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Ravageurs du colza : privilégier la lutte préventive

Une soixantaine de techniciens de la région Nord Picardie ont participé à la rencontre technique régionale d’Amiens organisée par Terres Inovia le 15 décembre.

Selon Fabienne Boizet, référente protéagineux pour la zone Nord-Est, basée à Laxou (54), le pois d’hiver a des atouts tels qu’un rendement plus stable, notamment dans des sols moyennement profonds, drainant bien l’hiver et non irrigués.
Selon Fabienne Boizet, référente protéagineux pour la zone Nord-Est, basée à Laxou (54), le pois d’hiver a des atouts tels qu’un rendement plus stable, notamment dans des sols moyennement profonds, drainant bien l’hiver et non irrigués.
© AAP

Dans le menu de la journée du 15 décembre proposée aux techniciens par l’équipe Nord-Est de Terres Inovia (ex-Cetiom), et composé de bilans et conduites du colza, du pois d’hiver et des cultures de printemps, et même du soja, de préconisations variétales, d’expérimentations en fertilisation localisée du colza, d’évolution en matière d’intrants sur colza, de stratégie de lutte contre les bio-agresseurs des protéagineux, ont été mis un peu plus en avant la résistance aux insectes d’automne sur colza, ainsi que les atouts et les limites du pois d’hiver.
Laurent Ruck, ingénieur régional de développement basé à Chalons-en-Champagne, a présenté un état des résistances aux insecticides, en particulier les pyrétrinoïdes, et la conséquence sur la stratégie de lutte contre le charançon du bourgeon terminal et la grosse altise. «Les produits phytosanitaires ne fabriquent pas la résistance, mais la révèlent», a-t-il rappelé en préambule.
Pour cela, l’existence de la mutation résistante dans la population, le contrôle par l’insecticide d’une partie de la population (individus sensibles), la survie d’une certaine partie de la population (individus résistants) et la capacité à se reproduire et à transmettre le facteur de résistance à la génération suivante sont les quatre facteurs nécessaires aux mécanismes de sélection de populations résistantes.
Ces mécanismes sont deux ordres : la résistance métabolique appelée détoxification, c’est-à-dire la surproduction d’une enzyme et la modification de la cible par mutation, kdr ou super kdr, qui entraîne une moins bonne fixation de l’insecticide. «La modification des gènes impliqués dans la résistance peut avoir des effets collatéraux (positif ou négatif) sur d’autres caractères tels que la reproduction, la capacité à avoir des descendants (le fitness) ou encore la sensibilité à d’autres facteurs», a précisé Laurent Ruck.

Résistances multiples
En cas de maintien d’une utilisation massive de pyréthrinoïdes, s’opère une sélection de mécanismes de résistance de type super kdr d’une part, et une augmentation de la résistance métabolique et de résistances croisées positives, d’autre part. «Au final, il est possible d’aboutir à une inefficacité totale des pyréthrinoïdes au champ et aussi à une baisse d’efficacité des autres familles chimiques telles que les organo-phosphorés», a-t-il expliqué.
Gérer les résistances devient un casse-tête. La méthode la plus efficace est la limitation des interventions. En revanche, l’alternance des modes d’action, efficace dans le cas des mutations de cible, est risquée dans le cas de la résistance métabolique en raison des résistances croisées possibles. De même en utilisant des mélanges.
Dans le cas de la mutation de cible, les modes d’action des composés du mélange doivent tous être efficaces. Dans le cas de la résistance métabolique, il y a risque de résistances croisées positives. L’ajout d’un inhibiteur est sans effet dans le cas de mutation de cible et efficace dans l’autre cas. Enfin, la solution la moins recommandée est l’augmentation de la dose qui donne un résultat à court terme, mais qui aggrave rapidement les niveaux de résistance. C’est à peu près le même constat dans le cas de la mutation de cible.
En conclusion, Laurent Ruck a insisté sur la réduction au minimum des interventions par la mise en oeuvre de mesures préventives telles que celles qui favorisent la croissance du colza ou l’association du colza et des légumineuses. «N’utiliser les insecticides que si la survie de la culture est en péril», a-t-il plaidé.

Atouts et limites du pois d’hiver
En moyenne en France, la part de la surface en pois d’hiver représente le quart de la surface semée en pois. En vérité, c’est loin d’être le cas dans la grande région Nord de Paris où l’on trouve la sole pois la plus significative dans les assolements. N’empêche, selon Fabienne Boizet, référente protéagineux pour la zone Nord-Est, basée à Laxou (dans le 54), le pois d’hiver a des atouts tels qu’un rendement plus stable, notamment dans des sols moyennement profonds, drainant bien l’hiver et non irrigués. Il permet une meilleure gestion des graminées adventices.
La comparaison de la réserve en eau du sol en fonction de l’avancée physiologique d’un pois d’hiver et d’un pois de printemps sur différents sites parmi lesquels figure Amiens, montre que le pois d’hiver pâtit d’un moindre stress hydrique que le pois de printemps. «Le pois d’hiver démarre sa floraison plus tôt, et bénéficie d’un peu d’eau au pied, contrairement au pois de printemps», a expliqué Fabienne Boizet. A noter également parmi les atouts, le peu de risques de ravageurs en début de cycle et un risque «aphanomyces» largement diminué.
C’est vrai aussi que le pois d’hiver a des limites, comme la gestion des dicotylédones. Les créneaux de semis sont plutôt courts pendant les mois d’octobre et de novembre. La probabilité d’avoir trois jours consécutifs sans pluie est de six à sept années sur dix pour un semis entre le 25 et le 31 octobre, de trois à quatre années sur dix entre le 1er et le 14 novembre, et de six à sept années sur dix entre le 15 et le 21 novembre.
Enfin, autre critère défavorable, la résistance au froid. En d’autres termes, il s’agit de l’acquisition de la résistance au froid. «Une vitesse d’endurcissement de 49 jours augmente nettement les dégâts par rapport à une acquisition sur 35 jours», a souligné Fabienne Boizet. Plusieurs facteurs sont en cause, comme la génétique de la variété, bien sûr, le stade optimal de la plante considéré entre 1 à 2 feuilles et 5 à 6 feuilles, les organes touchés, en sachant que la partie aérienne supporte mieux le froid que la partie souterraine et, enfin, le climat. Une arrivée du froid brutale fera plus de dégâts qu’un froid progressif.
L’humidité du sol joue aussi et la neige garantit une protection efficace. A Amiens, dans les deux tiers des cas, on atteint un endurcissement maximum de 60 %, soit une résistance au gel de - 11, 7 ° à - 8,7 °, selon la variété.

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