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Une conversion bio à grande échelle dans le Santerre

Adeptes de la protection intégrée et de la conservation des sols, les associés du GIE Les sources du Santerre ont entamé une conversion bio pour 163 ha, avec la création de la SCEA Biosources. Après deux ans de conversion, 2021 sera la première campagne. Un sacré challenge. 

Pour Fabien Deguehegny (à g.) et Alexandre Deroo (à dr.), le plus gros challenge de leur conversion en bio sera le recrutement d’une cinquantaine de saisonniers pour le désherbage des légumes.
© D. R.

Alexandre Deroo a toujours eu conscience que la préservation de l’environnement était indissociable de l’agriculture. «Cultiver la terre a forcément un impact. J’ai toujours cherché à me faire le plus petit possible par rapport au milieu naturel», confie le polyculteur, installé à Méharicourt, près de Rosières-en-Santerre. 

Avec ses associés du GIE Les sources du Santerre (Pierre Delignières, Jérôme Broquet, Hervé Brice et Matthieu Balcone), ils ont développé la protection intégrée des cultures : rotations, couverture des sols, utilisation d’outils d’aide à la décision, désherbage mécanique, micro-irrigation ou irrigation par rampe… À la clé : des économies d’eau, la réduction de l’usage des pesticides et des engrais chimiques. «J’ai longtemps cru qu’on allait parvenir à valoriser ces pratiques vertueuses. Mais jusqu’à aujourd’hui, que ce soit via l’industriel ou en coopérative, les productions sont commercialisées de la même manière que n’importe quelle autre pratique conventionnelle, déplore Alexandre Deroo. Finalement, la marche du bio n’était pas si haute, alors nous avons décidé de la franchir.» Surtout, mener de nouveaux projets est «dans l’ADN» de l’agriculteur. 

Une conversion bio est donc entamée en 2019 pour 163 ha autour de Méharicourt, soit 20 % de la surface du GIE. Cette diversification est dissociée de l’exploitation conventionnelle, avec la création de la SCEA Biosources. Le projet est conforté par la motivation d’un nouveau membre, car à ce même moment, Fabien Deguehegny souhaite reprendre l’exploitation familiale voisine, avec en tête un projet de conversion bio, et se rapproche d’Alexandre Deroo. «Nous avons vite compris que nous avions les mêmes valeurs et les mêmes objectifs. Comme nous pensons que le collectif est une force, nous avons décidé de collaborer», explique-t-il. Fabien s’est officiellement installé le 1er octobre 2020, et après quelques mois de travail en commun, décision a été prise d’intégrer pleinement le GIE et la SCEA Biosources. 

 

Les rotations longues, gages de réussite

Les deux années de conversion étaient les plus délicates, puisque la valorisation des productions n’est pas à la hauteur des charges. «Nous avons misé sur des céréales à paille, moins coûteuses, qui permettent d’enrichir les terres en carbone et de limiter l’enherbement.» Pour cette  première campagne bio 2021, l’assolement a été mûrement réfléchi. «Le projet est parti de la technique, précise Alexandre Deroo. Je ne voulais pas que la pomme de terre soit LA culture à valeur ajoutée, comme elle l’est beaucoup dans le secteur. Il fallait mieux répartir cette valeur.» 

La privation de solutions chimiques de protection des plantes était aussi au cœur des réflexions, d’autant que les exigences des clients sont sévères : «ils attendent un produit aussi beau qu’en conventionnel !» Pour les associés de Biosources, les rotations longues sont le gage de la réussite. Les légumes seront donc cultivés une année sur deux, en alternance avec une céréale à paille : haricots verts, pommes de terre et oignons, comme il s’en cultivait déjà au sein du GIE, ainsi que deux nouvelles productions : des carottes pour le marché du frais et des betteraves rouges à destination des cuiseurs. «Un même légume reviendra donc dans la parcelle tous les dix ans.» Après les rotations, les débouchés possibles ont été des éléments clés de décision. «Le marché du bio n’est pas si exponentiel que ça. D’autant qu’avec cette crise du Covid, il n’y a pas de vision à long terme.»

 

S’équiper en conséquence

Pour mettre en œuvre ces nouvelles pratiques, des investissements ont été nécessaires. Au niveau humain, les formations se multiplient pour acquérir le maximum de compétences. «Nous échangeons aussi beaucoup avec les agriculteurs bio du secteur et nous sommes suivis par des ingénieurs chevronnés de la chambre d’agriculture.» 

Du nouveau matériel de désherbage mécanique s’est avéré nécessaire. «Nous disposions déjà d’une herse étrille et d’une houe rotative. Nous avons complété avec des bineuses de différents types, pour les cultures en buttes ou non, ainsi qu’un désherbeur thermique», note Fabien Deguehegny. Des lits de désherbage mécanique (bed weeder) ont aussi été achetés, pour réduire la pénibilité du travail des petites mains qui s’affaireront dans les parcelles dès ce printemps. Trouver la main-d’œuvre nécessaire est d’ailleurs le plus gros challenge à relever aux yeux des nouveaux agriculteurs bio. Une cinquantaine de saisonniers doivent être embauchés dès le mois de mai (cf. encadré). 

Le projet et la technique, eux, évolueront avec l’expérience et les opportunités qui se présenteront. «Nous verrons, par exemple, s’il est nécessaire d’intégrer de la luzerne ou du trèfle violet dans la rotation.» La betterave sucrière bio pourrait aussi compléter la liste des productions. «Mais de notre point de vie, la valorisation n’est pas encore suffisante.» La surface convertie pourrait augmenter au fil des années. Flore Deguehegny, l’épouse de Fabien, envisage également une installation avec un projet de transformation des céréales et oléagineux produits à la ferme (farine, pain, pâtes…). 

Un projet en cache souvent un autre. «Mais nous allons d’abord nous appliquer à réussir celui-ci, qui est un sacré défi», sourient les associés.

 

Agriculture de conservation et AB compatibles ? 

La conservation des sols est la philosophie d’Alexandre Deroo depuis des années. «Certaines de mes parcelles n’ont pas été labourées depuis 1997», précise le polyculteur. En entamant une conversion à l’agriculture biologique, très gourmande en travail mécanique du sol, tire-t-il un trait sur des années de pratiques ? «Je ne compte pas mettre à la poubelle tout ce qui a été fait avant !» Une telle démarche implique néanmoins un investissement financier conséquent, qui ne permet pas l’échec. «La priorité est de bien produire.» Mais le passionné envisage une évolution des techniques vers des pratiques qui lui conviennent. «Une petite partie des surfaces converties seront dédiées à l’expérimentation, car je suis convaincu qu’il est possible de produire du bio autrement.»
 

Main-d’œuvre : le gros challenge

 

Bed weeder désherbage
63 ha de cultures bio, dont la moitié de légumes de plein champ, signifient une cinquantaine de paires de petites mains, qui traqueront le moindre chardon, entre mai et juillet. «À nos yeux, ce poste main-d’œuvre est le plus gros challenge à relever dans notre projet de conversion en agriculture biologique», s’accordent à dire Alexandre Deroo et Fabien Deguehegny. La mission est confiée au Groupement d’employeurs de la Somme, qui gère la totalité des recrutements. «C’est leur cœur de métier. Ils feront ça mieux que nous.» Les exploitants ont un souhait : que cette main-d’œuvre soit le plus possible locale, pour donner du sens à leur activité. 
Recruter une main-d’œuvre locale en milieu rural, et surtout la fidéliser, sont des freins que le Groupement d’employeurs compte bien lever. «Nous menons un travail de recrutement à grande échelle à travers le projet Agr’Innov emploi (cf. P. 3), confie son président, Émile Foirest. Grâce à notre accompagnement, et à l’aide des partenaires territoriaux que sont le Conseil départemental et la Région, l’accompagnement des travailleurs sera complet : immersion dans le milieu agricole avant le début des travaux, aide à la mobilité, formation…» 
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