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Billet d'humeur
Une mémoire insultée pour son métier ou sa passion, inacceptable !

La réaction de joie d’une follower de L’Action agricole picarde à un article évoquant la mort de deux jeunes chasseurs de gibier d’eau ne passe pas au sein de la rédaction de l’hebdomadaire agricole et rural de la Somme.

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© IA

Les réseaux sociaux sont un espace d’information, un lieu où des avis s’expriment, où des gens s’écharpent sans se connaître, et où l’on peut aussi trouver des personnes qui se réjouissent de la mort d’autres êtres humains. Affligeant.

La disparition de deux jeunes chasseurs dans la Manche, lors d’une nuit passée au gabion – on dit « hutte » par chez nous –, dans la nuit du 22 au 23 janvier dernier, a provoqué un grand nombre d’articles dans différents médias, une vague de témoignages de solidarité et de messages de sympathie envers les familles des défunts. Mais aussi, comme on pouvait le redouter, quelques messages de « haters » se réjouissant de la mort de ces deux jeunes garçons. 

Un smiley qui dérange

Sur la page Facebook de L’Action agricole picarde, plusieurs de nos lecteurs ont tenu à réagir à l’article mis en ligne par notre rédaction en apportant des témoignages de tristesse et de solidarité. Sauf un. Et cela nous a profondément choqués. Nous avions pourtant prévenu que nous n'en voulions pas.

Que vient faire un smiley « Ahah » sous une publication de cette nature ? L’autrice de cette réaction – parce qu’elle a au moins le courage de publier sous sa propre identité et non sous pseudonyme – s’appelle Lucie Coignard. Son profil Facebook ne dit pas grand-chose d’elle, si ce n’est qu’elle habite une commune de Corrèze et qu’elle semble vouer une passion pour les chats. En parcourant sa page pour chercher d’autres informations, une raison à cette réaction « dégueulasse », on finit par tomber sur d’autres commentaires dans lesquels Mme Coignard se réjouit de la mort d’autres chasseurs. En mai 2024, elle commentait ainsi une publication relatant la mort d’un chasseur en répondant : « Prendre plaisir à la mort de certains animaux comme les chasseurs » (sic). Moins d’un an plus tard, sans vergogne, elle ose « remettre le couvert », si l’on peut dire.

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La faute à qui ?

À qui est la faute ? À nous, médias ? Pas d’article, pas de réaction, c’est vrai. Mais aussi pas d’information. À L’Action agricole picarde, nous aurions pu ne pas en parler, faire comme si nous n’avions rien entendu. Si le choix de la rédaction a été de le faire, c’est parce que nous savons que cette situation aurait pu se produire dans la Somme, où l’on compte un grand nombre de chasseurs de gibier d’eau, dont certains sont agriculteurs. Nos lecteurs, donc. En tant que journal agricole et rural, ancré dans notre territoire, la chasse est un sujet comme un autre.

Dans le même registre, pourtant, nous avons choisi de ne pas évoquer dans nos colonnes un autre fait divers survenu ces derniers jours (le 20 janvier) : la disparition d’une dame écrasée en Haute-Loire par son fils agriculteur, alors que celui-ci effectuait une manœuvre. Effondré par l’accident qu’il venait de causer, l’agriculteur a mis fin à ses jours dans les heures qui ont suivi. Deux drames coup sur coup. Et là encore, parmi les commentaires bienveillants et de condoléances, quelques-uns n’ont rien trouvé de mieux que d’étaler leur science, d’imaginer des scénarios là où il n’y a pas de leçon à donner. Ne pas en parler dans les colonnes de L’Action agricole picarde a été volontaire de notre part, parce que les circonstances font que ce drame est le cas typique de ce qu’est un accident : imprévisible, non intentionnel, la faute à un moment d’inattention. En l’espèce, tous les messages de prévention du monde n’auraient pas changé le cours des choses.

Signalement en cours

Le traitement journalistique d’un fait divers est toujours une matière délicate. En tant que média, il nous faut informer, sans en faire trop. Et surtout, au moins en ce qui nous concerne, faire en sorte que notre article soit lu comme le relais d’un message de prévention. Notre métier reste d’informer. En aucun cas, il ne consiste à préparer le terrain à des personnes dénuées d’humanité, cachées derrière leurs écrans, déversant leur haine et leur rancœur. À cette heure-ci, si vous vous demandez ce qu’est devenue Lucie Coignard et son smiley – rassurez-vous, on ne lui veut pas de mal –, il nous est difficile de répondre. D’abord, parce qu’elle n’a pour le moment pas répondu à notre question : « Pourquoi cette réaction ? ». Et deuxièmement, parce que nous avons pris la décision de « signaler » son profil aux modérateurs du réseau social Facebook, en espérant être entendus.

Nos pensées vont à l’heure qu’il est aux familles endeuillées des deux jeunes chasseurs normands, ainsi qu’à celle de l’agriculteur altiligérien qui s’est donné la mort. En 2025, en France, on ne devrait pas lire de messages haineux envers des personnes pour leur loisir ou leur métier. C’est là qu’on se dit que ce monde est bien triste, prouvant une fois de plus – de trop – qu’on marche sur la tête.

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