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Quelles conditions d'adhésion aux coopératives betteravières ?

Après avoir été exclus de Saint Louis Sucre, des dizaines de planteurs sans contrat se tournent vers les coopératives pour poursuivre la betterave. Les conditions d'adhésion leur sont présentées.

Ce qu'offrent les coopératives : la possibilité, pour les agriculteurs, de «maîtriser leur destin», en prenant possession d'une part du capital social de l'entreprise.
Ce qu'offrent les coopératives : la possibilité, pour les agriculteurs, de «maîtriser leur destin», en prenant possession d'une part du capital social de l'entreprise.
© A. P.



Jean-Michel Sailly, agriculteur à Caix, visitait la sucrerie Cristal Union de Sainte-Émilie le 18 décembre dernier lorsque le mail s'est affiché sur l'écran de son smartphone : «Saint Louis Sucre m'annonçait que j'étais viré. Ça m'a fait un sacré coup, avoue-t-il. Mon père fait de la betterave depuis 1956, et j'ai pris le relais en 1986. Pour la première fois, nous nous sommes retrouvés livrés à nous-même.» Comme lui, nombreux sont les planteurs qui ont répondu à l'appel de Tereos ou de Cristal Union à adhérer à la coopérative. Ce 29 janvier, Jean-Michel Sailly a d'ailleurs franchi le pas et a signé pour 16 ha de betteraves chez Cristal Union, avec l'achat de parts sociales que le modèle coopératif implique. «J'ai toujours été coopérateur dans l'âme. Je suis chez Sana Terra et Noriap pour les autres cultures. M'engager ne me fait pas peur, au contraire. Aujourd'hui, je suis remotivé

Différents scénarios
Ce qu'offrent les coopératives : la possibilité, pour les agriculteurs, de «maîtriser leur destin», en prenant possession d'une part du capital social de l'entreprise. Chacune a annoncé ses modalités d'adhésion. «Notre porte est ouverte, et nous avons déjà recueilli plusieurs demandes, assure Thierry Sergeant, élu Tereos. Nous proposons une solution viable aux planteurs qui se retrouvent sans contrat, et nous souhaitons développer cette culture au marché cyclique, en s'inscrivant dans la durée.» Les agriculteurs se situant à 70 km autour d'une usine Tereos sont concernés. Dans le détail, l'engagement initial se fait pour une durée de dix ans, puis de cinq ans par tacite reconduction, et pour un tonnage minimal de 1 000 t à 16°. La souscription au capital se fait pour 100 % du tonnage de betteraves engagées : une part de 10 EUR/t à 16° pour l'activité collecte et vente, et une part de 10 EUR/tranche de 1 000 t pour les activités services et approvisionnement. La libéralisation du capital, elle, se fait au choix du coopérateur : soit une libération intégrale à la souscription, soit un échelonnement sur cinq ans dont 30 % lors de la souscription. La rémunération du capital social concerne l'accès à l'intérêt aux parts sur le montant du capital versé dès la première année, et l'accès aux dividendes dès libération intégrale du capital social. Les nouveaux adhérents bénéficieront dès la récolte 2020 des mêmes conditions de rémunération des betteraves que les coopérateurs actuels.
Chez Cristal Union, la proposition est un peu différente. «Nous faisons un geste en proposant de livrer une partie de la récolte en contrat annuel, parce que nous avons conscience que le contexte est difficile», annonce Bruno Labilloy, directeur agricole. «Du gagnant-gagnant pour vous et pour la coopérative, ajoute Jérôme Fourdinier, président de la section de Sainte-Émilie. Vous cherchez un contrat, et nous voulons plus de betteraves pour que notre usine soit la plus rentable possible.» La campagne pourrait passer de cent-cinq jours actuellement à cent-vingt jours - «une durée raisonnable» -, et plus de betteraves seraient écrasées chaque jour.
La proposition est la suivante : jusqu'ici, les coopérateurs souscrivait 10 % de leur récolte en betteraves contractées de référence (BCR), (six parts de 2 EUR/t soit 12 EUR/t et 1 EUR de droit d'entrée par part) et 90 % de leur récolte en betteraves contractées complémentaires (BCC) (trois parts de 2 EUR/t)*. À titre transitoire, en 2020, les nouveaux coopérateurs pourront contracter au minimum la moitié de leurs betteraves dans ces conditions, avec un paiement échelonné sur cinq ans, et l'autre moitié de leur récolte en contrat annuel. Les betteraves contractées additionnelles (BCA), seront néanmoins un peu moins rémunérées que les autres. Primes de compétitivité, indemnités de campagne, ristournes décidées en fonction de l'exercice ou encore bâchage mutualisé sont autant d'éléments séduisants.

Adhérer à un état d'esprit
Mais plus qu'une grille de prix, c'est un état d'esprit que Cristal Union propose aux planteurs de rejoindre. «La bonne synergie entre le comité de direction et le conseil d'administration, qui prend toutes les décisions, est une vraie force chez nous. Nous avançons en transparence.» Autres atouts que le groupe met en avant : le meilleur rendement agricole d'Europe avec 14,1 t de sucre/ha (moyenne 2014-2019), un endettement maîtrisé, une transition énergétique achevée depuis 2018 (à Sainte-Émilie, fini le fioul lourd, la sucrerie tourne désormais au gaz naturel, ndlr).  
Des arguments qui convainquent bon nombre de planteurs. Hélène Cottinet, installée à Hangest-en-Santerre, y voit l'opportunité de «poursuivre une culture que j'apprécie, car technique, et cohérente dans l'assolement». Elle cultivait jusqu'alors 30 ha pour SLS, mais a réduit sa surface de moitié. «Sans solution jusqu'à aujourd'hui, j'avais peur de me retrouver sans rien. J'ai donc choisi de diversifier les cultures en faisant des endives et du lin pour la première fois.» Le discours de Cristal Union l'a rassurée. «Dans une coopérative, on se sent plus impliqué. En fonction des cours du marché du sucre, je pourrais même augmenter à nouveau les surfaces de betteraves.» La filière continue bel et bien de vivre dans la Somme.

* Les BCC peuvent être transformées en BCR au terme des trois premières campagnes, avec la souscription d'un complément de capital.

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