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Maraîchage
Qui pour sauver la production légumière des hortillonnages ?

Plutôt cantonné aux hortillonnages d’Amiens et ses environs, le syndicat des maraîchers et hortillons de la Somme s’interroge sur un élargissement de son périmètre d’activité et sur le renouvellement de son équipe dirigeante.

Pas forcément très nombreux autour de la table, ils sont néanmoins déterminés. Début de semaine, le syndicat des maraîchers et hortillons de la Somme était réuni en assemblée générale pour décider de son avenir. Convaincu de l’utilité de la structure dans un contexte où la production de légumes est appelée à prendre de l’ampleur, les représentants de l’association se sont interrogés sur la forme que devrait prendre leur organisation, et surtout avec quelles nouvelles têtes pour remplacer des responsables qui ont partagé leur envie de «passer la main». Pour Alain Cazier, le président du syndicat des maraîchers et hortillons de la Somme, «notre association doit réunir tous ceux qui s’intéressent aux légumes, de près ou de loin». Et ainsi, pas seulement dans les hortillonnages d’Amiens. Mais qu’on le veuille ou non, c’est bien la place du maraîchage dans les hortillonnages qui a mobilisé une grande partie des discussions.

 

De moins en moins d’hortillons

Si le syndicat des maraîchers et hortillons de la Somme songe à élargir son champ d’action – ce qui sera débattu lors d’une assemblée générale extraordinaire –, c’est aussi parce qu’il faut reconnaître que la place de la production maraîchère y a considérablement baissé au cours des dernières années. Selon ses professionnels, il ne resterait en effet qu’une vingtaine d’hectares cultivés de manière professionnelle répartis sur les communes d’Amiens, Camon et Rivery par moins d’une dizaine d’hortillons. Parmi eux, l’inquiétude gagne : «Quand ceux qui sont en place vont partir en retraite, combien seront remplacés», s’est interrogée Marie-Hélène Parmentier, installée avec son fils Jérôme. Pour elle, «les hortillonnages ne prennent pas la bonne direction (…) Même si le tourisme est utile, il est dommage de tout miser là-dessus.» 

 

Revenir aux origines

Pour maintenir l’activité maraîchère en place, l’une des options sur la table est la mise en place d’un signe officiel d’origine et/ou de qualité. «Avez-vous déjà pensé à solliciter une IGP ?», interroge Xavier Normand, nouvellement chargé de l’animation du syndicat. «Pourquoi pas, répond Marie-Hélène Parmentier. Mais c’est lourd à mettre en place…» Et cela prendra au moins quelques années avant que le dossier ne se concrétise. Au sein des hortillonnages, l’origine et l’étiquetage des produits commercialisés par les hortillons semble être un sérieux sac de nœuds. Pour Hélène Cotté, agricultrice à Glisy et président du syndicat d’exploitants agricoles Agri Amiens Métropole, «les consommateurs doivent savoir ce qui vient vraiment des hortillonnages ou pas. C’est un problème si ce n’est pas indiqué». Longtemps impliqué dans le fonctionnement du syndicat des maraîchers et hortillons, Michel Gauthier assure que «si l’on travaille correctement, la clientèle est au rendez-vous. Ce n’est que si on joue avec elle qu’elle s’en va, et à un moment donné, cela commence à se voir». Bernard Parmentier n’est quant à lui pas tendre avec d’autres professionnels des hortillonnages : «Il faut faire le tri, a-t-il dit. Et revenir à ce qui se faisait aux origines…»

 

Rester un territoire attractif

Du côté d’Amiens Métropole, représentée par l’ancien agriculteur Georges Dufour, «les deux raisons pour lesquelles les touristes viennent à Amiens, ce sont la Cathédrale et les hortillonnages. Nous n’avons pas le droit de les décevoir». Aussi, «nous sommes à l’écoute pour aider l’activité maraîchère, même s’il est clair que c’est plus facile de cultiver ailleurs que dans les hortillonnages», a-t-il déclaré. 

Au-delà des accompagnements promis, pour que cette activité maraîchère qui façonne encore une partie des hortillonnages perdure, encore faut-il qu’elle soit attractive : «Comment voulez-vous que des gens s’installent aux hortillons s’ils ne sont pas sûrs de gagner leur vie ?», souligne Michel Gauthier. Marie-Hélène Parmentier et son fils expliquent «s’en sortir» et «ne pas avoir à se plaindre», mais témoignent aussi de certaines difficultés : «Cela devient compliqué d’amener de la matière organique dans nos parcelles ou de faire circuler un mini-tracteur, rapporte Jérôme Parmentier. Pour les livraisons de plants ou la circulation de nos propres véhicules, ce n’est pas simple non plus…» Et Marie-Hélène Parmentier d’ajouter : «Comment voulez-vous cultiver certaines parcelles quand elles ne sont accessibles qu’en barque ?» 

Plus largement, l’entretien des hortillonnages se heurte à la multipropriété de cet espace remarquable, et au rétrécissement de l’activité maraîchère au profit des loisirs. «Il y a des choses que l’on ne peut pas faire, soit parce que c’est interdit, soit parce que cela coûte cher, a rappelé Georges Dufour. Mais en tant que partenaire, nous sommes mobilisés.» Et de citer par exemple la réflexion engagée pour la mise en place d’un PAT sur le territoire d’Amiens Métropole dans lequel hortillonnages et hortillons ont légitimement leur place.

Le marché sur l’eau de juin attend ses participants

De l’avis des quelques hortillons présents à l’assemblée générale du syndicat des maraîchers et hortillons de la Somme, le traditionnel marché sur l’eau qui se déroule chaque année le troisième dimanche de juin sur les quais de la place Parmentier à Amiens a perdu de sa superbe et l’éclat d’antan. Selon Alain Cazier, «il n’y a plus que quatre à cinq maraîchers qui le font encore, et bientôt, il n’y en aura plus…» Les raisons ? Des ventes «incertaines» d’où un chiffre d’affaires «pas au rendez-vous», des maraîchers pas forcément motivés, et une grosse organisation à mettre en place. Jeune maraîcher, Jérôme Parmentier se dit prêt à y participer, «mais si l’on veut refaire quelque chose qui tienne la route, il y a du boulot». Pascal Goujon le reconnait également : «C’est devenu beaucoup de travail pour pas grand-chose». Chacun s’accorde pourtant à dire que la disparition du marché sur l’eau serait regrettable. Alors qu’Alain Cazier propose de rémunérer les hortillons participants, tous n’y sont pas favorables. L'association de protection et de sauvegarde des hortillonnages est, quant à elle, prête à mettre ses embarcations à disposition à la condition qu’au moins six professionnels participent au marché sur l’eau. Reste enfin à savoir qui du syndicat des maraîchers et hortillons de la Somme ou de l’association des hortillons, présidée par Francis Parmentier, sera la cheville ouvrière, et si les deux peuvent s’entendre.
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