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Quelles espèces associer au colza pour limiter les intrants ?

Le Dephy Tour, des portes ouvertes dans toute la région, était lancé ce 20 novembre, à Croisette (62). Le sujet du jour était les espèces associées aux cultures pour limiter les intrants.

Christophe Bachelet, polyculteur éleveur à Croisette (62), et membre du GIEE du Geda du Ternois, a testé l’association 
de trèfle et de vesce avec le colza. Résultat : une économie de 30 unités d’azote.
Christophe Bachelet, polyculteur éleveur à Croisette (62), et membre du GIEE du Geda du Ternois, a testé l’association
de trèfle et de vesce avec le colza. Résultat : une économie de 30 unités d’azote.
© A. P.



Voilà plusieurs années que Christophe Bachelet, installé à Croisette (62), et d’autres agriculteurs du Ternois travaillent à la réduction de leurs intrants. «Nous étions constitués en Geda (Groupes d’étude et de développement agricole, constitués par les chambres d’agriculture, ndlr) et nous avons voulu poursuivre en créant le GIEE du Geda du Ternois (Groupements d’intérêt économique et environnemental), en 2017. Nous avions des pistes de solutions pour réduire nos intrants, comme des investissements dans des OAD et des outils de désherbage mécanique, mais nous voulions pouvoir mieux les exploiter.» Accompagnement par un ingénieur, travail en groupe… Ce GIEE est «une chance et, en même temps, un challenge, car travailler à vingt-sept, d’âges, d’assolements et de pratiques différentes n’est pas évident !»
Les résultats sont pourtant bien là. Ce 20 novembre, Christophe Bachelet était le premier des neuf agriculteurs à présenter les résultats d’une des expérimentations menées depuis deux ans dans sa parcelle : l’association de légumineuses au colza. Plusieurs objectifs, énumère-t-il : «Couvrir le sol pour diminuer le désherbage, améliorer la structure du sol, réduire le nombre d’altises, ravageurs du colza, restituer de l’azote dans le sol après la gelée de la plante compagne, favoriser la présence d’auxiliaires…»
Concrètement, une bande d’essais a été réservée dans une parcelle de précédent blé, labourée, dans laquelle a été semé, au 20 août, en même temps que le colza, un mélange Jouffray Drillaud (50 % de vesce et 50 % de trèfle) à hauteur de 20 kg/ha. Pas d’insecticide, mais un fongicide et un désherbage réduit sur la partie en colza associé (pour limiter le développement) ont été réalisés.
Le gel s’occupera de la destruction des plantes compagnes. Le résultat est probant : le rendement
(42 qx/ha) est identique avec et sans association, la marge brute est quasi similaire (1 136 €/ha en colza seul, 1 120 €/ha en colza associé), mais l’IFT herbicide est réduit d’un point en colza associé, et la restitution de l’azote au printemps a permis de réduire les intrants de 30 U d’azote.
La féverole, en tant que plante compagne du colza, a aussi été testée. Dans un précédent pois, une bande d’essais a été semée avec 50 kg/ha de féverole à la préparation du sol, au semoir de précision. La même conduite a été réalisée pour les traitements, un fongicide a été fait et aucun insecticide. 30 unités de moins ont été apportées dans une partie de l’essai. Résultat : un rendement de 50 qx/ha en colza seul et colza associé - 30 U d’azote, et de 54 qx/ha en colza associé ; des marges brutes de 1 320 €/ha en colza seul, 1 470 €/ha en colza associé et 1 335 Ä/ha en colza associé - 30 U d’azote ; et des IFT herbicides tous similaires, à 0,9.
Deux fois moins de larves d’altises ont été relevées dans la partie avec féverole. «Le coût des semences est compensé par une économie d’intrants et une augmentation de rendement», assure le groupe d’agriculteurs. Les essais sont renouvelés en 2018 avec des associations supplémentaires (fenugrec, sarrasin, lentilles…).

Du trèfle dans le colza et le blé
Autre expérimentation menée dans une parcelle du GIEE du Geda du Ternois : le semis de trèfle  blanc dans du colza, qui sera conservé jusqu’au semis et à la pousse du blé. «Là encore, le but est la réduction des intrants, précise Jérôme Lecuyer, expérimentateur à la Chambre d’agriculture du Nord-Pas-de-Calais. L’objectif, entre autres, était de créer une couverture du sol pour limiter la pousse des adventices, et de réduire les doses d’azote à apporter.»
Aucun impact du trèfle sur le colza n’a été remarqué. Le colza a été broyé après la récolte, et une fauche a été réalisée avant les semis de blé (en semis direct) le 10 octobre. «Un avantage non négligeable, car l’agriculteur est éleveur et a pu utiliser cette fauche comme fourrage.»
Cinq modalités ont été mises en place (sol nu, trèfle fauché, détruit au semis, non détruit…) Le résultat, sur blé, a été spectaculaire : «Nous avons obtenu au moins dix quintaux de plus lorsqu’il y avait du trèfle !» Les doses d’azote apportées sont réduites, et le taux de protéines est aussi décuplé… L’expérience sera donc à renouveler, avec quelques précautions tout de même : «Il est difficile de conserver le trèfle blanc quand le blé est fertilisé, et la destruction du trèfle n’est pas évidente.»



Un appel à projets «collectifs locaux d’agriculteurs»

Pour développer les projets collectifs d’amélioration des pratiques, les agences de l’eau Artois-Picardie et Seine-Normandie et l’Etat, à travers le fonds Casdar, ont lancé un appel à projets «collectifs locaux d’agriculteurs» en 2018, qui sera reconduit en 2019. Les taux de financement s’échelonnent entre 50 et 80 % des dépenses éligibles (frais de structuration, animation et appui technique du projet).
Cet appel à projets comporte trois volets. Le volet émergence, tout d’abord, d’une durée d’un an, pour aider les groupes naissants à structurer le collectif et son projet. Ce groupe s’oriente ensuite vers le volet GIEE (vers une logique de reconvention de l’ensemble de leur système d’exploitation), ou vers le volet Groupe 30 000 (dans la perspective d’une réduction significative de l’usage des produits phytos).


Une première édition du Dephy Tour

Le Dephy Tour, ce sont neuf portes ouvertes en Hauts-de-France, pour un tour d’horizon des méthodes qui font leurs preuves pour réduire l’utilisation de produits phytosanitaires. Ces portes ouvertes ont, en fait, lieu dans les fermes Dephy de la région, action phare du plan Ecophyto : un réseau constitué de dix groupes d’une dizaine d’agriculteurs, qui mettent en place des leviers innovants.
«Ces groupes sont représentatifs des cultures de la région, avec deux réseaux polyculture-élevage, un réseau légumes frais, un réseau légumes d’industrie et six réseaux grandes cultures, en céréales, colza, betteraves et pommes de terre», précise Clémence Bouvard, animatrice du programme Ecophyto régional. Un levier pour réduire les intrants au minimum est présenté à chaque rendez-vous.
«L’un des enjeux est aussi d’améliorer l’image de l’agriculture», rappelle Christophe Buisset, président de la Chambre d’agriculture Hauts-de-France.
Car même si les «bonnes pratiques» sont de plus en plus utilisées, celles-ci sont parfois mal perçues du grand public. «Je sors avec mon pulvé la nuit, pour profiter d’une hygrométrie optimale et réduire les doses, et on me dit que je me planque, car j’ai honte…», témoigne Christophe Buisset. Pour cela, des panneaux «Ici, les agriculteurs testent les pratiques innovantes et durables», sont posés dans les champs Dephy. Un premier pas vers la communication... Le Dephy Tour, lui, connaîtra certainement une deuxième édition.

Toutes les dates sont à retrouver sur le site de la Draaf : http://draaf.hauts-de-france.agriculture.gouv.fr/SAVE-THE-DATE-POUR-LE-DEPHY-TOUR

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