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Prouver le bien-être de son troupeau et le faire savoir

Créée en 1999 par et pour les éleveurs, la charte des bonnes pratiques d’élevage doit aider l’éleveur à prouver le respect de ses engagements. En 2022, celle-ci évolue avec le déploiement de la démarche France Terre de Lait. Exemple avec le bien-être animal mesuré avec l’outil Bo-viWell, au Gaec Niquet de Belloy-sur-Somme.

«Encore un audit de plus.» Lorsque leur laiterie Sodiaal leur a proposé d’évaluer le bien-être de leur troupeau laitier selon la démarche scientifique BoviWell, Anne-Sophie et Fabien Niquet, installés en Gaec à Belloy-sur-Somme, étaient d’abord méfiants. «Et puis finalement, ça a permis de faire le point. De se conforter dans ce qui allait bien, et de mettre le doigt sur des points faibles qu’on n'avait pas identifiés, pour pouvoir s’améliorer», confient-ils. Ce 13 décembre, l’UPLP (branche lait de la FDSEA80) organisait une journée d’information sur le sujet. 

Le bien-être animal est en réalité un des sept chapitres de la nouvelle version de la charte des bonnes pratiques d’élevage. «Cette démarche aide les éleveurs à progresser dans leurs pratiques et à répondre aux attentes des consommateurs. En 2022, elle de dote d’une nouvelle ambition avec l’outil de déploiement de la démarche de responsabilité sociétale France terre de lait», rappelle-t-on au Criel (Centre régional interprofessionnel de l’économie laitière). Traçabilité des animaux, santé, alimentation, hygiène de la production du lait, durabilité sociale, environnement et donc bien-être animal composent cette charte. Ce dernier point est évalué avec l’outil BoviWell. «Parfois décriés comme maltraitants, les éleveurs se sentent incompris du grand public alors qu’ils s’impliquent, corps et âme, dans leur métier auprès des animaux. Cet outil doit permettre de casser ces fausses idées.»

Concrètement, l’outil informatique est basé sur cinq libertés fondamentales : ne pas souffrir de la faim ou de la soif, ne pas souffrir d’inconfort, ne pas souffrir de douleurs, de blessures ou de maladies, pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce et ne pas éprouver de peur ou de détresse. Pour chaque liberté, l’éleveur obtient un score. Une note finale est alors générée, dont le classement va de «excellent» à «non classé». 

Au Gaec Niquet, la centaine de vaches et leurs élèves bénéficient d’une bonne note générale. «Le plus gros point négatif, dont nous n’avions pas conscience, c’est l’accès à l’eau.» La liberté 1 comprend effectivement un «accès à de l’eau fraîche en quantité (nombre et dimension des abreuvoirs) et en qualité suffisante (état de propreté)», ainsi que l’accès à une nourriture adéquate assurant la bonne santé et la vigueur des animaux. «Il faut un abreuvoir pour quinze vaches au maximum, et 4 à 6 cm d’accès à l’eau par vache. Ici, avec quatre gros abreuvoirs, il manque un ou deux points d’eau qui permettraient aux dominées d’y avoir accès plus facilement», précise Sébastien Randoux, de chez Sodiaal. 

Les autres critères sont largement remplis : un environnement lumineux, comportant des abris et une aire de repos confortable, de taille suffisante (liberté 2), la prévention, le diagnostic rapide et les traitements adaptés (liberté 3), un contact permanent avec d’autres congénères et des pratiques qui n’induisent pas de souffrances psychologiques (libertés 3 et 4). Pour l’attester, le conseiller d’élevage évalue un échantillon de vaches. «Pour chacune, on regarde son état corporel et l’état de maigreur, sa propreté, les éventuelles blessures, sa réaction au test de l’approche d’un humain, son état de santé des pieds…», précise Sébastien Randoux. 

Un diagnostic, et après ?

Que gagne l’éleveur ? L’étiquette Bien-être animal, déjà déployée dans d’autres productions, devrait bientôt voir le jour en élevage bovin. «Elle aura pour objectif de donner une information sur tous les produits et non seulement sur ceux répondant aux critères les plus élevés. Un avantage pour booster les ventes de produits fermiers en circuits courts, défend-on au Cniel. C’est aussi l’occasion de prouver tout l’investissement et sérieux des éleveurs quant au respect de leurs animaux.»

L’ébourgeonnage des veaux, un point sensible

Nombre d’éleveurs qui réalisent un diagnostic bien-être animal pèchent sur l’ébourgeonnage des veaux. Au Gaec Niquet, c’est pourtant un point fort. «On avait souvent des problèmes de cicatrisation avec une surinfection. Il y a bientôt deux ans, notre vétérinaire nous a dit qu’elle voulait bien nous aider sur ce point, mais qu’il faudrait suivre son protocole à la lettre. C’est ce qu’on a fait, et on ne regrette pas», assure Fabien Niquet. Ce protocole reprend les critères du BoviWell : un ébourgeonnage à moins de huit semaines lorsqu’il est réalisé chimiquement, avec administration d’anesthésique local et d’antalgique. Les éleveurs ont aussi investi dans un brûleur plus performant. «On met les veaux au cornadis pour le faire. Ils ne bougent pas. Il n’y en a plus un qui crie», se réjouit Anne-Sophie Niquet. Ces pratiques mettent à l’aise ces éleveurs, qui ont développé une activité pédagogique avec les Fermes du savoir vert. «L’écornage était le sujet qu’on avait du mal à expliquer. Aujourd’hui, il n’y a plus de problème.»
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