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Grandes cultures
Se méfier d'une plaine trop belle...

Après quelques années de conditions relativement faciles, cette campagne s’annonce délicate. Des pluies qui retardent les travaux, du vent qui laisse peu de créneaux pour la pulvérisation… Actualité de la plaine avec le Groupe Carré. 

Les risques maladies et verse sont élevés, mais rien n’est encore joué.
Les risques maladies et verse sont élevés, mais rien n’est encore joué.
© Pixabay

Un blé d’une biomasse exceptionnelle, avec un nombre de talles record. C’est ce qui est observé partout en plaine cette année. «On n’avait pas vu un si beau blé en sortie d’hiver depuis 2016…», constate David Boucher, coach en agronomie du Groupe Carré. La conséquence, pour la plante, est d’avoir trop d’épis à nourrir, et de ne pas pouvoir les remplir correctement. Le risque de verse est bien présent. «Cette forte biomasse favorise aussi les maladies, notamment la septoriose, parce qu'elle peut accroître la diffusion de l'inoculum primaire.» 

Rien n’est pourtant joué encore. «Tout dépendra de la météo. Aujourd’hui, le potentiel n’est pas entaché.» En 2016, les fortes pluies en pleine floraison, stade extrêmement sensible pour la composante grains/épi et le début remplissage, avaient porté préjudice. Les excès d’eau ont provoqué des défauts de fécondation et des avortements de grains précoces. Une chose est sûre : «Il va falloir se détacher des automatismes acquis ces dernières années alors que les conditions étaient globalement faciles.»

Car cette année, il faut pouvoir saisir le moindre créneau d’intervention. «Les semis de printemps ont pris du retard à cause de la pluie. Même chose pour la pulvérisation, à cause du vent quasi-quotidien.» Les travaux vont donc se bousculer. Pour David Boucher, les traitements seront pourtant à soigner. À partir de 12°C, le champignon de la septoriose se développe. L’impact peut aller jusqu’à 20 quintaux de perte. «Le vrai risque, c’est d’attendre que la maladie s’installe et atteigne les deux dernières feuilles. Et ce stade détermine les trois quarts du rendement.» 

Point positif : les variétés Chevignon et Extase représentent 50 % de la sole de blé et sont plutôt tolérantes. «Cela ne dispense pas de surveillance.» Le risque rouille jaune est aussi très élevé. Le modèle Yello d’Arvalis-Institut du végétal l’atteste, bien qu'on n'en observe pas en plaine. Elle se développe à des températures supérieures à 20°C, par temps ensoleillé. «On aura forcément l’une ou l’autre maladie.»

 

Un T1 pertinent

Le T1, dont l’intérêt était négligé ces dernières années, serait donc pertinent. «Il permettra de limiter l’infestation est de revenir avec un T2 dans de bonnes conditions, d’autant que les problèmes de résistance sont de plus en plus importants.» Ce T1 serait à positionner dès que le temps le permet. L’idéal serait aussi de l’adapter à la variété pour une vraie efficacité. «Mais on sait que c’est une organisation complexe.»

Le colza, lui, est observé plus sereinement. «La floraison est plus poussive que l’année dernière. Elle débute à peine, et sera déterminante. Mais les peuplements sont beaux», constate l’expert. Les larves d’altises, sorties en janvier, n’ont pas trop endommagé les tiges. Il s’agit désormais de surveiller l’éventuel développement de la sclérotinia si le temps pluvieux perdure. Le risque est l’échaudage, qui provoque une diminution du poids de mille grains et un égrenage plus ou moins important selon la précocité de l'attaque et le pourcentage de pieds atteints. La nuisibilité peut être forte : au-dessus de 20 % de pieds attaqués, chaque tranche de 10 % d'attaque supplémentaire entraîne une perte de 1,5 à 3 q/ha.

 

Un sol réchauffé pour les semis

Quant au retard pris dans les semis de cultures de printemps ? «Ce n’est pas forcément négatif. Les betteraves, par exemple, seront semées dans un sol bien réchauffé et le désherbage devrait être efficace.» Attention toutefois au risque puceron, dont le pic est annoncé début mai, soit en pleine période de sensibilité de la plante. «Le Teppeki, par exemple, qui est la référence, s’utilise en une seule application. Il faudra pouvoir bien la positionner.» L’outil «alerte pucerons» qu’a développé l’ITB est une aide pour cela. 

Enfin, qui dit pluie aujourd’hui ne signifie pas campagne d’irrigation sereine. «Cette eau ne recharge pas les nappes. Elle ne dispense pas d’un risque de sécheresse et de restrictions cet été.»

Un essai désherbage pédagogique

Pour David Boucher, la chimie seule ne suffit pas pour gérer les problèmes d’adventice. Les leviers agronomiques doivent être mobilisés.


Dans la parcelle d’essais désherbage de Saveuse, menée par le Groupe Carré, le ray-grass a davantage poussé que le blé. «Cet essai se veut surtout pédagogique, prévient David Boucher. La situation montre que la chimie seule ne suffit pas pour gérer les problèmes d’adventice. Les leviers agronomiques doivent être mobilisés.» Il s’agit ici d’une parcelle de blé sur blé, menée en TCS, avec un sérieux problème de ray-grass persistant. Un échantillon de cette graminée a été envoyé pour analyser sa résistance aux molécules au laboratoire Bayer. Il en ressort une totale résistance aux produits du groupe 1 (ACCase), du type Axial Pratic et Traxos Pratic, mais une légère résistance seulement aux sulfonylurées. «Cela veut dire que certains produits peuvent fonctionner si le traitement est positionné tôt, au stade 1 feuille.» Ce test, d’un coût de 600 € (valable pour 10 ha et pour cinq ans) peut-être rentabilisé vu le prix des produits phytosanitaires. Pour cette parcelle, la modalité en pré et post levée, avec quatre molécules différentes, a donné le meilleur résultat. «L’efficacité est de 95 %, mais on partait de tellement loin qu’on considère que c’est un échec agronomique. On devrait subir une perte de 30 quintaux, et avec ce qu’il reste, des milliers de graines de ray-grass seront à nouveau dispersées l’année prochaine.»
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