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Alimentation animale
Pulpes chez Tereos : adhérer ou s'en passer

Face à la baisse programmée de ses volumes et à la hausse des demandes de ses adhérents, Tereos va réduire les volumes disponibles pour les non coopérateurs, et même à terme réserver les pulpes aux adhérents.

Les éleveurs non planteurs de betteraves chez Tereos ne seront plus livrés en pulpes.
Les éleveurs non planteurs de betteraves chez Tereos ne seront plus livrés en pulpes.
© Jean-Charles Gutner

Tereos n’en a pas fini avec les adaptations. Alors que la fermeture de la sucrerie d’Escaudœuvres est sur toutes les lèvres cette semaine, c’est une autre annonce majeure que le groupe sucrier a glissée. Émilien Rose, président de la commission nutrition animale, a annoncé, en réunion avec des responsables agricoles des Hauts-de-France, une évolution majeure de sa politique de fourniture d’aliment du bétail. «Nous avons une baisse des surfaces engagées de l’ordre de 10 % à l’échelle du groupe, et sans doute davantage à terme, et une demande de fourniture de nos adhérents de 10 % en élevage et 18 % en méthanisation. Nous ne pourrons déjà pas servir toutes les demandes. Il nous faut nous adapter dès cette année, et réfléchir à plus long terme à nos engagements.» Et de décliner plusieurs mesures d’adaptation : en premier lieu, pour les associés coopérateurs, les volumes du pallier 3 (soit trois fois au-delà des restitutions en droit) ne seront pas garantis pour les coopérateurs. Pour les non coopérateurs, c’est une réduction d’un tiers qui se profile dès la prochaine campagne… Réduction qui ne sera que la première : en 2024, les volumes à leur disposition seront abaissés de deux tiers par rapport à la référence 2020, et les livraisons s’arrêteront en 2025.

«Notre rôle d’administrateur est aussi d’assurer le bon fonctionnement pour les associés coopérateurs, et donc nous préservons pour eux les volumes dont on voit une baisse structurelle», complète Émilien Rose.

 

Une possibilité d’adhérer.. pour certains

En contrepartie, Tereos propose d’ouvrir des contingents de souscription, pour permettre à des éleveurs non coopérateurs de devenir coopérateur et donc de sécuriser leurs approvisionnements pulpes. Plusieurs bémols : il faudra un volume de betteraves de 500 t annuel au minimum (ce qui n’est pas aisé dans toutes les fermes), et il faudra se situer à moins de 50 km d’une sucrerie en activité (ce qui se raréfie). Une distance qui est déjà utilisée pour accueillir de nouveaux adhérents depuis plusieurs années, mais qui exclut de fait les secteurs du Vimeu et du Plateau Picard Sud. De quoi nourrir de vives inquiétudes sur ces zones. 

La réaction de Denis Bully, président de la FDSEA

«Cette décision va à l’encontre des intérêts des deux parties»

C’était déjà une grande interrogation lors de la fermeture de la sucrerie d’Abbeville, mais on touche du doigt la réalité : l’élevage et la betterave sont en symbiose, mais quand on fragilise l’un, on fragilise l’autre. La fermeture de la sucrerie d’Abbeville a enlevé de la performance aux élevages de ces secteurs, et malgré la continuité des engagements de Tereos pour ses adhérents, cela n’a eu de cesse de se détériorer pour le bassin. Une telle décision est néfaste pour les éleveurs, c’est certains, mais elle est aussi dangereuse pour le groupe sucrier : nous avons dans les zones d’élevage la plus grande capacité de développement des surfaces de betteraves (et on l’a vu dans le Vimeu il y a dix ans), avec du potentiel agronomique lié à la matière organique et une résistance au stress hydrique plus forte. À l’inverse, les zones à proximité d’usine sont fragiles, de par à la fois la concurrence avec les autres cultures industrielles, mais aussi le temps de retour très (voire trop) court de la betterave dans les assolements. Donc, il faudra profiter des régions périphériques comme les zones d’élevage pour préserver les volumes de betteraves travaillées dans la région. Je souhaite que Tereos revoit sa copie : on peut comprendre la préférence aux associés coopérateurs, mais il ne faut pas exclure de territoires, et surtout ceux d’élevage. C’est aussi vrai pour la betterave et la pulpe que pour l’accès à toute la gamme de coproduits du groupe.
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