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«On se fait tailler des croupières par nos voisins européens»

Face à la concurrence en Europe et en France, la filière porcine régionale peine à sortir la tête de l’eau.

De g. à dr. : Jean-Michel Serres, président d’Interporc Nord-Picardie et Christophe Dusannier, président de l’URGPP.  Jean-Michel Serres quittera la tête de l’interprofession porcine régionale en début d’année prochaine.
De g. à dr. : Jean-Michel Serres, président d’Interporc Nord-Picardie et Christophe Dusannier, président de l’URGPP. Jean-Michel Serres quittera la tête de l’interprofession porcine régionale en début d’année prochaine.
© MDS

Les années se suivent et ont tendance à se ressembler pour les éleveurs porcins de la grande région Nord-Picardie. «Nous avons vécu une autre année catastrophique», résument ainsi Christophe Dusannier et Jean-Michel Serres, respectivement président de l’Union régionale des groupements de produc­teurs de porcs (URGPP) et président d’Interporc Nord-Picardie, lors de l’assemblée générale des deux structures, qui s’est déroulée le 20 novembre dernier dans les locaux de la Chambre des métiers et de l’artisanat d’Arras. «Nous souffrons des distorsions de concurrence avec nos voisins allemands et espagnols tant sur le plan social que fiscal, indique le président de l’URGPP. Ces derniers ont également fait le choix de tailles d’élevage beaucoup plus importantes que chez nous, ce qui leur permet de gagner en compétitivité.» Et d’ajouter : «Ils sont en train de nous tailler des croupières. Clairement, on ne joue plus dans la même cour.»
Entre 2005 et 2014, la production porcine régionale a ainsi reculé de 6 %. Alors que la plupart des voyants sont au rouge, le constat est clair : «La région Nord-Picardie est en concurrence directe avec les autres pays européens, mais aussi avec les autres régions de production françaises, notamment la Bretagne, explique Christophe Dusannier. Nous avons un bassin de consommation de six millions de personnes, mais la production régionale (1 088 635 porcs en 2014 contre 1 098 142 en 2013) ne permet pas de couvrir l’ensemble des besoins.»

Miser sur le local pour «tenir un volume»
Pour sortir la filière régionale de l’ornière, le président de l’URGPP souhaiterait s’inspirer des solutions qui marchent. «Afin de tirer notre épingle du jeu, nous devons capitaliser davantage sur le concept de porc local : un animal né, élevé et abattu dans la région. Des initiatives de ce type existent déjà. D’ailleurs, ceux qui ont adopté cette approche locale sont ceux qui s’en sortent le mieux dans le marasme actuel. Nous devons y réfléchir également au sein de l’URGPP.» Et de poursuivre : «Il ne s’agit pas, bien sûr, de la panacée, admet-il. Mais dans la crise que nous traversons actuellement, ce genre de démar­ches permet au moins de tenir un volume.»
Seulement la moitié (50,5 %) des porcs charcutiers produits en Nord-Picardie sont abattus en région, l’autre moitié l’est soit en Belgique (37 %), soit ailleurs en France (12,5 %). «Il est pourtant intéressant de pouvoir vendre ses porcs à proximité pour limiter les coûts d’approche et approvisionner le marché local, souligne Christophe Dusannier. Mais les porcs abattus à Saint-Pol-sur-Ternoise par Bigard sont-ils valorisés localement ?»

Gérer les reports en élevage
Toujours est-il qu’aujourd’hui, «on en est même plus à demander un prix, confie le président de l’URGPP. Nous ne parvenons plus à évacuer nos cochons, et nous devons gérer ces reports en élevage. On se demande comment passer le creux des fêtes de fin d’année qui, traditionnellement, sont la pire période de vente pour la viande de porc». D’autant que les premières estimations concernant la consommation française de viande fraîche de porc sont alarmantes avec une baisse de 1,5 % par rapport à 2014 sur les deux premiers trimestres de 2015. Surtout, celle-ci aurait plongé de 10 % au troisième trimestre. «Certains se posent la question de savoir s’ils tiendront le choc jusqu’en début d’année prochaine», s’alarme Christophe Dusannier.
Depuis le début de l’année, une quinzaine de sites ont déjà cessé leur activité (19 en 2014, 28 en 2013). On assiste à une accélération de la restructuration des élevages déjà largement entamée avec la mise aux normes bien-être : «Les fermetures de site sont compensées par les augmentations de cheptel dans les élevages les plus performants, précise le président de l’URGPP. Si la production porcine régionale n’a pas baissé de façon significative, celle-ci ne se développe plus.»

Bientôt une même région avec deux politiques d’aides à l’investissement
Peut-on dans une même région avoir deux politiques d’aides à l’investissement ? Une pour les éleveurs de Picardie et une autre pour ceux du Nord-Pas-de-Calais ? C’est la question soulevée par Jean-Michel Serres, président d’Interporc Nord-Picardie, qui entend pointer la différence de traitement entre les éleveurs des deux régions. «Il s’agit là d’un problème de fond», souligne-t-il à quelques semaines de la fusion effective. Ce dernier souhaite ainsi dénoncer «une réalité» : «La région Nord-Pas-de-Calais n’a pas envie de financer l’élevage de porcs conventionnel». Pour rappel, depuis le 1er janvier 2015, les Conseils régionaux sont devenus les autorités de gestion des fonds du 2e pilier de la Pac. Chaque région a dès lors élaboré un programme régional de développement rural, validé par Bruxelles, qui prévoit notamment des aides à l’investissement dans le cadre du Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles (PCAE). La répartition de l’enveloppe se fait en fonction du nombre total de points obtenus.

L’ensemble des dossiers éligibles ont été financés en Picardie
Les premiers appels à projets ont ainsi été lancés cet été. Résultats : en Nord-Pas-de-Calais, sur 599 dossiers déposés, seulement 477 étaient éligibles et 236 ont été sélection­nés pour un montant total de plus de 12 millions d’euros (avec un plafond fixé à 200 000 € par exploitation), dont trois en production porcine. En Picardie, sur 350 dossiers déposés, 342 étaient éligibles et ont tous été financés (avec un plafond fixé à 300 000 € par exploitation), dont neuf en production porcine. En Nord-Pas-de-Calais, du fait du nombre important de demandes, le seuil de sélection a dû être relevé. À noter qu’en Nord-Pas-de-Calais, la priorité sera mise sur les JA pour les prochains appels à projets. Certains dossiers pourraient donc être repêchés dès lors qu’ils auront été une nouvelle fois déposés. Toujours est-il que le président d’Interporc Nord-Picardie aimerait que nos élus s’inspirent davantage de leurs homologues européens : «En Espagne et en Allemagne, les élevages de porcs sont financés avec des fonds provenant du 2e pilier de la Pac. Ces aides expliquent en partie le développement spectaculaire de la production dans ces pays. Aujourd’hui, ils creusent l’écart par rapport à nous.»

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