérience en cultures de printemps, les plus délicates à conduire en non-travail du sol.
Bernard Mercier a le respect de la nature et des sols dans les gènes. «Mon père a toujours couvert ses sols. Il s’agissait de moutarde simplement, mais à l’époque, ça avait le mérite d’exister», confie le polyculteur-éleveur installé en Gaec avec son cousin à Candas. Aujourd’hui, les 146 ha (céréales en multiplication de semences et autoproduction, maïs, colza, pois de conserve, betteraves, luzerne et prairies) sont conduits en agriculture de conservation des sols. Dans les années 1990, le labour était progressivement ralenti pour les cultures d’automne, par souci de simplicité. Et puis en 2001, les conditions très humides n’ont pas permis le labour avant les semis de printemps. «On s’est rendu compte que ça allait bien quand même. Ça nous a décidé à diminuer davantage le travail du sol.» 
L’ingénieur agronome Paul Robert prévient cependant : «Les cultures de printemps sont les plus délicates à conduire en non-travail du sol.» Un bon couvert d’hiver est un bon début. «Une base féverole, avoine rude, vesce, phacélie convient.» Une des clés est la patience. «Il faut savoir attendre que le sol soit bien ressuyé et réchauffé, même si les voisins s’excitent déjà en plaine.» Chez Bernard, il s’agit de la quatrième campagne de betteraves en strip-till, et il semble que ce soit la plus réussie. «On prend de l’expérience chaque année. Et puis les terres avancent.» La principale difficulté de cette technique est d’éviter une trop grosse cavité formée par le passage de la dent. «On observe des betteraves qui calent à 4 feuilles car leurs racines coincent dans ce creux.» Pour sécuriser l’hivernage de l’argile, Bernard a donc réalisé un passage de strip-till à 15 cm de profondeur le 15 septembre. Le couvert a été détruit au glyphosate le 2 mars, puis deux passages de rouleaux cambridge ont été réalisés deux jours avant le semis, le 28 mars. Le 29, le strip-till avec des petites dents était passé. Les semis, eux, ont été faits le 30 mars au semoir à disques. «Une petite croûte s’est néanmoins formée en surface, car la terre a été très affinée. Cela pourrait poser problème s’il ne pleut pas.» Les maïs seront semés pour la troisième année de la même manière, et une partie le sera même en semis direct.
Bernard ne prétend pas détenir toutes les solutions. «Les effluents d’élevage sont sous forme de lisier, et cela pose un problème de volatilité, par exemple. Je l’épands en septembre, mais l’effet boost sur les cultures n’est plus là…» Se creuser la tête fait partie du quotidien des agriculteurs en ACS. 
A. P. 
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