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«Un élevage durable, c’est quoi ?»

À l’initiative de l’interprofession bétail et viandes (Interbev), plusieurs ministres européens de l’Agriculture, des eurodéputés ainsi que des scientifiques ont appelé à une définition plus claire de la notion de «durabilité» en élevage. 

Un élevage durable serait extensif, herbager, qui joue un rôle économique, qui crée des emplois, qui entretient les paysages  et participe à l’absorption du carbone.
Un élevage durable serait extensif, herbager, qui joue un rôle économique, qui crée des emplois, qui entretient les paysages et participe à l’absorption du carbone.
© Pixabay

Cette demande de clarification intervient au moment où ce secteur n’a pas été exempt de critiques à l’occasion du verdissement des politiques agricoles européennes. Jean-François Guihard, président d’Interbev, l’a d’ailleurs rappelé en introduction : «Ce n’est pas la transition écologique qui fait peur. Ce que nous déplorons, c’est l’absence de vision assumée, l’incohérence des décisions et des politiques publiques, ainsi que les injonctions parfois contradictoires qui brouillent nos perspectives d’avenir. Nous souhaitons définir collectivement ce que sont les systèmes de production de viandes durables au sein de l’Union européenne», a-t-il affirmé.

 

Rémunération

Dacian Ciolos, eurodéputé et ancien commissaire européen à l’Agriculture, explique ces incohérences par les «bagarres entre la direction générale (DG) agriculture et la DG environnement» et appelle «à une meilleure coordination entre l’agriculture, l’environnement, la santé et le commerce.» De son côté, José Manuel Roche Ramos, éleveur en Aragon et membre du Comité économique et social européen, a décrit ce sur quoi tous les participants ont semblé s’accorder, «un élevage durable c’est un élevage extensif, herbager. Un modèle exemplaire qui joue un rôle économique, qui crée des emplois, qui entretient les paysages et participe à l’absorption du carbone.» Une définition que n’a pas reniée Jérémy Decerle, eurodéputé, qui a insisté sur le «modèle familial» de ce type d’élevage. Humberto Delgado Rosa, directeur de la biodiversité à la DG environnement a précisé, a contrario, ce que n’est pas l’élevage durable : «celui où il y a concentration d’animaux nourris avec des produits importés» tout en reconnaissant «qu’il faut rémunérer les aspects positifs de l’élevage.» Pascal Canfin, président de la Commission environnement au Parlement européen, a insisté «sur le besoin de dépolariser le sujet, de sortir de l’idéologie et d’être plus pragmatique,» tout en soulignant «les convergences entre Interbev et la DG environnement». À cet égard, il a évoqué les espoirs portés par «la culture du carbone, pour fixer le gaz carbonique dans les sols. C’est gratuit aujourd’hui, mais demain la rémunération pourrait apporter 50 € la tonne aux éleveurs. Il faut intégrer le marché du carbone à la future Pac.» 

 

Réciprocité des normes 

Benoit Lutgen, eurodéputé belge, s’est élevé contre la proposition de la Commission de classer les élevages de plus de 150 UGB dans la directive relative aux émissions industrielles (directive IED). «On se bat pour défendre une agriculture de qualité, familiale et liée au sol, et que dit la Commission ? Que notre agriculture européenne est industrielle.» Parmi les incohérences évoquées, l’impatience de la Commission à signer des accords commerciaux, notamment, avec le Mercosur. À ce sujet, les participants se sont félicités de la mise en place de «clauses miroirs» par la présidence française. Jean-Luc Angot, président honoraire de l’Académie vétérinaire de France, a rappelé «qu’il y a encore un énorme chemin à parcourir pour mettre en place la réciprocité des normes.» Cela concerne les pesticides, l’utilisation d’antibiotiques comme activateurs de croissance. «Les importations ne doivent pas détruire la biodiversité, participer à la déforestation et à la souffrance animale», a-t-il souligné.

En conclusion, Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture, a insisté sur «le rôle de l’élevage pour décarboner, pour débroussailler, pour enrichir la biodiversité». Pour lui, «nous sommes à la croisée des chemins, ces services, il faut les rémunérer (…) La transition écologique est possible mais compliquée», a-t-il poursuivi, «il faudra prendre en compte les conditions de travail, la possibilité de transmettre ces exploitations». S’adressant à des jeunes étudiants en BTS production animale de Brioude, présents à ce colloque, il a rappelé que ces métiers, «en relation au vivant, au carbone, aux paysages, à la biodiversité, ont un sens. Mais si l’élevage est une passion, ce ne doit pas être un sacrifice».

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