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Un projet d’entreprise «offensif» pour les chambres d’agriculture

Françoise Crété, présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme.
Françoise Crété, présidente de la Chambre d’agriculture de la Somme.
© V. F.

Le 30 août 2019, un bureau de la Chambre d’agriculture régionale des Hauts-de-France s’est prononcé pour l’étude d’un scénario de fusion des chambres départementales avec la chambre régionale pour constituer une chambre d’agriculture de région, sans recueillir l’avis favorable de la Chambre d’agriculture de la Somme. Pourquoi ce refus ?
Autant le dire tout de suite, ce n’est pas un refus de la régionalisation des chambres que nous avons rejeté, mais la manière de faire. Trois scénarios sont envisageables, dont le premier consiste à poursuivre la mutualisation d’un certain nombre de services, en application du décret du 13 mai 2016. Le second scénario est le transfert de toutes les ressources humaines à la chambre régionale qui devient employeur de l’ensemble des collaborateurs des cinq établissements. Le troisième est une fusion des chambres pour créer une chambre unique de région. Lors de cette réunion de bureau, j’ai regretté que l’on nous donne la possibilité de n’étudier qu’un seul scénario : la fusion des chambres départementales pour constituer une chambre unique.

Lors de la session de la chambre d’agriculture de la Somme le 17 octobre, une motion sur le sujet de la régionalisation des chambres d’agriculture a été adoptée. Que dit-elle ?
Cette question a été discutée, comme d’autres sujets, mais il est vrai qu’elle a fait l’objet d’un débat animé. La motion qui a été adoptée à l’unanimité rappelle qu’en l’état, le projet de fusion des Chambres d’agriculture des Hauts-de-France incluant la chambre de la Somme est prématuré, car nous voulons par ailleurs avoir la possibilité d’étudier d’autres alternatives.

Comment cette décision pèse aujourd’hui dans les relations entre la Somme et les autres départements des Hauts-de-France ?
Le fait que la Chambre d’agriculture de la Somme ait voté contre l’étude d’un seul scénario a été mal interprété par les représentants des autres chambres départementales qui veulent s’engager dans la constitution d’une chambre de région au plus tard au 1er janvier 2021. Cela ne veut pas dire que la Somme soit contre la démarche de régionalisation. Le refus de la Somme n’est pas bloquant pour la suite des démarches par les autres départements. Si nous voulons travailler à la régionalisation, le cadre doit être posé et le contexte doit être serein. Je regrette également l’absence de projet d’entreprise à l’échelle des Chambres d’agriculture des Hauts-de-France. Le choix d’une chambre de région doit constituer un moyen au service d’un projet d’entreprise, et non pas l’inverse. D’autre part, vouloir un budget unique peut être une idée intéressante, mais cela peut aussi être dangereux.

Bien qu’elle soit aujourd’hui repoussée, la menace portée par le gouvernement sur les ressources des chambres d’agriculture peut-elle expliquer cette volonté d’aller vite dans le processus de régionalisation ?
Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Si l’on doit faire quelque chose pour faire face à la baisse de nos ressources, c’est d’abord mettre en œuvre de manière complète et rapide les dispositions du 13 mai 2016 sur les missions des chambres régionales. Ce qui me chiffonne, c’est le fait que nous n’ayons pas d’autre choix que d’étudier un seul scénario. En gros, soit on accepte de n’étudier qu’un seul scénario, soit on refuse et on est exclu des discussions qui doivent fixer le cadre de la régionalisation. Si les autres départements des Hauts-de-France sont d’accord pour ne travailler que sur une seule option, dans la Somme, nous voulons avoir plusieurs choix. Quand un agriculteur décide de l’achat d’un matériel ou qu’il veut construire un bâtiment, il s’adresse à plusieurs fournisseurs, sans tomber dans les bras du premier venu. On pèse le pour et le contre. Nous devons suivre le même raisonnement pour ce qui est de notre organisation.

Dès lors que l’on parle d’un processus de régionalisation abouti, quelles sont les marges de manœuvre restantes pour les Chambres départementales d’agriculture ? Gardent-elles une raison d’être ?
On le voit avec ce qui a été fait lors de la fusion des régions. Les départements étaient appelés à disparaître et, finalement, on voit qu’ils ont encore de beaux jours devant eux. Comme chez les agriculteurs, on peut mettre des choses en commun, travailler ensemble, sans forcément tout fondre au sein d’une seule structure. Si on crée une chambre de région pour gagner en efficacité et aller défendre un certain nombre de dossiers à Bruxelles, par exemple, je veux bien. Mais actuellement, cela n’est pas proposé et ne fait pas partie de la feuille de route. Le fait d’avoir une chambre unique bien construite nous permettrait d’avoir des projets ambitieux et de maîtriser le budget. Cela permettrait d’aller chercher des ressources ailleurs, par exemple au niveau européen. Cela, nous ne le faisons pas suffisamment aujourd’hui.

À vous entendre, on peut penser que la création d’une structure unique risque d’éloigner les chambres d’agriculture du terrain. Quelles sont vos craintes sur le sujet ?
La crise des gilets jaunes nous a rappelé que tout le monde veut aujourd’hui de l’écoute et de la proximité. Je pense qu’il faut avoir cela en tête pour ne pas faire n’importe quoi. Si nous perdons la proximité avec les agriculteurs, alors que la proximité est dans l’ADN des Chambres départementales d’agriculture, on perdra notre légitimité et notre raison d’être.

S’agit-il seulement d’une question de temps ?
Pour travailler à plusieurs, et si l’on veut que ce soit durable, il faut prendre son temps. Quand il n’y a qu’un seul décideur, on pense que les choses vont aller plus vite. Mais on peut aussi aller plus vite dans le mur. Prendre des décisions à plusieurs, ce n’est pas facile parce que cela demande de confronter les points de vue, du dialogue et du respect, mais c’est enrichissant et c’est sécurisant. J’ai été élue à la chambre départementale avec une équipe, sur la base d’un programme. Je veux aujourd’hui le mettre en application, sans que cela se fasse par procuration. Il faut aujourd’hui tenir compte de cela.

Quelles sont les conséquences de ce refus dans le fonctionnement de la Chambre d’agriculture de la Somme à court et moyen termes ?
Cette décision ne remet pas en cause notre façon de travailler, ni le fonctionnement de la Chambre d’agriculture de la Somme. Notre situation financière est saine. Nous disposons d’un fonds de roulement et d’une capacité d’autofinancement suffisants et cela nous permet de continuer à assurer nos missions, grâce à une gestion en bon père de famille. Nous allons continuer à travailler avec nos collaborateurs, avec nos élus, en privilégiant la proximité. Nous cherchons encore de nouvelles synergies avec les autres organisations professionnelles agricoles.

La Chambre d’agriculture de la Somme peut-elle rester indéfiniment à l’écart d’un processus de régionalisation ?
Elle peut le rester, mais ce n’est pas souhaitable, et ce n’est pas notre façon de voir les choses. Notre département a toujours été pour la régionalisation pour une plus grande efficacité, mais cela ne doit pas se faire n’importe comment. Dans tous les cas, si une chambre de région venait à être créée sans la chambre de la Somme, nous souhaitons que ni ses élus, ni ses collaborateurs ne soient tenus à l’écart des instances, des groupes de travail, du pilotage des sujets et des actions qui relèvent des missions régionales de la future chambre de région.

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