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Un chemin sinueux vers l’autonomie alimentaire du troupeau laitier

Aline et Sébastien Catoir, installés à Conteville (76), ont entamé une démarche d’autonomie alimentaire de leur troupeau laitier il y a trois ans. Un pari sur l’avenir néanmoins délicat. 

Le premier travail pour aller vers l’autonomie alimentaire a été la création d’un chemin d’accès  aux pâtures et le découpage en parcs pour le pâturage tournant dynamique.
Le premier travail pour aller vers l’autonomie alimentaire a été la création d’un chemin d’accès aux pâtures et le découpage en parcs pour le pâturage tournant dynamique.
© Alix Penichou

Tourner le dos au soja cultivé grâce à la déforestation, répondre aux attentes sociétales, ne pas dépendre des fluctuations des prix d’achat de concentrés… Tous ces arguments ont amené Aline et Sébastien Catoir, éleveurs laitiers à Conteville, en Seine-Maritime, à se diriger vers l’autonomie alimentaire de leur troupeau de cinquante-cinq vaches, qui produisent 550 000 l de lait, au sein de leur exploitation de 120 ha dont 30 ha de prairies permanentes. «Notre laiterie, Danone, nous a permis de réaliser un Cap’2ER (Calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants) en 2017, dans le cadre de son programme Les deux pieds sur terre, pour amener les éleveurs à réduire leur empreinte carbone. Une meilleure valorisation du pâturage faisait partie des leviers qui sont ressortis», témoigne Aline. 

Cette piste a donc été la première travaillée. «Nous avons créé un chemin stabilisé de 500 m de long sur 2 m de large pour pouvoir sortir les animaux plus tôt au printemps et plus tard l’automne. Nous avons aussi redécoupé les 10 ha de pâtures accessibles aux VL pour mettre en place un vrai système de pâturage tournant dynamique.» Le troupeau peut désormais sortir de mars à décembre, selon les conditions météo. Les 10 ha sont découpés en 17 parcs d’environ 60 ares chacun, équipés d’un bac à eau tous les deux parcs. La rotation est quotidienne. Avant chaque première mise à l’herbe, les éleveurs pratiquent le topping, une fauche avant pâture qui permet de gérer l’épiaison et les refus, et de maintenir une bonne dynamique de pousse. Le soir, les vaches rentrent seules pour la traite, grâce à un système d’ouverture automatique de la porte. «Notre système de pâturage fonctionne bien. L’herbe est appétante, avec peu de refus, et nous parvenons à une régularité dans la production. La surface est néanmoins un peu juste pour la taille de notre troupeau», analysent-ils. 

 

Des aliments autoproduits

Aline et Sébastien ont ensuite poussé plus loin le bouchon de l’autonomie alimentaire. «Quand on choisit une voie, il faut y aller à fond si on veut du résultat», assure Aline. Les veaux sont désormais nourris à l’épeautre, qui présente «un grain vêtu qui favorise la rumination», et au lait des vaches. La ration du troupeau est en grande partie constituée des productions de la ferme. Du foin est réalisé dans les prairies permanentes. Une partie du concentré est substitué par 80 t de blé et d’orge. Le blé est broyé et traité à l’urée et à l’eau. «Cette opération rend le blé assimilable. Il est équilibré en énergie et en azote, riche en protéines, et avec un pH stabilisé à 9, il n’y a pas de risque d’acidose», précise Sébastien. 

Une partie du concentré est substitué par du blé produit sur l’exploitation, broyé et traité à l’urée et à l’eau.

12 ha de méteil fourrager protéagineux (féverole, vesce commune, triticale, trèfle et pois fourragers) sont cultivés, et 20 ha de méteil sont produits en dérobée (féverole, vesce velue, avoine, trèfle et pois fourragers), avant du maïs épis. Ce maïs épis est précieux pour l’équilibre alimentaire, car plus concentré que du maïs ensilage. Ces productions apportent une complémentarité culture-élevage, d’autant que l’exploitation est en système non labour depuis 2000. «Le méteil aide à la structuration du sol. Quant au maïs, seul l’épi est récolté. Le reste est restitué et apporte de la matière organique au sol», note Aline. Pour le stockage, un investissement a été nécessaire pour couper en deux un silo dans le sens de la longueur : «le front d’attaque a été réduit, ce qui permet une meilleure conservation.»

Le silo a été coupé en deux pour une meilleure conservation de la récolte de méteil et de maïs épis.

Principal frein : les printemps secs 

Si la stratégie d’Aline et Sébastien est parfaite en théorie, la pratique est cependant plus délicate. Le raisonnement implique une charge de travail plus grande. «Surtout, depuis deux ans, les conditions météo, avec des printemps très secs, ne nous aident pas.» L’année dernière, les semis de maïs ont été réalisé le 20 mai, puisqu’il fallait laisser le temps au méteil en dérobée de se développer. «Au 10 août, il mourrait de soif», se désole Aline. 50 % du rendement escompté a été atteint. «Nous avons bénéficié de l’assurance aléas climatiques et avons acheté de la purée et des pommes de terre pour compléter la ration. Ça nous a dépanné, mais ce n’est pas l’esprit de l’autonomie alimentaire.» Le méteil en culture, lui, a été récolté le 30 juin, en coupe directe, à 22 % de MS. «L’objectif est 30 %, mais attendre plus, c’était perdre de la valeur alimentaire.» Cette année encore, l’inquiétude plane car les méteils sont deux fois moins hauts que ce qu’ils devraient être. Le froid est en cause. Fin avril, les maïs n’étaient toujours pas semés. 

Le résultat est tout de même encourageant : 1,8 à 2 kg d’aliments achetés composent la ration hivernale contre 4 kg auparavant, avec une production identique, voire supérieure. «Après vêlage, elles ont atteint un pic de production à 36 kg/VL de moyenne.» Les éleveurs adapteront leur raisonnement en fonction des résultats de cette année. 

 

Différentes voies possibles 

L’autonomie alimentaire en troupeau laitier ? «Différentes voies sont possibles pour avancer dans ce sens. Le plus compliqué est d’atteindre l’autonomie protéique», précisé Anthony Chemin, ingénieur conseil en élevage laitier à la Chambre d’agriculture de la Somme. Pour lui, la réflexion doit être menée à l’échelle de l’exploitation. «L’envie, la capacité de stockage ou encore l’’économie doivent entrer en compte. Il est parfois dommage de perdre le potentiel d’une culture de vente pour produire du fourrage. Mais l’autonomie alimentaire permet de lisser les charges.» Avec un coût de 15 €/1 000 l de lait pour les correcteurs azotés, le sujet vaut le coût d’être réfléchi. 
Pour atteindre cette autonomie, des éleveurs optent pour la culture de luzerne, implantée pour quatre ou cinq ans, qui peut faire l’objet d’une Maec (Mesure agro-environnementale et climatique). Les cultures de ray-grass ou de trèfle semences s’intègrent bien dans un système polyculture-élevage, puisque la première coupe, nécessaire, est valorisée par le troupeau. Le méteil, en culture ou en dérobée, est aussi beaucoup pratiqué. «Mais avec les conditions climatiques de plus en plus sèches au printemps, le système dérobée devient compliqué», prévient Anthony Chemin. Autre voie envisageable : l’affouragement en vert, qui consiste à apporter l’herbe directement dans l’auge des vaches. Enfin, le pâturage doit être optimisé le plus possible. «Une récolte peut être réalisée avant. Le pâturage tournant dynamique pour les laitières a fait ses preuves.» Pour l’expert, ce travail vers l’autonomie est «un projet de carrière», qui doit être individualisé.
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