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Rebâtir une stratégie d’élevage des génisses

Les éleveurs du Gaec de la Petite Prée à Archon ont souhaité revoir la conduite des veaux afin de mieux valoriser les surfaces en herbe en fonction de leur accessibilité aux vaches en lactation. Pour cela, deux leviers ont été envisagés : «décentraliser» la phase lactée des veaux et conserver des veaux mâles. Pour y parvenir, les éleveurs s’appuient sur des pesées régulières des génisses et des mâles. 

Depuis l’arrivée de Henri en 2018, l’alimentation des veaux a été retravaillée pour obtenir de la croissance avec de l’herbe et sans acheter d’aliments.
Depuis l’arrivée de Henri en 2018, l’alimentation des veaux a été retravaillée pour obtenir de la croissance avec de l’herbe et sans acheter d’aliments.
© ACE

«Nous avons 60 ha de pâtures directement accessibles depuis le bâtiment d’élevage. Notre idée est de valoriser au maximum cette surface en livrant l’intégralité du lait produit par les vaches qui la pâturent», explique Henri Lepilleur, en charge de l’élevage des veaux au Gaec de la Petite Prée. Précisons qu’une partie du lait issu de la traite est actuellement destinée à l’élevage des veaux. 

 

Davantage de vêlages au printemps

Actuellement, la majorité des vaches vêlent à l’automne, entre septembre et novembre et une petite partie au printemps. Dans un premier temps, l’éleveur souhaite donc décaler la majorité des vêlages au printemps pour profiter davantage de la pousse de l’herbe : «En 2022, 18 veaux sont nés au printemps, nous devrions en avoir une quarantaine en 2023.» Cette modification nécessite d’obtenir des croissances de génisses suffisantes pour réduire l’âge au vêlage moyen du troupeau. Il s’agit donc de faire vêler les génisses entre 24 et 26 mois avec une grande proportion de pâturage. «Cet objectif d’âge au vêlage nous semble atteignable puisqu’on y parvient avec certains animaux alors qu’en 2018 la moyenne se situait entre 30 et 36 mois», précise l’éleveur.

 

De la buvée aux vaches nourrices pour gagner en cohérence

Depuis l’arrivée de Henri en 2018, l’alimentation des veaux a été retravaillée pour obtenir de la croissance avec de l’herbe et sans acheter d’aliments. Ainsi, avec l’appui de Mélissandre Bonna et Olivier Lebleu, conseillers d’ACE, les éleveurs ont établi un plan d’alimentation lacté de quatre à cinq mois à base de lait entier, de concentré fermier, de luzerne déshydratée et de foin à volonté. «La luzerne apporte un réel plus, je pense qu’elle tamponne un peu le concentré que nous produisons à base d’orge et pois», commente Henri.

Depuis peu, quelques veaux sont également élevés par des vaches nourrices. Cette méthode, qui consiste à confier l’élevage de deux à trois veaux à une vache, a l’avantage de réduire le temps de travail global, mais implique une grande vigilance lors des adoptions. Néanmoins, pour Henri, cette conduite est le moyen de décentraliser la production du lait destinée aux veaux puisque les vaches nourrices et les veaux seraient sur des surfaces plus éloignées du bâtiment des vaches laitières. «C’est aussi le moyen d’ajuster un peu plus facilement le nombre de vaches en bâtiment pendant l’hiver», explique l’éleveur. 

 

Gérer le parasitisme

La gestion du parasitisme et plus généralement de l’aspect sanitaire est une des difficultés de l’élevage des veaux en système Bio. Lorsqu’ils sont en bâtiment, les veaux peuvent être touchés par la coccidiose ; «j’utilise un mélange de plantes en préventif qui donne de bons résultats», précise Henri Lepilleur avant d’ajouter «le plus gros problème apparait souvent lors des premiers mois de pâturage avec les strongles pulmonaires. Avant d’acquérir une immunité suffisante, les jeunes veaux sont sensibles ; pour leur mise à l’herbe, je privilégie les parcelles qui n’ont pas été fréquentées par des veaux de moins d’un an l’année précédente. Je leur confectionne aussi des blocs à lécher avec de l’homéopathie». Malgré cela, il arrive que des animaux soient infectés par les strongles ; la pesée est alors un moyen de détecter un déficit de croissance avant de déclencher une analyse coprologique et de traiter avec un vermifuge curatif. 

 

Les premiers résultats de croissance

En 2022, les associés ont fait appel à ACE pour réaliser des pesées régulières des veaux. Ainsi, à partir du mois de mai, cinq séances ont été organisées jusqu’à la fin octobre afin d’établir une première série de références : pour des veaux mâles qui seront vendus en bœufs et pour les génisses laitières dont la conduite sous vaches nourrices était en réflexion. «Globalement, j’avais l’impression que les veaux sous vaches nourrices étaient plus beaux, mais nous souhaitions valider cette première impression avant de s’orienter davantage vers cette pratique», explique Henri Lepilleur.

En moyenne, les veaux nés à l’automne 2021 élevés à la buvée pesaient 180 kg au PAT 6 mois (Poids Age Type) avec un GMQ (Gain Moyen Quotidien) depuis la naissance de 769 g. Par la suite, le déficit de pousse de l’herbe durant l’été 2022 a pénalisé la croissance de ces jeunes animaux. «Certains veaux ont aussi subi une transition trop brutale entre la phase lactée et la mise à l’herbe», complète l’éleveur. Cela se traduit par un GMQ à la baisse de 300 g entre les PAT 6 mois et 12 mois.

Les résultats des animaux élevés par des vaches nourrices sont moins aboutis puisque les veaux sont nés à l’automne 2022. Néanmoins, les premiers chiffres montrent d’ores et déjà des différences notables. Une première pesée sur des animaux âgés de 5 mois et 12 jours en moyenne, affiche un résultat de 206 kg et un GMQ supérieur à 950 g. Avec un tel démarrage, ce lot va sûrement atteindre les objectifs de croissance nécessaires pour engager les modifications destinées réduire l’âge au vêlage.

Dans tous les élevages, la bonne conduite technique des veaux garantit le renouvellement du troupeau. C’est aussi un préalable indispensable à la bonne santé économique de l’atelier lait, d’autant plus lorsqu’elle permet d’aboutir à une meilleure cohérence du système d’exploitation. Le suivi de croissance des veaux est un moyen efficace pour définir et ensuite valider la conduite à tenir. 

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