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Ses arbres, réservoir de biodiversité… et source de revenus

À Herleville, en plein Santerre, Gonzague Proot mène un projet agroforestier particulier. En plus des atouts environnementaux, les espèces fruitières assureront une activité saisonnière complémentaire.

Améliorer la fertilité du sol, reconstituer une trame écologique en faveur de la biodiversité, stocker du carbone, lutter contre l’érosion… Et aussi, assurer une récolte supplémentaire. Le projet agroforestier de Gonzague Proot est optimisé jusqu’au bout des feuilles. Ou plutôt des fruits. 

L’agriculteur a repris la ferme familiale d’Herleville en 1997, et a planté les premiers arbres quelques années après. «L’exploitation n’a plus rien à voir avec ce qu’elle était à l’époque. Les 139 ha sont convertis en bio depuis 2010. Un atelier d’élevage de salers a été créé la même année.» Un tiers de la surface est désormais fourragère, dont des prairies temporaires, pour l’alimentation du troupeau de trente-cinq mères. Les deux autres tiers sont des céréales et des légumes (pommes de terre, potimarron, pois de conserve…). «Tout l’assolement a été revu, avec des parcelles plus petites, pour assurer des rotations plus longues», explique-t-il. 

La Ferme de la biodiversité ne porterait pas si bien son nom sans arbres. Cinq kilomètres de haies champêtres ont été mises en terre il y a six ans. Et cet hiver, grâce aux 14 000 € remportés dans le cadre de sa nomination au concours Ferme d’avenir (cf. encadré), quatre autres kilomètres sont mis en terre. «Il s’agit cette fois, en plus des atouts environnementaux, d’en tirer une production», explique Gonzague. Pas question, cependant, de planter une ligne entière d’une même variété. «Plus on mélange les espèces, plus c’est riche de biodiversité. La transmission de maladies est aussi limitée.»

 

Allier écologie et économie

La pratique a pourtant vite rattrapé l’agriculteur. «Au départ, je pensais planter toutes sortes de variétés pour toutes sortes de productions. Mais l’équilibre économique doit aussi être trouvé. Chaque petite framboise, par exemple, se cueille à la main. La récolte impliquera une  main-d’œuvre qu’il faut mesurer.» Le choix s’est donc porté sur trois types de haies, chacune plantée en deux lignes séparées de quelques mètres : un mélange de pommiers et de buissons, un mélange de poiriers et de buissons, et un mélange de fruits rouges (framboises, cassis, groseilles et groseilles à maquereau), de pommiers et de buissons. «Les récoltes auront lieu au printemps pour les fruits rouges, et en début d’automne pour les pommes et poires. De quoi répartir la charge de travail.» Le tout sera proposé à la vente en directe, auprès des clients de la viande en caissettes. 

Le choix des essences s’est aussi révélé complexe. «Il existe environ cinq-mille essences différentes !»
Les pommiers reinette des capucins, cabarette, et belle fleur simple, ou encore les poiriers comtesse de Paris et poire à Clément ont été sélectionnés pour leur rusticité, leur adaptation au terroir et, évidemment, la qualité gustative de leurs fruits. Il a également fallu étudier le parcellaire. Le sens de culture a changé, puisque les parcelles ont été redivisées dans un axe Nord-Sud, «pour optimiser l’ombre». L’objectif de l’agriculteur est d’obtenir des surfaces de 5 ha maximum. «On estime que la biodiversité profite des bienfaits d’une haie à hauteur de 50 m de chaque côté de celle-ci, soit 100 m en tout. 100 m multiplié par 4 km linéaire vaut 5 ha», a-t-il calculé. 

 

Du bien-être pour les animaux

Entre autres avantages, ces arbres apporteront un bien-être supplémentaire aux animaux d’élevage, dont l’aire de pâturage change tous les trois ans. «Les vaches profiteront des zones d’ombres et d’un effet brise-vent.» Elles n’auront cependant pas accès aux pieds, car une clôture est installée pour protéger les arbres. Comme Gonzague aime optimiser l’espace, il pense à un élevage supplémentaire pour pâturer cette longue bande d’herbe entre deux haies. «Pourquoi pas des oies ? Cette espèce me plaît bien.» Les premiers fruits, eux, pourront être récoltés dans deux ans. 

 

Fermes d’avenir, un réseau d’exploitations agroécologiques

Engagé dans une démarche de progrès en agroécologie ? Vous pourriez vous reconnaître dans le réseau des Fermes d’avenir. L’association souhaite «regrouper, faire connaître et défendre les intérêts des fermes qui relèvent les défis agricoles et alimentaires actuels», est-il expliqué sur son site internet.  Le terme «agroécologie», définit ici tout modèle - ferme ou système alimentaire territorial - qui répond aux défis sociaux, économiques et environnementaux liés à l’alimentation et l’agriculture. 

Fermes d’avenir apporte une visibilité des fermes grâce à une cartographie digitale et l’envoi d’un kit de communication. Une équipe d’agronomes peut accompagner les projets. Le réseau propose même un accès exclusif au congé solidaire, un programme de mise à disposition d’un salarié bénévole à la ferme pendant quinze jours pour aider à avancer un projet (marketing, commercial, logistique, etc.). Chaque année, les journées Fermes d’avenir sont organisées, ainsi que des appels à projet et un concours annuel. La Ferme du développement durable de Gonzague Proot était la lauréate 2019. «Au carrefour des attentes sociales et environnementales, il s’efforce de proposer des réponses réalistes et pérennes aux impasses qui menacent l’agriculture productiviste et irrespectueuse de la  biodiversité», a remarqué le jury. 

La Fleur représente, au travers de ses pétales, douze défis agroécologiques  auxquels l’agriculture et l’alimentation doivent répondre. 
La Fleur représente, au travers de ses pétales, douze défis agroécologiques auxquels l’agriculture et l’alimentation doivent répondre.
© fermesdavenir.org
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