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Quelle agriculture demain ? Les futurs exploitants se projettent

«L’agriculture de demain» est au centre des réflexions des BTS Acse (Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole) de la MFR de Flixecourt. Ce 4 février, ils conviaient des professionnels pour élargir leurs pistes. 

Les BTS Acse de la MFR de Flixecourt savent qu’ils auront toujours à remettre en cause le système de leur future exploitation. Pour avoir des exemples concrets,  ils invitaient des professionnels pionniers dans leur filière à témoigner. 
Les BTS Acse de la MFR de Flixecourt savent qu’ils auront toujours à remettre en cause le système de leur future exploitation. Pour avoir des exemples concrets, ils invitaient des professionnels pionniers dans leur filière à témoigner. 
© Alix Penichou

«Nos grands-pères se sont occupés de relancer la production après-guerre. Nos pères de réduire les charges de l’exploitation. Notre mission à nous est d’augmenter le revenu. Cela passera forcément par la prise en compte des attentes sociétales et des contraintes environnementales.» Hubert, Fabien et Théo, étudiants en deuxième année de BTS Acse à la MFR de Flixecourt, ont de l’ambition à revendre. 

Comme la plupart de la classe, ils envisagent de s’installer un jour et savent que ce ne sera pas sans risque. «Nous savons que nous aurons toujours à remettre en cause le système de l’exploitation. Il faudra peut-être développer des projets : mettre en place un nouvel atelier, diversifier ses cultures…» Pour approfondir leurs connaissances, ce 4 février, ils invitaient quatre professionnels, «des pionniers dans leurs domaines respectifs», à témoigner de leur expérience lors d’un forum intitulé «L’agriculture de demain». 

Cyril Perillier, éleveur de vaches allaitantes à Long, présentait son atelier de vente directe de viande : contraintes et avantages, méthode d’élevage, compétences à développer… Jérôme Hochin, polyculteur bio à Fosseux (62), détaillait son activité d’agroforesterie, qu’il a débutée en 2015 afin de pérenniser le potentiel agronomique de ses sols. Philippe Colin, installé à Hangest-sur-Somme, confiait son parcours inédit : d’une exploitation de polyculture-élevage laitier traditionnelle, à une hyper spécialisation dans le miscanthus. 

 

Révolutionner son activité

«Au début des années 2000, je cherchais une diversification que je pourrais gérer du début à la fin, confie Philippe Colin. J’en avais assez de ne pas maîtriser le prix final.» L’agriculteur mise alors sur le miscanthus, cette plante pérenne, d’une durée de vie d’une trentaine d’années. Les débouchés étaient alors à créer. «J’ai planté 25 ha en 2007. Je me suis vite rendu compte que, pour rassurer les clients potentiels, il fallait du volume. J’ai donc développé rapidement pour atteindre 250 ha en 2012.» Après un investissement de 3 000 €/ha pour l’achat des rhizomes, puis un désherbage uniquement la première année, la tige est récoltée chaque printemps, entre mi-avril et début mai. «Le coût de production est de 120 /t en moyenne, et j’ai fixé le prix de vente entre 140 et 150 /t en fonction du débouché. Certains nécessitent de dépoussiérer.»

Le complément de ration pour les vaches laitières est le marché le plus porteur. «Le miscanthus, à hauteur de 300 à 500 g par vache et par jour, améliore la rumination et aide à résoudre les problèmes d’acidose», assure Philippe Colin. Autres débouchés : la litière pour équins, bovins et volailles, le chauffage pour quelques communes, le paillage horticole pour les communes et les professionnels… Le professionnel avoue qu’il est aujourd’hui «plus un commercial qu’un agriculteur», mais qu’il se lève chaque jour pour un métier qui lui plaît et qui lui permet de vivre correctement. 

 

Le lupin, source de diversification 

Philippe Pluquet, responsable du service technique chez Noriap, présentait une filière prometteuse qu’a mis récemment en place la coopérative : le lupin. «La réflexion est née en 2016, alors que le plan protéines faisait l’actualité au niveau national, explique le spécialiste. Il y a une attente sociale forte sur la production de protéines en France, pour limiter les importations de soja. Pour nous, le lupin est une aubaine pour les agriculteurs en recherche de diversification, qui souhaitent introduire de nouvelles cultures dans leur rotation.»

Parmi les qualités : une légumineuse reconnue pour ses atouts agronomiques (restitution d’azote entre autres), adaptée au terroir, dotée d’un taux de protéines proche du soja… 170 ha de lupin de printemps étaient implantés la campagne précédente, 500 devraient l’être cette année, et 150 ha de lupin d’hiver ont été semés en septembre 2020. Ce lupin d’hiver serait moins cher à produire, car semé moins dense, et offrirait un rendement supérieur de 10 qx/ha (entre 10 et 38 qx/ha pour le lupin de printemps). La culture est néanmoins exigeante : «Le choix de la parcelle est déterminant. Il faut bannir les petites terres de craie et privilégier les limons profonds, qui ne présentent pas de problème de vivaces, surtout de chardons.» Un protocole de désherbage est à suivre. Le lupin est peu sensible aux maladies, sauf à l’anthracnose, mais qui fait l’objet d’un traitement de semences. Les thrips et la mouche du semis sont en revanche à craindre. 

Le débouché, lui, est sécurisé. «Notre filiale d’alimentation animale Novial se cherche de la transformation. Le lupin, qui peut presque être ajouté tel quel dans la ration, sert à la fabrication d’un aliment composé également de tourteaux de colza, de féveroles et de pois.» De quoi donner des idées aux exploitants en herbe.

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