Action syndicale
Tracteurs à Amiens, «la mobilisation comme dernier espoir»
Ils avaient prévenu. Après les feux de colère et les alertes répétées, les agriculteurs de la Somme sont montés d’un cran. Mercredi 7 janvier, la FDSEA et les Jeunes agriculteurs se mobilisaient massivement à Amiens pour exiger des décisions immédiates et concrètes. Pour certains, il s’agissait de la manifestation «du dernier espoir».
Ils avaient prévenu. Après les feux de colère et les alertes répétées, les agriculteurs de la Somme sont montés d’un cran. Mercredi 7 janvier, la FDSEA et les Jeunes agriculteurs se mobilisaient massivement à Amiens pour exiger des décisions immédiates et concrètes. Pour certains, il s’agissait de la manifestation «du dernier espoir».
«Il y a deux ans, on sortait les tracteurs pour dénoncer le mal-être agricole. On obtenait des promesses du gouvernement. Mais elles n’ont pas été tenues. Pour moi, la mobilisation d’aujourd’hui est celle du dernier espoir», livre Benoît Beugnet. Ce 7 janvier, le fils d’agriculteur à La-Chaussée-Tirancourt répondait à l’appel de la FDSEA de la Somme et des Jeunes agriculteurs. Après les «feux de la colère» les 5 et 6 janvier dans la campagne, sans réponse à la hauteur des enjeux, une nouvelle étape de mobilisation était décidée avec une convergence de tracteurs et d’exploitants vers le cœur d’Amiens.
Les syndicats jugent la colère immense, profonde et largement partagée, nourrie par des années d’accumulation de contraintes réglementaires, de distorsions de concurrence et d’incohérences politiques qui fragilisent chaque jour davantage les exploitations agricoles. La principale motivation de Benoît Beugnet est le «rejet ferme et définitif de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur» scandé par FDSEA et JA. «On ne veut pas que des produits agricoles qui ne respectent pas les normes sanitaires, environnementales et sociales qui nous sont imposées viennent déstabiliser le marché.» Le MACF (Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières), qui pourrait induire une lourde taxe sur les engrais, lui fait aussi peur. Les syndicats réclament d’ailleurs sa suspension et un engagement clair de l’État pour le développement de filières françaises et européennes d’engrais. «On produit déjà du blé à perte avec les cours actuels. Si le prix des intrants augmente encore, il n’y aura aucune finalité.» Des revendications que partage son ami Julien Porquier, dont la ferme familiale est à Tours-en-Vimeu. «On nous rajoute toujours des contraintes, et jamais aucune mesure ne nous permet d’aller mieux», regrette-t-il. À 23 et 24 ans, les passionnés d’agriculture espèrent mener leur projet d’installation, mais craignent pour leur avenir. «Un tel endettement vaut-il vraiment le coup ?»
Pac, PAR 7, eau…
Outre le Mercosur et le MACF, les syndicats réclament un budget de la Pac maintenu en valeur réelle, intégrant l’inflation, condition indispensable à la compétitivité et à la viabilité des exploitations. Ils demandent également l’abrogation du PAN et du PAR 7, jugés déconnectés des réalités agronomiques et territoriales, et la mise en place de plans d’action par bassin versant, garantissant un accès à l’eau équitable, durable et sécurisé pour l’agriculture. Ils demandent aussi le lancement immédiat des travaux sur les plans et contrats d’avenir, afin de permettre à l’agriculture française de s’adapter concrètement au changement climatique.
Une loi d’exception pour l’agriculture
Enfin, et surtout, la mobilisation visait à dénoncer «l’immobilisme réglementaire». Les agriculteurs attendent toujours les décrets d’application des lois Duplomb-Ménonville et de la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations. Sans ces textes, préviennent-ils, les annonces restent lettre morte et les projets d’installation, de transmission et d’investissement sont à l’arrêt.
FDSEA et JA de la Somme disent soutenir la demande de la FNSEA qui consiste à mettre en place une loi d’exception pour l’agriculture, sur le modèle de celle adoptée pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Objectif : lever les verrous réglementaires, redonner de la visibilité et fixer un cap clair. Autant de demandes auxquelles le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis, mardi 6 janvier, d’apporter des réponses d’ici le vendredi 9 janvier. Les agriculteurs promettent, eux, de maintenir la pression pour être entendus.