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Céréales
Semis de blé très tardifs : quelle conduite tenir ?

Le potentiel de rendement risque d’être plus faible du fait d’un cycle plus court et décalé vers des périodes plus exposées au stress hydrique et autres excès thermiques, d’une phase de tallage plus réduite et d’un enracinement plus superficiel.

Un blé semé courant janvier demeure un blé d’hiver, ce qui ouvre la possibilité de le désherber avec les herbicides habituellement appliqués à l’automne.
© V. Marmuse

Depuis octobre, les cumuls de précipitation sont à des niveaux records en Hauts-de-France (jusqu’à plus de 850 mm du 1/10 au 10/01 sur la zone la plus touchées dans le 62) : certaines parcelles étaient impraticables et de nombreux semis de céréales n’ont pas pu être réalisés aux périodes «classiques» (surtout car les récoltes de cultures de printemps n’étaient pas encore réalisées). Des créneaux de semis ont tout de même pu être trouvés en décembre et le retour du sec et du froid cette semaine va fournir une portance appréciable pour labourer et/ou semer. Pour tous ces emblavements tardifs, l’itinéraire technique devra être adapté.

En effet, le potentiel de rendement risque d’être plus faible (20 à 25 % de moins) du fait d’un cycle plus court et décalé vers des périodes plus exposées au stress hydrique et autres excès thermiques, d’une phase de tallage plus réduite et d’un enracinement plus superficiel. En revanche, la concurrence des adventices habituelles, le risque verse et la pression globale des maladies seront moins élevés.


Choisir une variété adaptée...


Il reste envisageable de semer un blé jusque mi-mars mais, à partir de janvier, il faut écarter les variétés typées hiver (note d’alternativité < 3) qui risquent d’être trop tardives pour réaliser leur cycle dans de bonnes conditions et pour lesquelles la perte de rendement peut-être très importante. On se tournera progressivement vers des variétés alternatives comme détaillé dans le tableau ci-contre.

À partir du 1er mars, les variétés implantées doivent être alternatives ou dites de printemps (note d’alternativité ≥ 7). Une variété non alternative semée au printemps risque de ne pas monter à épis ou d’épier trop tardivement si le printemps est chaud et que les besoins en vernalisation ne sont pas satisfaits. Ces recommandations doivent permettre d’assurer une montée à épi, sauf si scénario climatique très extrême. Elles ne garantissent évidemment pas d’un potentiel de rendement équivalent à un semis d’automne.

 

... et adapter la densité de semis

Les densités de semis doivent être soutenues pour compenser le faible tallage en semis tardif (même si les pertes à la levée sont normalement réduites). Il faut viser au moins 350 à 400 grains/m2 en limon. En sol superficiel et caillouteux, ces densités sont à majorer de 15 % environ.
 

Désherber dans de bonnes conditions

Seul point positif au retard des semis suite aux pluies, il contribue à réduire considérablement le risque de salissement en graminées «automnales». Néanmoins, les températures douces de décembre ont pu favoriser des levées tardives. On envisagera alors un désherbage de postlevée précoce dans les parcelles semées tardivement où l’on constate des levées de ray-grass ou de vulpins malgré le semis retardé. Dans ce cas, intervenir en bonnes conditions (pas de pluies abondantes annoncées dans les jours qui suivent l’application, pas d’amplitude thermique supérieure à 15°C et pas de gelées marquées) : il n’est pas nécessaire de stresser la culture avec un herbicide en plus. Cependant, dans les situations connues très difficiles, une prélevée simple est suffisante, voire à dose réduite pour limiter les risques de phytotoxicité. On peut ainsi préconiser CTU 2.5 + Compil 0.15, Défi 2.5 + Compil 0.15, ou encore Battle Delta 0.4...

Ces recommandations doivent permettre d’assurer une montée à épi, sauf si scénario climatique très extrême. Elles ne garantissent évidemment pas d’un potentiel de rendement équivalent à un semis d’automne. D’un point de vue réglementaire, le nouveau catalogue des usages, paru en août 2023, considère désormais comme céréale d’hiver les céréales semées avant le 1er février. Ainsi, un blé semé courant janvier demeure un blé d’hiver, ce qui ouvre la possibilité de le désherber avec les herbicides habituellement appliqués à l’automne. Toutefois, des précautions sont à prendre avec des spécialités dont l’AMM spécifie une interdiction d’application au-delà du 31 décembre (par exemple Merkur) ou pour lesquelles la firme mentionne explicitement des conditions d’emploi particulières.
Pour les semis qui seront réalisés à partir du 1er février, la culture devient «culture de printemps» du point de vue des usages phytosanitaires. Dans ce cas, la liste des herbicides possibles se restreint.

Attention aux apports d’azote

Tout d’abord, il conviendra d’ajuster la dose bilan au potentiel de rendement plus faible d’un semis très tardif. Aussi, les stades de ces blés vont naturellement être décalés dans le temps par rapport à un semis plus classique : il faudra impérativement observer les stades des parcelles pour réaliser les apports aux bons moments du cycle et ne pas apporter l’azote selon les dates calendaires «habituelles». Les conduites devront donc bien être différentes entre les blés semés début octobre et les blés semés en ce début 2024.
Par ailleurs, l’enracinement de ces blés sera plus faible, l’apport au tallage ne sera pas à négliger afin de répondre aux besoins des plantes et éviter les carences. Enfin, en raison des cumuls de pluies très élevés, le risque de carence en soufre (élément fortement lessivable) est plus élevé cette année : un apport sera très certainement à envisager, surtout sur les parcelles qui ne reçoivent pas d’apports réguliers de produits organiques.

Adapter la protection à une pression maladies plus faible

$Compte tenu de la date de semis, le risque piétin verse est négligeable et ne nécessite pas de traitement spécifique. Le risque est également réduit pour la septoriose et une intervention sera rarement utile avant le stade dernière feuille étalée. La rouille brune et la fusariose doivent être surveillées sur variétés sensibles en suivant le raisonnement habituel d’un semis d’automne.

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