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Une fenêtre sur les réalités agricoles

Six exploitations représentatives de l’agriculture du département ouvrent leurs portes ce week-end (21-22 septembre) au grand public pour répondre à ses questions. Explications avec Marie-Françoise Lepers, initiatrice de l’événement.

Agricultrice à Argoules, secrétaire générale de la FDSEA80, Marie-Françoise Lepers est l’initiatrice de l’opération «Un jour à la ferme» qui aura lieu les 21 et 22 septembre.
Agricultrice à Argoules, secrétaire générale de la FDSEA80, Marie-Françoise Lepers est l’initiatrice de l’opération «Un jour à la ferme» qui aura lieu les 21 et 22 septembre.
© V. F.

Comment est née l’idée d’organiser l’événement «Un jour à la ferme» ?
C’est une idée que nous avons eu en juillet dernier, alors que nous étions dans une période assez chargée. C’est l’occasion de créer un événement qui apporte un cadre à l’accueil du grand public sur nos fermes, et de prendre le temps de donner des explications.

Faut-il y voir une forme de réponse à des attaques répétées contre l’agriculture et les agriculteurs, telles qu’on les constatent actuellement ?
On a beaucoup parlé d’agribashing, mais malheureusement, ce n’est pas fini. Quand on a la tête dans le guidon, ce qui est le cas dans beaucoup d’explications, on n’a pas forcément le temps de répondre à tout ce que l’on peut entendre. Alors, on courbe le dos et l’on continue de faire ce que l’on peut, sans expliquer ce que l’on fait. Nos concitoyens, qui ont perdu leurs liens avec la campagne, ne comprennent pas forcément notre métier si nous ne sommes pas là pour leur en parler, ou parce que d’autres le font à notre place. On veut rétablir un dialogue avec les citoyens.

Comment selon vous, en est-on arrivé là ?
Il y a quelques années en arrière, chaque ferme faisait un peu de tout, avant de se spécialiser au fil du temps. Cela créait forcément plus d’échanges et l’on pouvait s’entraider et avoir de l’aide de voisins non agriculteurs. Aujourd’hui, cela n’est plus possible, par le fait de la réglementation et des risques encourus. Quand quelqu’un voulait faire un tour de tracteur ou monter à bord d’une machine, on se posait moins de questions. On ne peut pas le faire sans se poser un grand nombre de questions sur les risques encourus et l’engagement de notre responsabilité en cas d’accident. Nos exploitations se sont peu à peu repliées sur elles-mêmes, et nous le regrettons parce que cela s’est fait de manière involontaire. La deuxième raison, c’est que les fermes d’aujourd’hui emploient moins de monde qu’hier. Le fait d’employer de nombreux salariés créait du lien entre une ferme et ceux qui l’entouraient. Ce n’est plus forcément le cas aujourd’hui.

Si les fermes d’élevage ouvrent facilement leurs portes, cela est-il également possible pour les fermes orientées «grandes cultures» ?
Il n’y a pas de raisons valables qui empêchent les fermes de grandes cultures d’accueillir des visiteurs. Elles ont aussi beaucoup de choses à expliquer et à montrer, notamment sur la manière dont on apporte des soins aux plantes. Si on applique certains produits aux végétaux, c’est pour garantir qu’ils soient sains au moment d’être consommés. De plus en plus d’applications se font de manière préventive, ce qui réduit fortement les doses utilisées, avec un gros travail d’observation avant d’intervenir. En parallèle, on s’attend aussi à beaucoup de questions sur le bien-être animal. Que les gens viennent, ils verront que nos animaux ne sont pas mal traités. Avec ce genre de rendez-vous, on espère obtenir plus de compréhension et de tolérance.

Dans le contexte actuel – on pense notamment au débat sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques – quel(s) message(s) peuvent-elles faire passer ?
On s’attend forcément à de nombreuses questions sur l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Mais nous sommes là pour rappeler que nous ne traitons pas pour le plaisir, mais seulement quand cela est nécessaire, en nous appuyant sur des indicateurs et des outils d’aide à la décision. Le bulletin de santé végétale est, par exemple, un bel outil qui nous donne des indications sur le niveau de risques qui pèsent sur nos plantes.

Pensez-vous que le grand public soit prêt à entendre les messages que le monde agricole veut lui transmettre ?
Je l’espère, en tous cas. Mais pour cela, nous devons faire l’effort de l’inviter à venir voir comment nous travaillons. Et il doit comprendre aussi que c’est de notre travail que dépend ce qu’il va trouver dans son assiette. Certains d’entre nous travaillent 365 jours par an pour y arriver et cela demande donc du respect.

Comment convaincre d’autres agriculteurs à participer à ce rendez-vous ?
C’est une première, mais il y en aura d’autres, à d’autres périodes de l’année. Ceux d’entre nous qui hésitent peuvent venir assister et prendre des conseils pour se lancer ensuite eux-mêmes. S’il y a une demande, nous pourrions organiser des formations pour mieux communiquer sur notre métier.



Un jour à la ferme, le concept

Le principe de l’opération est simple puisqu’il s’agit «d’une journée portes ouvertes pour tous et gratuites, dans des exploitations représentatives du modèle agricole de notre département, explique le service animation de la FDSEA 80. Les exploitants accueillent les curieux directement sur leur ferme pour parler de leur quotidien, de leur savoir «bien-faire» et pour renouer ce lien entre monde rural et monde citadin».
Face à la multiplication de messages destructeurs pour l’agriculture et les agriculteurs (vidéos choc, articles à charge, campagnes publicitaires...), le syndicat majoritaire entend remettre certaines pendules à l’heure : «Alors qu’il y a trente ans encore, chaque citoyen possédait un lien plus ou moins direct avec le monde de la culture et de l’élevage, les sociétés s’en sont éloignées par l’urbanisation et le développement des médias sociaux. Noyés sous des vidéos et articles en tout genre, les citoyens qui sont aussi des consommateurs, se nourrissent d’une image de l’agriculture très souvent à mille lieux de la réalité du 21e siècle. Entre passion, amour de leur métier, bien-être animal, technologie de pointe, agriculture raisonnée et réponse aux demandes sociétales, l’agriculture Française est l’un des modèles les plus responsables et durables au monde», rapporte ainsi la FDSEA 80.

Les six fermes participantes à l’opération les 21 et 22 septembre, de 14h à 17h

• Olivier et Mathieu Thibaut, Ferme de Saint Accart à Belloy sur Somme, Elevage laitier robotisé
Marie-Françoise Lepers, 27 rue de Lombardie, Hameau le petit chemin à Argoules, Elevage allaitant
Olivier Parcy, Mathieu Peguard et Romuald Lecat, 5 bis rue Clavaut à Fontaine-sur-Somme, Elevage allaitant
Elisa et Marc Droy, 3 rue de la Gare, lieu-dit Montigny à Hervilly, (Samedi 21/09 de 10h à 17h), Récolte des pommes de terre
Isabelle et Alain Gosset, 3 rue Jérôme Queval à Meneslie, Elevage laitier
Thierry Caron, 1 rue d’Yvrencheux à Yvrench, Elevage allaitant

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