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Fourrages
Une année 2023 incertaine pour la luzerne

La filière luzerne qui a maintenu ses prix et ses volumes en 2022, a encore du mal à dresser quelques perspectives pour l’année 2023 en raison des tensions géopolitiques et des incertitudes climatiques.

La production de luzerne est quasiment stable d’une année sur l’autre avec un volume de 755 000 tonnes, même s’il existe des disparités régionales.
© V. F.

«Malgré une quatrième année de sécheresse sur les cinq derniers exercices, la filière luzerne a fait preuve de résilience en 2022», a annoncé Éric Masset président de La Coopération agricole-Luzerne (LCA-Luzerne) lors d’une conférence de presse, à la mi-février. Contrairement à l’année 2021 qui avait vu le gel de printemps et la pluie estivale perturber les semis, la croissance puis les récoltes, l’année 2022 a été marquée par la guerre en Ukraine et la sécheresse. Cette dernière a pesé sur la pousse en herbe qui s’est avérée 29 % moins importante que la moyenne 1998-2018. Elle a aussi pesé sur la qualité avec un taux de protéines qui reste légèrement en dessous de la barre des 18 %, considérée comme la «ligne de flottaison» pour le granulé mis en marché. Cependant, ce ne sont pas moins de 70 000 ha en déshydratation qui ont été récoltés en 2022, soit une augmentation de +1,5 % par rapport à 2021. Au final, la production est quasiment stable d’une année sur l’autre avec un volume de 755 000 tonnes. «Il existe cependant des fortes disparités régionales», a tempéré Yann Martinet, directeur de LCA-Luzerne. Ce maintien de la production (en comparaison des 760 000 tonnes en 2021) a surtout permis la mise en route de trois nouvelles lignes de production dans les régions Centre-Val-de-Loire et Grand-Est.

Impact du prix de l’énergie

La résilience de cette filière est également due à son engagement dans la décarbonation «qui s’est accélérée l’an dernier», a indiqué Eric Masset. Depuis 2005, année de référence, «nous avons baissé de 90 % nos émissions de gaz à effet de serre. Nous sommes fiers d’en être arrivés là après être partis d’une feuille blanche il y a plus de 17 ans», a-t-il précisé expliquant que l’objectif fixé pour 2030 de parvenir au zéro carbone pourrait être atteint rapidement. D’ailleurs, les trois unités créées en 2022 fonctionnent toutes en biomasse, avec notamment des plaquettes forestières. Parce que l’achat d’énergie fossile est aujourd’hui résiduel, «nous ne sommes que très peu concernés par la flambée des prix du gaz, de l’électricité, du charbon ou du pétrole», a indiqué le président de LCA-Luzerne. Certains de leurs concurrents comme l’Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark ont été plus gravement touchés, allant jusqu’à ne pas mettre en service des unités de déshydratation en raison des prix de l’énergie trop élevés. Ces pays ont même perdu environ 20 % de leurs surfaces en luzerne.

Des stocks faibles

La filière française qui cherche toujours à diversifier ses débouchés dans l’alimentation animale (notamment les chèvres et les porcs) s’inquiète du niveau des stocks qui ne sont pas reconstitués en France. Cette crainte se renforce avec le déficit hydrique que le pays connait depuis quelques mois. Les pluies automnales et hivernales n’ont pas permis de réalimenter les nappes de surface et les nappes phréatiques. «Je ne suis pas trop confiant sur les tonnages qui seront récoltés», s’est confié Pierre Begoc, directeur de Desialis, premier opérateur européen de produits déshydratés. Ces futurs résultats détermineront la place que prendra la France en 2023 sur le podium européen. Elle se partage souvent la deuxième et la troisième place avec l’Italie (23 à 24 % du marché européen) loin derrière l’Espagne (39 %).

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