Médias
« Sur le Front » : une mécanique du soupçon au service de l'audience ?
Le 30 mars, France 5 a diffusé un nouveau numéro de l’émission Sur le front, intitulé « Que se passe-t-il dans nos champs ? ». Ce reportage s'apparente moins à une enquête journalistique qu’à une opération de propagande orchestrée autour des leviers classiques du sensationnalisme : la peur et l’émotion brutes. Sous couvert d’information, Hugo Clément déploie une panoplie de techniques destinées à désigner l’agriculture comme coupable de tous les maux.
Le 30 mars, France 5 a diffusé un nouveau numéro de l’émission Sur le front, intitulé « Que se passe-t-il dans nos champs ? ». Ce reportage s'apparente moins à une enquête journalistique qu’à une opération de propagande orchestrée autour des leviers classiques du sensationnalisme : la peur et l’émotion brutes. Sous couvert d’information, Hugo Clément déploie une panoplie de techniques destinées à désigner l’agriculture comme coupable de tous les maux.
Le premier levier est sonore : l’usage systématique d’une musique angoissante dès qu’il s’agit d’évoquer les pratiques conventionnelles ou les pesticides. Ce procédé, couplé à une mise en scène façon « Tintin » avec caméras cachées, vise à faire croire au téléspectateur que les agriculteurs dissimulent des pratiques illégales, notamment sur l’usage du glyphosate. Or, le reportage omet volontairement de contextualiser les faits. Par exemple, si des résistances comme celle du ray-grass aux herbicides apparaissent, elles sont documentées par la science (Inrae, Arvalis) comme étant le résultat de la diminution des molécules autorisées, ce qui limite les rotations possibles. Hugo Clément préfère y voir une « diablerie » intrinsèque à la chimie.
Détournement
L’émission excelle en outre dans l'instrumentalisation du pathos. En filmant des parents éplorés par le cancer pédiatrique dans la plaine d’Aunis, l’animateur établit un lien de causalité direct avec les pesticides qu’aucune étude scientifique n’a pourtant formellement prouvé à ce jour. Cette stratégie de « l’émotion contre les faits » occulte les réalités nuancées des autorités sanitaires (ARS, Santé publique France), qui parlent d’excès de risque sans pouvoir isoler une cause unique. De même, le détournement des travaux scientifiques sur l’Aspergillus fumigatus (un champignon responsable chez l’homme de maladies comme l'aspergillose bronchopulmonaire et l'aspergillome) est flagrant : l’émission pointe l’agriculture alors que les sols de grandes cultures sont qualifiés de « points froids » de résistance par les chercheurs, contrairement aux composts urbains ou aux serres de fleurs.
Captages fermés
Enfin, l’émission jour sur le mépris des réalités économiques est total. Le présentateur écologiste (qui peine à cacher son militantisme écologiste) présente des solutions « miracles » sans jamais en évoquer le coût exorbitant pour l’exploitant, comme ce robot de désherbage à 200 000 euros. Il oppose des modèles pédagogiques non viables économiquement à la nécessité de nourrir 67 millions de Français.
Même sur la question de l’eau, le chiffre de « 200 captages fermés » est jeté sans préciser qu’il s’agit de dépassements réglementaires et non de seuils toxicologiques, lesquels ne concernent en réalité que 0,0018 % de la population.
Un service public financé par les impôts des agriculteurs ne mériterait-il pas plus d’honnêteté et moins de militantisme anxiogène ?
En tout état de cause, les réactions ont été vives dans le milieu agricole et aussi journalistique, avec des réactions virulentes de la part de Jean-Paul Pelras et de Géraldine Woessner (Le Point) qui a dénoncé « une modèle de manipulation par omission »…