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Séparation vente/conseil des phytos : surcoût pour les agriculteurs

Interview de Luc Vermersch, vice-président de la coopérative Noriap.

Luc Vermersch.
Luc Vermersch.
© F. G.



Quelle réaction suscite en vous la
dernière mouture de l’ordonnance ?
C’est du grand n’importe quoi. Cette ordonnance présente de grosses incohérences. Nous sommes stupéfaits par la brutalité du système et son extrémisme, d’autant que l’on est obligés de réduire les phytos, que l’on soit d’accord ou pas, et même si, en termes d’efficacité, c’est une hérésie. Mais c’est dans l’air du temps. De toute façon, la part des dépenses phytos dans nos comptes d’exploitation est amenée à diminuer, sans même que ne soit instaurée la séparation du conseil et de la vente de ces produits.

Quelles sont les incidences prévisibles de cette ordonnance, même si ce qui a été présenté n’est pas définitif ?
On relève d’ores et déjà de fortes incohérences. Pourquoi maintenir les CEPP alors que les coopératives ne pourraient plus faire de conseil ? Quant aux phytos, ce ne sont pas des produits que l’on va acheter n’importe où et quand on veut. Et qui va tenir les stocks ? Par ailleurs, la séparation de la vente et du conseil va impliquer une augmentation de la redevance de la pollution diffuse à compter du 1er janvier prochain. Pour un département comme la Somme, cela représente deux millions d’euros à la charge des agriculteurs. C’est inadmissible. De même, l’interdiction des remises, des rabais et des ristournes va avoir une influence à tous les niveaux, que ce soit entre la coopérative et ses clients, mais aussi à l’étage de dessus, soit les firmes. Bien qu’il soit difficile de quantifier le surcoût, on peut s’y attendre. A noter, d’ailleurs, à ce sujet, que l’on n’entend pas ces dernières s’exprimer. Pourquoi, selon vous ? Dernier point, cela aura aussi une incidence sur les emplois des technico-commerciaux. Mais, pour l’heure, chez nous, on n’en sait franchement rien. Seule certitude : leur métier sera amené à changer. Pour finir, sans préjuger du bienfait et de la réussite de l’objectif visé par le texte, ce qui semble se profiler va entraîner un chaos à court terme.

A défaut d’avoir choisi, quels sont les scénarios à l’étude chez Noriap ?
Nous n’avons rien choisi pour le moment, car on ne sait rien de précis, mais on y réfléchit. Si on choisit le conseil plutôt que la vente, on n’aura plus la ressource. Notre marge globale va diminuer, ce qui implique qu’il y aura un conseil payant, une marge faite sur les céréales plus importante et moins de personnel. Ce qui est sûr, c’est que cela va coûter plus cher aux agriculteurs. Si on doit choisir, ce sera plutôt le conseil, mais je dis cela à l’heure où je vous parle. On attend vraiment de voir ce qui va sortir.

En termes d’approvisionnement, quelles seront les conséquences ?
Cela remet en cause tout ce qui était en place, soit des producteurs regroupés qui s’organisent pour tester et optimiser des solutions et des soins aux cultures, mais aussi pour négocier des prix et des volumes auprès des fabricants. Si on attend que le mildiou se déclenche dans les champs pour acheter les produits phytos nécessaires, ça va coincer. Il faut savoir que les fabricants ne font pas tourner leurs usines tout le temps. Qui va, demain, sécuriser les approvisionnements ? On ne sait pas. Il y aura, à l’évidence, des problèmes de mise à disposition des produits dans les délais. En ne faisant plus de la vente, que vont devenir nos bâtiments d’achat et de stockage ? Sans compter le surenchérissement des produits phytos auquel on peut s’attendre. L’ironie du sort, c’est que cette ordonnance va à l’encontre de l’esprit des EGA, qui demandaient aux agriculteurs de s’organiser.

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