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Quel accompagnement pour le changement de pratiques ?

Concilier agriculture biologique et agriculture de conservation avec pour finalité d’enrichir la fertilité des sols était au cœur du colloque «Abac» qui s’est tenu le 23 septembre dernier à Saint-Laurent-Blangy (62). L’occasion d’un point sur les connaissances acquises et les chantiers qu’il reste à mener.

Plus d’une centaine de participants ont assisté au colloque «Abac»  du 23 septembre, témoignant d’un intérêt particulier pour l’agriculture  de conservation en bio, même s’il reste encore pas mal de chemin à parcourir. 
Plus d’une centaine de participants ont assisté au colloque «Abac» du 23 septembre, témoignant d’un intérêt particulier pour l’agriculture de conservation en bio, même s’il reste encore pas mal de chemin à parcourir. 
© Bio en Hauts-de-France

Après avoir été l’un des temps forts du dernier salon Terr’eau bio qui avait eu lieu mi-septembre dans le Nord, l’agriculture biologique de conservation était une nouvelle fois sur le devant de la scène quelques jours plus tard à l’occasion d’un colloque de restitution du projet «Abac». L’agriculture biologique de conservation consiste à mettre le sol au cœur du système de production en réunissant les caractéristiques des cahiers des charges de l’agriculture de conservation d’une part - pas de travail du sol en profondeur, pas de retournement, une couverture du sol permanente, une diversité des cultures -, et de l’agriculture bio, d’autre part (interdiction de l’utilisation de produits chimiques de synthèse). Pas ou mal maîtrisé, le cocktail peut être explosif et l’accompagnement des agriculteurs pour s’engager dans ce type de démarche est plus que nécessaire, pouvait-on entendre de la part de différents intervenants lors du colloque arrageois. 

 

Des avancées et des questions

Engagé depuis 2019 avec le concours de Bio en Hauts-de-France, la Fredon Hauts-de-France et l’Apad 62, le projet «Abac» a permis d’avancer sur un certain nombre de sujets, et d’y voir plus clair. Parmi les avancées, on dispose ainsi aujourd’hui de fiches «adventices» qui permettent de les identifier et de connaître les pratiques qui favorisent leur présence. Il existe également des recueils de témoignages d’agriculteurs sur leurs pratiques ainsi qu’une cartographie des matériels mobilisables en région pour se lancer. Enfin, le projet «Abac» a permis à un groupe d’agriculteurs d’être accompagnés pour tester de nouvelles pratiques. 

À l’issue du colloque, force est de constater que certaines situations restent source de questionnement. C’est le cas, par exemple, de la gestion de l’enherbement en agriculture biologique grâce à l’implantation de couverts. «C’est un sujet qui reste complexe, assure ainsi Thierry Têtu, enseignant-chercheur et agriculteur engagé dans l’agriculture de conservation. Mais si cela était simple, on aurait trouvé une solution depuis longtemps…» Agriculteur en Haute-Marne, Jean-Charles Denis témoigne, pour sa part, de son engagement dans l’agriculture de conservation «depuis une dizaine d’années», de son utilisation des couverts et du semis direct (SD) qui lui apporte «de meilleurs résultats aujourd’hui que les parcelles qui ont été travaillées, même légèrement». Installé dans la Somme, Emmanuel Decayeux fait aussi partie des agriculteurs qui ont été suivis dans le cadre du projet «Abac» et témoigne de l’utilisation de ferments.

 

Un filet de sécurité attendu

Le fait pour chaque partie prenante du projet Abac d’avoir pu bénéficier d’un accompagnement financier a été «bienvenu», selon Louis Jansens. «Il y a une réalité économique qu’il faut avoir à l’esprit», assure l’agriculteur installé à Saint-Georges (62). Pour lui, s’engager dans de nouvelles pratiques n’est «pas un problème», à condition de profiter d’un «système plus sécurisant».  «Quand il y a prise de risque, il est toujours intéressant d’avoir une compensation financière, rappelle pour sa part le président de l’Apad 62, Marc Lefebvre. Mais il faut y aller par étape.» Jean-Charles Denis estime, quant à lui, «nécessaire une compensation pour toutes les personnes qui mènent des expérimentations». Ce serait, selon lui, «une meilleure approche plutôt que d’interdire certaines molécules».

 

L’œil attentif et intéressé de l’Agence de l’eau Artois-Picardie 

Pourquoi l’agriculture biologique de conservation des sols intéresse aussi les agences de l’eau, et en particulier celle d’Artois-Picardie ? Directeur des interventions de l’Agence de l’eau Artois Picardie, Pierre Branger s’en est expliqué lors du colloque «Abac» : «La participation à ce projet s’inscrit dans la continuité d’un partenariat avec l’Apad 62, Bio en Hauts-de-France et Fredon Hauts-de-France. La manière de faire converger l’agriculture biologique et conventionnelle vers l’agriculture de conservation des sols est essentielle parce que cela permet de limiter le travail du sol en agriculture biologique et d’utiliser moins de produits phytos en conventionnel», a-t-il souligné. Partant de ce constat, le lien avec l’eau est évident : «Moins de travail du sol, c’est moins de ruissellement, moins d’érosion et des sols plus résilients face au changement climatique.» Le représentant de l’Agence de l’eau en est convaincu : «Des problèmes de disponibilité de l’eau vont se poser chez nous à moyen, voire à court terme si on ne fait rien.» Et ce dernier d’ajouter : «Moins d’intrants dans le sol, c’est moins de pollution dans les sols et dans l’eau.»
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