AGROÉCOLOGIE
Un duo père/fille de la Baie de Somme, en lice pour le titre en prairies naturelles
Benoît et Diane Maquigny, gérants de l’exploitation Beaumer, à Woignarue, en Baie de Somme, sont finalistes du Concours général agricole dans la catégorie Prairies naturelles et Parcours. En attendant le verdict du jury, retour sur leur parcelle écologique et leur envie de préserver le paysage local.
Benoît et Diane Maquigny, gérants de l’exploitation Beaumer, à Woignarue, en Baie de Somme, sont finalistes du Concours général agricole dans la catégorie Prairies naturelles et Parcours. En attendant le verdict du jury, retour sur leur parcelle écologique et leur envie de préserver le paysage local.
«Notre parcelle représente bien le territoire de la Plaine maritime picarde.» Benoît et Diane Maquigny représenteront la Somme au Concours général agricole dans la catégorie Prairies naturelles et Parcours. Le gagnant sera annoncé le 25 février, au Sia. Ce duo père/fille gère la SCEA de Beaumer, une exploitation familiale de polyculture-élevage, présente depuis quatre générations, à Woignarue. Au total, elle s’étend sur 195 hectares, comprenant 130 ha de céréales (blé, maïs, lin), 32 ha de cultures industrielles (betteraves, pois de conserve) et 29 ha de prairies (dont luzerne). Cinquante vaches laitières et allaitantes sont également présentes. Conseillère en agroforesterie indépendante, Diane a encouragé son père à présenter une parcelle de 3,7 hectares au jury. «Ces prairies sont peu perturbées puisque nous les fauchons tardivement dans le cadre des MAE (Mesures agro-environnementales). Nous n’utilisons ni produits phytosanitaires ni fertilisation azotée», explique-t-elle. La jeune femme porte également un projet de plantation de haies et d’arbres sur la ferme.
Avant de devenir finaliste, la parcelle a été évaluée en juin dernier par un jury pluridisciplinaire : botanistes, membres du Conservatoire du littoral et de la Chambre d’agriculture, etc. Ces experts ont retenu plusieurs points forts, comme une très grande diversité floristique, un potentiel mellifère ou encore des intérêts diversifiés pour la biodiversité. «Une cinquantaine d’espèces y ont été recensées, dont deux protégées. Les prairies sont situées autour d’une hutte dans le marais de Putracourt, classé site Ramsar», souligne Benoît. Toutes ces pratiques agroécologiques s’inscrivent dans un esprit de préservation de l’environnement. «Notre volonté est de protéger nos sols de l’érosion et de favoriser le gibier de petite plaine en créant des corridors écologiques. Nous voulons entretenir la faune et la flore, et surtout la développer», précise Diane. Son père, Benoît, ajoute : «Avant, l’agriculture, c’était surtout nourrir le plus grand nombre de personnes. Maintenant, je pense qu’elle a une nouvelle mission, celle de restaurer les paysages locaux.»
Pour les Maquigny, opter pour l’agroécologie sonne aussi comme un moyen de faire face au dérèglement climatique et à ses aléas. «En Baie de Somme, il va falloir faire face à la fragilisation de la digue. Si la mer venait à entrer sur nos terres, 56 ha pourraient être menacés. D’un autre côté, il y a la sécheresse qui s’intensifie également», s’inquiète Diane. Afin de mener à bien ses projets d’agroforesterie, l’exploitation de Beaumer bénéficie d’un financement intégral de la part d’Earthworm. L’organisme collabore d’ailleurs avec divers groupes tels que Nestlé ou Purina, et s’appuie sur la coopérative Noriap, via laquelle la ferme commercialise son blé. Cet accompagnement s’inscrit dans un engagement sur cinq années, avec suivi régulier. Il permet tout de même une certaine liberté dans le choix des essences d’arbres, des haies et des variétés fruitières à planter. Néanmoins, toutes ces initiatives ne se traduisent pas forcément par un gain immédiat. «Notre parcelle agroécologique reste quand même une exception, on ne peut pas faire cela sur tous nos hectares. Le tout est de trouver un équilibre entre volonté écologique et viabilité financière», précise Diane Maquigny.
De nouveaux projets
Pour le duo père/fille, transmettre leur vocation à travers divers projets est nécessaire. Cette année, 2,5 kilomètres de haies ont été plantés, dont des haies fruitières en collaboration avec les écoles locales et la Fédération des chasseurs. L’objectif est de partager autour d’eux le rôle de la biodiversité dans une agriculture durable. Les gérants de l’exploitation ont d’autres projets. «On aimerait installer des ruches pour favoriser la pollinisation et aussi recréer du bocage, comme à l’époque de mes parents», indique Benoît. Avec sa fille, ils envisagent la production de plaquettes agroforestières, un bois déchiqueté issu des haies et des arbres de la ferme. «Dans le cas où nous y parviendrions, nous aimerions pouvoir chauffer la ferme, mais aussi, pourquoi pas, l’école et la commune», se projette Diane.