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Tribune
Sylvie Brunel : « Il ne faut pas désagriculturaliser la France comme elle a été désindustrialisée ! »

Dans une tribune publiée le 20 avril dans FigaroVox, la géographe Sylvie Brunel appelle à protéger et à venir en aide à l’agriculture française, qui est un secteur stratégique essentiel pour l’avenir du pays.

Avenir
© Pixabay

« Ces derniers jours, nous avons vu les paysans français mobiliser des moyens aussi coûteux que colossaux pour combattre en vain un gel tardif, qui vient d’anéantir les vignes et les vergers, compromettant les récoltes à venir. Pourrons-nous manger français cet été ? Pourtant, et le président de la République l’a rappelé en cette période de pandémie : déléguer à d’autres notre souveraineté alimentaire crée une dépendance dangereuse. L’arme de la faim reste une réalité dans le monde d’aujourd’hui, où peu de pays exportent alors que beaucoup doivent importer leur nourriture. Conserver une agriculture nourricière et performante est une nécessité pour notre pays. Or nous avons une chance inouïe : façonnant les deux tiers du territoire avec des paysages de qualité, deuxième employeur de France, produisant une nourriture saine, belle, bonne et variée à des prix accessibles, avec des méthodes d’exploitation qui sont d’abord et avant tout familiales, notre agriculture coche toutes les bonnes cases ! C’est un fleuron de la puissance française, sur un territoire pourtant bien exigu comparé aux mastodontes de l’agriculture mondiale.

Les paysans : premiers artisans de notre santé

Ce bien précieux, il nous faut le soigner et le préserver. Ne pas « désagriculturaliser » la France comme elle a été désindustrialisée. Ne pas renvoyer les paysans à la pénibilité en leur imposant des conditions de travail dont nous ne voudrions pas pour nous-mêmes, comme leur demander de travailler la nuit ou de se priver des mesures de protection face à ces ravageurs dont notre santé paie lourdement le prix. Pourtant, les agriculteurs peinent souvent à nous faire connaître les contraintes de leur métier. Alors qu’ils sont les véritables chevaliers de la lutte contre le changement climatique, des chevaliers trop discrets souvent pour que nous connaissions tous les efforts qu’ils mènent dans leurs exploitations pour répondre à nos attentes contradictoires : nous voulons des aliments parfaits et sûrs, qui aient été élaborés dans le plus grand respect des paysages, des sols, du bien-être animal, de la planète. Mais nous attendons aussi de notre nourriture qu’elle reste accessible quand la pandémie a fait basculer un million de personnes dans la pauvreté en France, portant à dix millions le nombre de ceux qui ne peuvent plus faire trois repas corrects par jour. Quel que soit leur modèle agricole, les paysans de France sont les premiers artisans de notre santé et de notre indépendance économique, mais aussi de notre écologie quotidienne. Ils produisent 20 % de l’énergie renouvelable française. Leurs prairies, vergers, bocages, haies entretiennent la biodiversité en captant les gaz à effet de serre, ce qui permet de lutter contre le changement climatique.

Reconnaissance et respect

Mais nous avons à leur encontre trop de critiques et trop d’idées reçues : qui sait qu’un champ de maïs est une infrastructure agroécologique de premier plan, qui demande peu de traitements, capte le maximum de CO2 sans épuiser les sols, et utilise l’eau qu’elle reçoit pour produire une quantité incomparable de matière végétale utilisable de mille façons possibles, y compris en chimie verte ? Le « biosourcé », issu du végétal, pour remplacer les énergies carbonées, c’est l’avenir de l’écologie !Il ne faut pas opposer les modèles agricoles, mais les associer : nos terroirs sont si variés que toutes les formes d’agriculture peuvent y trouver leur place. L’agriculture française, toujours familiale, est une agriculture durable, par ses méthodes très exigeantes, les paysages qu’elle produit, qui font de notre pays la première terre d’accueil des touristes dans le monde. Même si nous aimons nos campagnes, nous ne reviendrons pas tous cultiver la terre ! Partout dans le monde, et surtout dans les pays pauvres, le prix de la nourriture conditionne la paix sociale. Bien sûr, l’agriculture doit être écologiquement responsable, mais sans renvoyer le paysan à la pénibilité et à la précarité : les méthodes les plus modernes doivent être mobilisées. Et pour le faire, il faut des moyens, de la reconnaissance, du respect. Notre agriculture est stratégique, ceux qui la mettent en œuvre au quotidien méritent tout notre soutien. » 

Sylvie Brunel est géographe, écrivain, professeur à Sorbonne Université, ancienne Présidente d’Action contre la Faim. Elle vient de publier Pourquoi les paysans vont sauver le monde (Harper Collins).

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