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Justice
Relaxe pour l’éleveur du Vimeu accusé de tapage nocturne

Le tribunal de police d’Amiens a relaxé mardi 25 novembre Olivier Berthe, poursuivi pour « tapage nocturne » après avoir nourri ses vaches à 6 heures du matin. Une décision accueillie avec soulagement par la profession agricole.

Olivier Berthe tapage nocturne relaxe
Olivier Berthe est relaxé par le tribunal de police d'Amiens des accusations par l'une de ses voisines pour tapage nocturne.
© Vincent Fermon

Le 25 novembre, le tribunal de police d’Amiens a finalement tranché : Olivier Berthe, éleveur bovin à Lignières-en-Vimeu, est relaxé des accusations de nuisances sonores qui lui étaient reprochées pour trois matinées d’octobre 2024 où il avait nourri ses taurillons à l’aube. Une issue logique pour l’agriculteur, son avocat et les organisations professionnelles, qui dénonçaient depuis le début une procédure sans fondement. Lors de l’audience du 14 octobre dernier, l’éleveur avait rappelé calmement les faits, non sans étonnement :

« On me reproche d’avoir donné à manger à mes bêtes trop tôt. Ces jours-là, on devait arracher les betteraves très tôt. J’ai donc nourri les vaches avant de partir. C’est un devoir quand on est éleveur. C’est quand même incroyable d’en arriver là pour trois matinées de travail. »

Une voisine excédée, mais un dossier fragile

À la barre, la plaignante — installée dans la commune depuis dix-sept ans — avait décrit un quotidien devenu « insupportable » à ses yeux : « Aujourd’hui, je dors mal depuis plus d’un an. Mon médecin me donne des somnifères. Ce jour-là, j’étais énervée. Je me suis levée, j’ai mis mes habits et je suis allée à la gendarmerie. » Elle évoquait également une hausse supposée de l’activité sur l’exploitation, allant jusqu’à affirmer que l’éleveur abritait « 200 animaux dans un bâtiment de 35 mètres de long ». Une accusation balayée par l’intéressé : « 200 vaches ? Elle a dû compter les pattes. »

Mais un élément majeur pesait dans le dossier : la loi du 15 avril 2024, qui protège les exploitations agricoles des plaintes pour nuisances lorsque l’activité était installée avant l’arrivée des voisins, ce qui est le cas ici.

Une relaxe « attendue », un signal pour la profession

Pour la défense, l’affaire ne tenait pas : un unique dépôt de plainte, aucun autre voisin gêné, et des impératifs agricoles incontestables. L’avocat d’Olivier Berthe, Me Florian de Waziers, l’avait martelé : « Il n’y a absolument rien dans ce dossier qui caractérise l’infraction. Un agriculteur doit pouvoir nourrir ses bêtes. On ne peut pas faire de la campagne une zone sous cloche. » Et de pointer même une tentative d’acharnement : « Si l’éleveur n’avait pas nourri ses bovins avant de partir, ils auraient beuglé de faim plus tard dans la journée. Là, il y aurait eu une vraie nuisance. »

Le ministère public avait malgré tout requis une amende de 68 euros, regrettant un manque de dialogue entre voisins. Des réquisitions qui avaient surpris la salle.

Une mobilisation agricole importante

Le 14 octobre, une trentaine d’agriculteurs de la Somme — FDSEA et JA en tête — s’étaient rassemblés devant le tribunal pour soutenir leur collègue. Un responsable syndical résumait alors le sentiment général :« Ce n’est pas simplement le cas d’un éleveur, c’est une question de reconnaissance de notre mode de vie. » Dans un communiqué, la FDSEA rappelait déjà l’enjeu : « La campagne n’est pas une carte postale silencieuse. Elle vit, elle travaille, elle se lève tôt. »

La justice tranche : pas de tapage, juste du travail

Avec la relaxe prononcée mardi, le tribunal d’Amiens a rejoint l’analyse de la défense : nourrir son bétail à 6 heures du matin pendant une période de récolte ne constitue pas un tapage nocturne. D’autant que la procédure n’a pas relevé de mesures des nuisances reprochées à l’intérieur du domicile de la plaignante.

Dans sa plaidoirie, Me de Waziers avait conclu : « Ce procès n’est pas seulement celui d’un homme. C’est celui d’un métier qui doit commencer tôt le matin. On est en train de juger un homme qui a juste fait son travail. » 

Le message est désormais clair, et la profession agricole espère qu’il fera jurisprudence : la vie à la campagne commence parfois avant le lever du soleil… et la loi le reconnaît.

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