Pêche
Un quota sur la pêche du maquereau met le feu aux pontons
La décision envisagée par la ministre de la Transition écologique et de la Mer de limiter à cinq maquereaux par jour et par pêcheur les prises en pêche de loisir déclenche une vive contestation. Deux fédérations dénoncent une mesure « disproportionnée » et réclament un plafond à dix poissons.
La décision envisagée par la ministre de la Transition écologique et de la Mer de limiter à cinq maquereaux par jour et par pêcheur les prises en pêche de loisir déclenche une vive contestation. Deux fédérations dénoncent une mesure « disproportionnée » et réclament un plafond à dix poissons.
La réaction n’a pas tardé. Dans un communiqué daté du 17 février 2026, la Fédération nationale des pêcheurs plaisanciers (FNPP) et la Confédération Mer & Liberté (CM&L) dénoncent « avec fermeté » l’intention de la ministre de la Mer de fixer à cinq maquereaux le quota journalier de la pêche de loisir.
La mesure, encore en discussion au sein du ministère dirigé par Monique Barbut s’inscrirait dans un contexte de tensions sur l’état des stocks halieutiques en Atlantique Nord-Est, régulièrement évalués par le Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM). Mais pour les représentants des pêcheurs plaisanciers, la coupe est pleine.
« Cette mesure est disproportionnée, injuste et scientifiquement non démontrée », écrivent la FNPP et la CM&L.
Le maquereau, espèce populaire… et enjeu international
Le maquereau commun (Scomber scombrus) est l’un des poissons les plus pêchés en Atlantique Nord. Abondant, grégaire, accessible depuis les digues, les jetées ou en petite embarcation, il constitue souvent la première prise des enfants en bord de mer.
« Espèce emblématique pour la plaisance toutes catégories sociales et générations confondues », soulignent les fédérations, le maquereau incarne une pêche familiale, peu technique et peu coûteuse.
Mais à l’échelle internationale, l’enjeu change de dimension. Les captures industrielles se chiffrent en centaines de milliers de tonnes, opérées par des flottilles européennes et extra-européennes. Les négociations sur les quotas opposent régulièrement l’Union européenne, la Norvège, l’Islande et les îles Féroé.
Dans ce contexte, la part de la pêche de loisir est jugée marginale par les organisations françaises. « La réalité : quelques kilos face à un volume industriel en milliers de tonnes ; 10 maquereaux correspondent à une consommation familiale raisonnable. »
« Une décision politiquement facile… mais techniquement contestable »
Au cœur du désaccord : l’efficacité réelle d’un quota fixé à cinq poissons par jour. « Aucune étude publique n’a démontré qu’une restriction aussi drastique à 5 individus par jour/par personne aurait un effet mesurable sur la ressource. »
Les fédérations affirment, au contraire, que certaines évaluations indiqueraient l’absence d’impact significatif « au moins jusqu’à un prélèvement de 8 à 10 maquereaux par jour/pêcheur ». Elles réclament donc un plafond à dix prises quotidiennes.
Pour elles, cibler la pêche de loisir reviendrait à faire porter l’effort sur un segment politiquement moins structuré que la pêche industrielle : « Une fois de plus, les petits payent pour les plus gros. »
Un climat réglementaire déjà tendu
La contestation dépasse la seule question du maquereau. Les représentants des plaisanciers rappellent en effet que les pêcheurs de loisir ont déjà dû intégrer ces dernières années l’enregistrement des captures via des dispositifs numériques (type RecFishing), de nouvelles contraintes réglementaires (interdictions liées au plomb, dispositifs techniques comme le TAEMUP), l’extension d’aires protégées (parcs marins, zones de protection forte), ou encore la cohabitation avec les parcs éoliens en mer. « Et la ministre de la Mer répond par une restriction supplémentaire sans démonstration d’impact et qui décrédibilise toutes les volontés de dialogue. »
Le communiqué va plus loin, évoquant un risque de rupture entre l’État et « plusieurs centaines de milliers de gens raisonnables », avec en filigrane un argument électoral : « Cinq maquereaux, c’est à peine 1 kilogramme de poisson. On ne sauve pas un stock international attaqué par des usines flottantes avec un panier familial. Par contre, on provoque une levée de boucliers de centaines de milliers d’électeurs concourant à un poids économique de plus de 4 milliards d’Euros. »
Une bataille à venir
La FNPP et la CM&L exigent « le réexamen immédiat de la décision », « un plafond à 10 maquereaux par jour », « l’ouverture d’une concertation nationale sur la part réellement prélevée par la pêche de loisir ». Elles se disent prêtes à « mobiliser l’ensemble de [leurs] adhérents » et à engager « toutes les démarches nécessaires » tandis que du côté du ministère, on fait valoir que la France doit s’inscrire dans une stratégie globale de préservation des stocks et d’alignement avec les recommandations scientifiques internationales.